Je t’écris, j’écris

Je t’écris, j’écris

J’ai reçu de toi la fleur de ta peau. J’ai pris dans ton regard cette intense douceur dont tu as le secret, celle que j’ai aimée tout de suite, même quand elle ne me regardait pas. Je l’ai revue aujourd’hui, au hasard d’une photo, se poser sur une autre, et j’ai de nouveau ressenti sa chaleur. Je me suis dit que je ne t’avais jamais remercié pour ça. Et de fil en aiguille, j’ai tissé ce « jamais » dans ma mélancolie.

Alors je t’écris.

J’écris mes regrets de n’avoir pas pris soin de toi, d’avoir froissé ta voile parce que je ne pouvais pas être le vent qui te porte, d’avoir saccagé le pont parce que je ne pouvais pas y embarquer, d’avoir détruit la barre et le safran pour que tu ne m’emmènes nulle part, et dans un élan dévastateur, d’avoir aussi brisé le compas sans penser à tout ce temps qu’il te faudrait pour le réparer. Sortir la tête de l’eau et retrouver le Nord.

J’écris mes aveux désemparés, ceux qui m’empêchent de te regarder après ça. Ceux qui mettront à jamais de la distance entre toi et moi. Ceux dont je garderai toujours le goût. Je sais ce que j’ai fait, et ce que j’ai perdu.

J’écris ce que j’ai conscience d’être, cette femme dangereuse, capable du pire quand elle est malheureuse. Capable de jeter violemment un cadeau précieux quand elle se dit qu’elle ne le mérite pas. Capable de blesser celui qui voudrait lui donner ce qu’elle ne peut pas rendre.

Je n’écris pas pour que tu me pardonnes mais je te présente mes excuses, gorgées de sincérité. Je les pose là sur le pas de ta porte, discrètement, sans déranger. J’accepte l’ombre entre toi et moi. J’assume que les mauvais souvenirs supplantent les meilleurs. Je les garde avec moi. Ils prennent la place des erreurs commises, pour que les mêmes ne s’y réinstallent pas.

J’écris le beau dont je ne me souviens que trop. Ce que tu es, ce que tu restes. Es-tu conscient au moins de ce que tu offres ? Es-tu fier de te tenir là, debout, et de tenir sa main ? Tu dois l’être. Cet homme qui tend les mains avec tout ce qu’il a de bon dedans, sans rien garder pour lui, cet homme qui regarde et qui voit, cet homme qui soutient même s’il doute, c’est toi. Une incroyable générosité, tourmentée mais pure. Une belle âme dans un corps fait pour aimer.

Je garde pour moi tout le reste. Ce que je ne pensais qu’à nous deux mais que je t’imagine partager, aujourd’hui. Ce qui n’appartient qu’à moi et que je n’expose pas. Je n’oublie rien. Je me tiens à l’écart. Et j’apprends.

 

 

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Jusqu’à l’irresistible

Jusqu’à l’irresistible

Les connexions intellectuelles sont rares sur le site, l’expérience nous apprend à en faire le deuil rapidement et d’en saisir les bribes quand celles ci se présentent. La démarche libertine apparaît bien souvent dans un jeu de clair obscur ou les intentions révélées trop rapidement altèrent la mécanique du désir pour se contenter de la seule chair… Je trouve dans les mots de cette femme, une finesse de lecture de la psyché masculine rarement éprouvée, jamais arrogante dans les possibles contradictions de mes dires et respectueuse du lien ainsi constitué. Il me semble clair qu’elle n’est point atteinte du syndrome de la princesse, qui affecte tant de femmes et nuit tant aux relations sincères, obligeant chacun à se mouler dans des postures inauthentiques et aliénantes. Les premiers écrits échangées témoignaient d’une intelligence, d’un goût des mots et d’un amour des relations autres… Comment, de mon point de vue, ne pas apprécier la direction et la saveur d’une rencontre qui prendrait le temps, qui respirerait la personne avant de s’y plonger de la plus charnelle des façons.
La composition d’une manière de se rencontrer autre, originale et légèrement contrainte dans la forme, excitait mon âme, demandait une assise complètement inédite et une posture sensuelle enfin non consommatoire… Cette femme comprenait mon exigence, la devançait même en émettant des propositions qui ne faisait que renforcer le désir d’elle… Le noir total, le silence potentiel, les prémisses d’une danse érotique qui satisfait mes appétits de retenue et de domination de mes pulsions, summum érotique si peu rencontré…

