S’éprendre. Comprendre. Apprendre.

S’éprendre. Comprendre. Apprendre.

Ainsi donc, m’y voilà de nouveau. Toujours, la saveur d’une rencontre se transforme en arrière-goût, et cela arrive encore plus vite quand on y a mélangé la distance et le temps qu’on ne peut plus s’offrir. Je le sais, pourtant. Lire la suite « S’éprendre. Comprendre. Apprendre. »

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Vers l’autre moi

Vers l’autre moi

J’aurais pu raconter cette histoire de manière romancée, en puisant dans les étincelles qui sont toujours dans mes yeux. Mais je choisis de l’ancrer dans le réel pour que l’on puisse y croire, comprendre, et peut-être partager davantage la conclusion d’un tel récit.

Nous sommes un certain nombre de femmes à fantasmer plus ou moins explicitement sur des relations de soumission. Vouloir un homme qui prendra tout en charge, pour nous. Le laisser disposer de notre corps. Lâcher toute forme de contrôle et s’en remettre à lui. Accepter de souffrir physiquement, parfois. Je ne cherche pas à l’expliquer, chacune a ses raisons. J’ai fini par comprendre qu’il y avait en moi une volonté de retrouver quelque chose que j’avais toujours connu : l’emprise d’un ascendant, l’obéissance aveugle, le sentiment de n’être rien, mais sous une autre forme. Parce que c’est rassurant d’aller chercher le familier, le modèle de référence. Mais en se disant qu’on n’en est plus victime car puisqu’on le décide, puisqu’on le choisit, on est cette fois maîtresse de la situation.

J’ai voulu éprouver ça, sans même savoir si ça allait me plaire… J’avais des réticences. Je ne voulais pas avoir mal, parce que si c’est au toucher que je m’abandonne le plus, la douleur me ramène aussitôt à ma conscience et me fait perdre tout lâcher prise. La soumission devrait donc être davantage cérébrale, psychologique, situationnelle, verbale. Il me fallait surtout une personne de confiance. Quelqu’un qui me ressemble. Quelqu’un qui comprenne parfaitement mon projet et qui ne se l’accapare pas. Et un désir en miroir : un homme dont le besoin n’est que de servir mes envies parce que c’est précisément cela qui sert son plaisir. Je pensais que cette personne n’existait pas, alors qu’elle était tout près…

J’ai été surprise par sa délicatesse et par l’attention dont il a su faire preuve. Il s’est comporté comme s’il lisait en moi, me proposant toujours le degré tout juste supérieur à ce que j’osais lui exprimer, celui qui était à ma portée mais qui m’emmenait déjà plus loin. Quand il pinçait mes seins par exemple, il augmentait très progressivement la pression de ses doigts sans jamais dépasser le seuil critique et cela, sans que je lui dise un seul mot. Il a su créer des bulles, des parenthèses hors du temps dans des atmosphères feutrées, tamisées et délicieusement perverses. Il a su m’emmener plusieurs fois dans ces contrées sombres et inquiétantes sans que je n’aie jamais peur, et j’ai cru aimer ça… Mais au bout de quelques voyages, mon cerveau s’était remis en marche et c’est encore une fois grâce à ses attentions que je m’en suis aperçue.

Ce soir-là, comme chaque fois, je pénétrais dans son antre sans savoir ce qui m’y attendrait. Mais il m’avait prévenue que l’on passerait à un niveau supplémentaire, et nos échanges de messages dans les jours qui ont précédé m’avaient donné un avant-goût de cette évolution. C’était peut-être là, l’erreur : trop planifiée, trop prévue, cette nuit-là perdait en mystère ce que ma conscience gagnait en informations. La bulle se mélangeait à ma réalité et je ne m’y reconnaissais pas. Je l’ai ainsi rejoint avec cet a priori qui ne m’a plus quittée. Le ton était plus dur. Les gestes étaient plus brusques. Il n’y a pas eu de sas, de transition. Je me suis vue subir ses sévices en étouffant mes protestations. J’ai été la spectatrice gênée de ces postures indécentes qu’il me faisait adopter. Je me suis sentie malmenée par celui qui pourtant, je le savais, débordait de respect pour moi. Mais pour la première fois il se faisait passer en premier. Sa volonté avait évincé la mienne et son plaisir, le mien. Dans la bulle, mais ancrée dans le réel… j’avais le vertige.

Je saurais plus tard qu’il s’en était aperçu.

Ce malaise, pour autant, n’aurait aucune conséquence, si ce n’est de me permettre de me connaître mieux. Car juste à ce moment où je m’apprêtais à revenir à « moi », il négocia un virage qui allait tout changer…

(à suivre)

A quoi devais-je m’attendre ?…

A quoi devais-je m’attendre ?…

Ainsi qu’il l’avait décidé, j’entrai chez lui et, dans le hall, je me déshabillai entièrement…ou presque. Partagée entre la volonté de lui démontrer mon audace en entrant chez lui complètement nue et mon désir de le sentir jouer avec ma culotte, je décidai au dernier moment de garder ce minuscule morceau de tissu sur mon sexe. J’avais bien sûr gardé mes escarpins… Pour la touche d’élégance. Il y avait une petite sangle, juste à côté du masque que je devais poser sur mes yeux. Ça n’était pas prévu et je me trouvai un peu déstabilisée, incertaine de la nature et du rôle de cet objet nouveau pour moi. Fallait-il que je le prenne ou l’avait-il prévu pour plus tard ? « Dans le doute, abstiens-toi ». Je le laissai là, souffla sur la bougie -réflexe rémanant de jeune fille complexée- revêtis le masque et fit résonner doucement le bruit de mes talons dans ce couloir. Ma main qui caressait le mur finit par trouver l’encadrement de la porte. Il l’attrapa et colla mon dos contre son torse tandis que sa bouche s’empara de mon cou.

« Tu as gardé ta culotte ?… Tu n’as pas pris le collier. Pourquoi as-tu mis des chaussures ?… » Je m’entendis répondre comme une petite fille gênée, obligée de se justifier pour ses bêtises. Mes réponses ont semblé lui plaire. A moins que ça ne soit la silhouette qu’il tenait entre ses bras. Il attrapa mes cheveux d’une main ferme comme on attrape les rênes d’une monture. Fière de ma hardiesse mais fébrile et désarmée, j’abandonnai à cet instant mon corps et ma psyché à cet homme que je rencontrais pour la deuxième fois et que je n’avais pourtant jamais vu.

« Mets-toi à quatre pattes ». A ces mots l’image du collier me revint et je regrettai de ne pas avoir su quoi en faire. Je mis cette idée de côté, certaine que nous en ferions malgré tout quelque chose. Je fus surprise -fort agréablement- par ces premières minutes licencieuses à souhait, qui tranchaient avec la fébrilité dont il avait fait preuve lors de notre précédent rendez-vous. Le frisson qui me parcourut soudain naquit à la fois du doute (mon intuition m’aurait-elle fait défaut cette fois ? Je ne connais pas cet homme… Si je m’étais trompée ?) et de l’excitation (je l’espérais secrètement supérieur et déterminé). Je m’exécutai avec délectation et avançai à quatre pattes vers cette pièce où la fois précédente, nous avions défié nos patiences et nos désirs respectifs.

Il a tiré mes cheveux avec force et délicatesse pour diriger ma bouche sur la sienne, puis sur son sexe qu’il m’ordonna de sucer. Il a pincé mes seins avec attention, cherchant le bon dosage entre trop de douceur et trop de douleur, ne trouvant les réponses que dans ma respiration puisque mon regard ne lui dévoilerait ce soir encore aucun de mes secrets. Il fut prudent, donc…ce que je lui fit remarquer avec une pointe de déception. Il sembla réceptif à cette permission implicite d’aller plus loin encore, plus fort, et de manière plus impérieuse. Il me fit prendre les positions les plus indécentes sous son regard impudique. Son vocabulaire se fit plus obscène. Son attitude plus lubrique. Jusqu’à ce qu’enfin devenue cette chienne qu’il avait convoquée, ce soit moi qui réclame le collier.

Il l’ajusta autour de mon cou et y ajouta la laisse, déconnectant du même coup tous les synapses me reliant encore à une quelconque raison. Bien calée à l’intérieur de moi, le corps en éveil, absorbée par mes sens et leurs échos, je devins cette soumise qui n’était pour moi, avant cela, qu’une image d’Epinal captivante mais lointaine.

Ça n’était qu’une introduction, bien sûr. Le scénariste a de l’imagination… J’aime la peur qui hante mon désir lorsque j’essaie d’imaginer jusqu’où il me mènera. J’aime l’attention et la délicatesse dont il fait preuve, et ses promesses de perversions. J’aime qu’il soit obligé de lire en moi sans passer par mon regard. J’aime me donner à lui sans savoir précisément qui il est. Il sera mon guide éclairé sur le chemin obscur de la dépravation.