Lire la suite « Jusqu’à l’irresistible »

Sinusoïdal

Sinusoïdal

Je ne sais pourquoi je m’impose systématiquement un maquillage étudié de mes yeux avant nos rendez-vous, puisque mon regard lui sera interdit… Une manière sans doute de prendre de l’assurance, de dessiner cette femme qui se cache mais qui ne tremble pas, à la respiration lente et au pas assuré. Je pourrais en revanche faire ressortir ma bouche d’un carmin incendiaire et provocant mais qui, monopolisant totalement son regard, ferait mentir ma nature discrète… Ainsi, mon visage à lui seul trahit cet imperceptible paradoxe qui réunit l’audace et la timidité en un seul et même corps.

C’est donc les yeux bandés et sans rouge à lèvres qu’une nouvelle fois, j’entre chez lui. Toujours cette odeur de cigarette froide mêlée à celle des bougies parfumées. Toujours ce silence qui attend le mien et précède le bruit de son pas. Je suis maintenant conditionnée par ces détails devenus rituels. Il s’approche de moi, pose ses mains sur mes épaules et plonge sa bouche dans mon cou. Il m’embrasse, me caresse, puis attrape mes cheveux pour me diriger là où il souhaite prendre du plaisir. Ses mots sont le chemin qui me mène vers cet ailleurs dont j’ai tellement envie.

Il me prend les mains avec délicatesse pour m’accompagner dans sa chambre. « Enlève ta robe »…et je m’exécute. J’aime cette autorité teintée de douceur et je m’offre à ce regard que je sais empreint d’un désir ardent. Les plaisirs de la bouche ont notre préférence. Ma langue, mes lèvres devenues objets de luxure, ne se lassent pas d’être utilisées. Il en dispose à sa guise et lorsqu’il estime que je l’ai mérité ou lorsque lui-même n’en peut plus de frustrer son appétit, il m’assoit sur un fauteuil afin que je lui expose licencieusement ma perversion : les cuisses outrageusement écartées, mes mains qui les parcourent, mes doigts qui s’arrêtent sur mon sexe et qui très vite sont remplacés par sa bouche gourmande…et mon souffle, qui s’accélère. Dans un effort de maîtrise qu’il s’impose, il recule parfois pour se délecter du spectacle de cette femme, lascive et aveugle, qui exhibe son corps et ses soupirs.

Puis une pause, alors que je brûlais qu’il me possède… Il me propose de nous sustenter et en profite pour me raconter ce qui m’attend, ensuite. Alors qu’il me parle, je sens sur la moiteur de mon sexe la fraîcheur suave de quelque chose que je n’identifie pas immédiatement. Puis son goût dans ma bouche. Des saveurs mêlées d’oranges, de pommes et de cyprine… Les sensations que ces fruits procurent sur mes lèvres et sur ma peau me transportent et je dois faire un réel effort pour rester attentive à ses propos. Il m’emmène me dit-il chez une personne qui doit « parfaire mon éducation ». Mon cerveau se reconnecte à ces mots. Ils résonnent en moi à la fois de manière très érotique, rappelant à ma mémoire de lointains récits, mais injurieuse aussi, avec cette impression soudaine et désagréable d’être fautive. Aussitôt mon caractère réfractaire refait surface. Il restera en alerte jusqu’à notre arrivée chez le Marquis.

Voyager dans le noir sans savoir où l’on m’emmène… Je pourrai dire que j’ai vécu cela aussi. L’excitation et la fébrilité mêlées que je connais bien, maintenant, mais dans un nouveau décor. Je suis soulagée lorsque nous arrivons. A-t-il perçu mon malaise, a-t-il regretté son choix ou n’y a-t-il vu que du feu ?… Il sonne et un homme vient nous ouvrir. Un voile se lève. Sa voix est parée de bienveillance, de douceur et d’élégance. Il me guide dans la pièce principale et tout sent bon autour de moi. Je suis installée confortablement, déshabillée, et on me sert du vin. J’entends leur conversation tout près. Ils feignent de ne pas faire attention à moi mais je me sens observée. J’aime ce moment. Qu’ils fassent semblant que je n’existe pas. J’aimerais qu’ils parlent de moi à la troisième personne, qu’ils évoquent cette petite dépravée qui n’est pas encore moi, à ce moment-là. Celle qui obéit sans retenue, qui reproduit les gestes qu’on lui ordonne et répète les paroles qu’on lui souffle. Celle qui lâche prise dans le jeu d’une relation verticale et prend plaisir à être en bas, à leurs pieds, mais au centre de la scène. Cette femme-là ne s’offusquerait pas qu’on veuille l’éduquer. Elle s’impatienterait, plutôt, de montrer à quel point elle peut être brillante dans ce rôle.

Mais une autre scène, cependant, devait se jouer ce jour-là. Sans que je n’en comprenne vraiment les raisons, le Maître fait preuve d’un empressement soudain et le Marquis se mue en prédateur sans que je n’ai pu jouir de son autorité. Je suis menée à l’étage pour être dévorée, dégustée… À mon tour je me fonds dans cette ambiance animale, et mon appétit surpassera le leur. A leurs pieds, mais avide, insatiable, totalement lubrique. C’est ainsi qu’il voulait me voir et il sait comment s’y prendre. Voyeur de mes désirs, de mes plaisirs, de mes orgasmes, il a tout à coup ce geste étrange et surprenant de retirer mon bandeau… Enfin… Je n’ai pas saisi immédiatement qu’il voulait lire la jouissance dans mes yeux. J’ai cru à une pulsion non contrôlée, j’ai cru qu’il regrettait, alors j’ai gardé les yeux fermés jusqu’à ce que nos souffles s’apaisent et qu’il prenne mon visage entre ses mains.

Les yeux ouverts après nos ébats, sans fards, je me suis sentie nue. Pas mon corps. Mon âme. Parce que je voyais la leur, ils devaient voir la mienne. Disparus les prédateurs, évanouie l’autorité, ils n’étaient plus que velours et moi, à côté d’eux, j’étais perdue dans cette soudaine horizontalité que je découvrais auprès de lui pour la première fois…

A quoi devais-je m’attendre ?…

A quoi devais-je m’attendre ?…

Ainsi qu’il l’avait décidé, j’entrai chez lui et, dans le hall, je me déshabillai entièrement…ou presque. Partagée entre la volonté de lui démontrer mon audace en entrant chez lui complètement nue et mon désir de le sentir jouer avec ma culotte, je décidai au dernier moment de garder ce minuscule morceau de tissu sur mon sexe. J’avais bien sûr gardé mes escarpins… Pour la touche d’élégance. Il y avait une petite sangle, juste à côté du masque que je devais poser sur mes yeux. Ça n’était pas prévu et je me trouvai un peu déstabilisée, incertaine de la nature et du rôle de cet objet nouveau pour moi. Fallait-il que je le prenne ou l’avait-il prévu pour plus tard ? « Dans le doute, abstiens-toi ». Je le laissai là, souffla sur la bougie -réflexe rémanant de jeune fille complexée- revêtis le masque et fit résonner doucement le bruit de mes talons dans ce couloir. Ma main qui caressait le mur finit par trouver l’encadrement de la porte. Il l’attrapa et colla mon dos contre son torse tandis que sa bouche s’empara de mon cou.