Trop

Trop

Les règles que je me suis fixées m’ont menée sans que je ne le réalise totalement vers des hommes très sexuels. Des hommes qui ne jouissent que de la chair et des plaisirs qu’elle procure, des séducteurs qui aiment briller dans le regard des femmes, des hommes pour qui la performance est une qualité première, et l’orgasme féminin une victoire. Ces hommes-là n’en ont que faire de la femme que je suis, dedans. Ils voient un corps, un sourire, des yeux qui pétillent, et je me transforme tout à coup en trophée qu’ils pourront fièrement poser sur leur étagère. Je ne leur reproche rien. Ce cadre-là me plaît. Il m’arrange. Il m’empêche de me poser la question de l’implication, il m’évite de ressentir le manque, l’obsession, la jalousie ou pire encore…

Je l’ai perçu tout de suite en réalité : dans ta voix, dans tes propos, dans tes silences. Quelque chose en moi me disait que toi, ce serait différent. Et ça l’a été. Un décalage énorme. Je l’avais pourtant voulue très sexuelle, cette rencontre, comme pour conjurer mes craintes, déjà présentes. Mais… Ta tendresse. Ta douceur. Ton regard perçant qui regardait autant le dedans que le dehors. Ta manière de me toucher, du bout des doigts, comme si j’étais fragile. Le plaisir qui était le tien à m’entendre -non- à m’écouter gémir, à me voir me cambrer, à me sentir vibrer. Oui, je peux affirmer que cet après-midi-là, ton plaisir n’est passé que par le mien.

Je t’ai quitté désarçonnée, déstabilisée, inquiète. Dit-on à quelqu’un qu’on ne veut pas le revoir parce qu’il est trop tendre, trop attentionné, parce qu’on se sent trop précieuse et trop belle dans ses bras ? Comment allais-je pouvoir t’expliquer ça ?… Alors on s’est revus. Tu as senti mon hésitation. Tu as perçu cette distance que j’ai essayé de garder tant que j’ai pu, avant que nos lèvres ne se rencontrent et que nos peaux ne fusionnent. Encore…

Et ces mots que tu poses sur moi. Ces mots que j’espère toujours, tellement, et qui n’arrivent jamais. Ces mots que je n’ai pas eu besoin de réclamer et qui sont la preuve -s’il en fallait une- que tu m’as mise, au moins pour un temps, au centre de ton esprit clairvoyant.

J’ai peur de ça. Parce que tu m’empêches de tenir mon rôle de séductrice inabordable et sûre de ses charmes, celle qui dispose et qui gagne à tous les coups. Parce que je ne peux pas jouer les arrogantes avec toi. Parce que je ne peux pas faire semblant d’être une autre face à toi. Parce que toi tu regardes dedans et que tu arrives à voir ce que je veux cacher. J’ai mis trop longtemps à construire ces murs et ils m’ont trop coûté pour que je laisse ton regard, aussi doux soit-il, les transpercer.

Tu m’as demandé pourquoi je ne souhaitais pas te revoir. Voilà. Tu sais. Tu m’attires autant que tu me fais peur… Mais mon instinct protecteur restera inéluctablement ton invincible adversaire.

Ce que je ne m’accorde pas

Ce que je ne m’accorde pas

Je lis ces textes, parfois ces simples phrases ou juste quelques mots, qui parlent de ce que je ne m’accorde pas.

Car oui, il m’arrive d’en rêver. Je goûte par procuration le miel de ces mots d’amour destinés à une autre et je le savoure, en les imaginant pour moi. C‘est moi qui hante votre esprit, c’est de moi que naissent les émotions qui vous animent, c’est moi qui pénètre la carcasse et caresse votre cœur autant que votre peau. 

Mais je le sais, ce que je donne n’est pas à la hauteur de ces songes, car je ne mets pas mon cœur sur ma main à la portée du premier baiser qui passe, ou du premier courant d’air. Je ne veux pas qu’il s’abîme, je ne vis pas ces aventures pour ça. Je donne du beau pour recevoir du bon. Je donne du sucré pour qu’on en veuille encore. Je donne du léger pour n’être pas lourde à porter, quand on veut bien m’emmener un peu avec soi. Parce que je me suis posé des règles, des murs qui s’ils m’empêchent de souffrir, m’empêchent aussi d’accéder aux vagues qui vous emportent, qui font tanguer votre barque, vous apportent les sensations fortes qui moi me font peur, autant qu’elles nourrissent mes fantasmes…

Allez viens, on joue. On dirait que tu m’aimerais et que tu aurais envie de me le dire. On dirait que tu m’écrirais des mots d’amour et que je les croirais. On dirait qu’on n’aurait pas peur. On dirait qu’on s’attacherait et qu’on se dirait pourquoi nous, et pas les autres.

Si tu veux après je ferais semblant d’oublier. Tu sais bien que le détachement, ça me connaît. Je laisserais ces mots en coulisses, dans une poche, au fond de ma solitude. Je les cacherais.

On m’écrivait ce genre de lettres, avant. C’était il y a longtemps, mais je me souviens comme si c’était hier de comment je me sentais en les lisant : authentiquement singulière, explicitement spéciale, insoluble, gravée dans l’écorce de leur mémoire. Je me souviens que j’ai pleuré, aussi. Toujours. Malgré la force de ces mots. Car si les écrits restent, les sentiments s’étiolent.

Mais des sentiments mêlés dans une si belle histoire méritent certainement d’être conclus par quatre prunelles embuées à l’unisson…