« Tu as gardé ta culotte ?… Tu n’as pas pris le collier. Pourquoi as-tu mis des chaussures ?… » Je m’entendis répondre comme une petite fille gênée, obligée de se justifier pour ses bêtises. Mes réponses ont semblé lui plaire. A moins que ça ne soit la silhouette qu’il tenait entre ses bras. Il attrapa mes cheveux d’une main ferme comme on attrape les rênes d’une monture. Fière de ma hardiesse mais fébrile et désarmée, j’abandonnai à cet instant mon corps et ma psyché à cet homme que je rencontrais pour la deuxième fois et que je n’avais pourtant jamais vu.

« Mets-toi à quatre pattes ». A ces mots l’image du collier me revint et je regrettai de ne pas avoir su quoi en faire. Je mis cette idée de côté, certaine que nous en ferions malgré tout quelque chose. Je fus surprise -fort agréablement- par ces premières minutes licencieuses à souhait, qui tranchaient avec la fébrilité dont il avait fait preuve lors de notre précédent rendez-vous. Le frisson qui me parcourut soudain naquit à la fois du doute (mon intuition m’aurait-elle fait défaut cette fois ? Je ne connais pas cet homme… Si je m’étais trompée ?) et de l’excitation (je l’espérais secrètement supérieur et déterminé). Je m’exécutai avec délectation et avançai à quatre pattes vers cette pièce où la fois précédente, nous avions défié nos patiences et nos désirs respectifs.

Il a tiré mes cheveux avec force et délicatesse pour diriger ma bouche sur la sienne, puis sur son sexe qu’il m’ordonna de sucer. Il a pincé mes seins avec attention, cherchant le bon dosage entre trop de douceur et trop de douleur, ne trouvant les réponses que dans ma respiration puisque mon regard ne lui dévoilerait ce soir encore aucun de mes secrets. Il fut prudent, donc…ce que je lui fit remarquer avec une pointe de déception. Il sembla réceptif à cette permission implicite d’aller plus loin encore, plus fort, et de manière plus impérieuse. Il me fit prendre les positions les plus indécentes sous son regard impudique. Son vocabulaire se fit plus obscène. Son attitude plus lubrique. Jusqu’à ce qu’enfin devenue cette chienne qu’il avait convoquée, ce soit moi qui réclame le collier.

Il l’ajusta autour de mon cou et y ajouta la laisse, déconnectant du même coup tous les synapses me reliant encore à une quelconque raison. Bien calée à l’intérieur de moi, le corps en éveil, absorbée par mes sens et leurs échos, je devins cette soumise qui n’était pour moi, avant cela, qu’une image d’Epinal captivante mais lointaine.

Ça n’était qu’une introduction, bien sûr. Le scénariste a de l’imagination… J’aime la peur qui hante mon désir lorsque j’essaie d’imaginer jusqu’où il me mènera. J’aime l’attention et la délicatesse dont il fait preuve, et ses promesses de perversions. J’aime qu’il soit obligé de lire en moi sans passer par mon regard. J’aime me donner à lui sans savoir précisément qui il est. Il sera mon guide éclairé sur le chemin obscur de la dépravation.

Là où je t’emmènerai… (suite)

Là où je t’emmènerai… (suite)

tJe l’ai retrouvé devant les barreaux, près de cette pièce où la réalité frôle le fantasmagorique, celle-là même où je m’étais demandé si tout cela était tangible ou si j’étais dans une autre dimension. Voyeur assumé.

« – Est-ce bien professionnel de se trouver là ? Je ne suis pas vraiment habituée de ce genre d’endroit, mais je me faisais une autre image du serveur…

– Il faut se méfier des stéréotypes. »

Ce sont les seuls mots que nous nous échangeâmes avant qu’il ne m’embrasse avec une gourmandise et une ardeur qui là encore, ne manquèrent pas de me surprendre. Il était très grand, si bien que même avec mes talons je dus me mettre sur la pointe des pieds pour atteindre ses lèvres. Athlétique, les épaules larges, ses bras puissants m’entouraient fermement et j’adorais ça. Il continua dans le registre de l’employé qui avait peur de se faire prendre en faute : « Je ne devrais pas faire ça« , « Il ne faut pas que je m’absente trop longtemps du bar, j’aurais des ennuis« , mais qui n’arrivait pas à réprimer ses instincts « hmm…ces lèvres… » et « attends-moi dans le petit recoin au bout du couloir, j’arrive« … Sans doute ce jeu l’excitait-il, ou bien c’est moi qu’il pensait troubler. Mais ça n’était pas l’interdit qui m’exaltait : c’était le fantasme de l’adolescente, celle qui regarde timidement le grand sportif, l’étudiant de dernière année ou le charmant guitariste en étant persuadée qu’ils ne pourraient jamais s’intéresser à elle…tout en se faisant un défi personnel d’obtenir leur sourire, puis leur numéro.

Je t’ai retrouvé sur une banquette. Tu avais vu passer le serveur et tu me voyais revenir « bredouille » : « Alors ?… » m’as-tu demandé avec curiosité. Je t’expliquai qu’il m’avait demandé de l’attendre, ce qui sembla t’amuser sans te surprendre. « Vas-y, et ensuite on rentre. J’ai envie de toi… Je te prendrai debout dans l’entrée pendant que tu me raconteras ce qu’il t’aura fait. » Ton baiser fut tout aussi brûlant que l’était mon corps à ce moment-là, et tes paroles me grisèrent.

Il m’a rejoint quelques minutes après. Alors que j’entreprenais de défaire sa ceinture, il m’a stoppée net en me disant que c’est lui qui allait s’occuper de moi. Il m’a assise sur un tout petit tabouret de velours mauve et appuyée contre le mur, je me suis abandonnée aux assauts de sa langue, de ses lèvres et de ses doigts sur mon sexe déjà trempé. Je le regardais avec un sentiment de victoire et je buvais ses paroles, douces et provocantes, qui m’ont certainement amenée vers le septième ciel tout autant que ses gestes.

Tu m’as aidée à retrouver mes vêtements et à me rhabiller. J’avais presque oublié que j’étais restée presque nue, totalement impudique et disponible à tous les regards et à toutes les peaux. Sentiment étrange… Nous avons remonté le fameux escalier et tu as appelé un taxi pendant que je demandais un stylo pour écrire un petit mot à ce délicieux serveur, qui ne s’était défait de moi que lorsque je lui eut assuré qu’il aurait mon numéro. Dans la voiture, nous n’avons pas échangé un mot. Tu as mis ta main sur ma cuisse, remontant jusqu’à la dentelle de mes bas. J’ai souri à cette vision. Pour la première fois de ma vie j’avais joué corps et âme le rôle de la « fatale », celle qui séduit ceux sur qui son regard s’arrête, décadente, insatiable, et j’y avais cru jusqu’à y trouver une part en moi. Cette femme que je n’avais jamais osé être avant ça s’était inscrite quelque part dans mon ADN, définitivement. Une savoureuse victoire sur moi-même dont je me délectais.

Nous avons monté les six étages à pieds jusque chez moi, tes mains sous ma robe, mon esprit dans le vague. J’ai ouvert la porte et comme tu me l’avais dit, tu m’as prise là, en me susurrant à l’oreille des paroles impudiques et obscènes alors que je te racontais les mauvaises manières du serveur et ce que je comptais lui réserver, quand il me rejoindrait tout à l’heure…

J’ai eu d’autres occasions de raconter toutes les femmes que je suis devenue avec toi, et j’en aurai encore. Tu me diras que tu n’y es pour rien, que j’ai fait ça toute seule. Sauf qu’avant toi elles m’étaient inaccessibles. Tu avais cette magie que je ne m’explique pas… Je ne saurai jamais vraiment ce que je t’ai laissé, moi, mais j’ai eu une partie de réponse ce soir là : « Ta silhouette en porte-jarretelles, dans ce club, ta sensualité…c’est une image que je ne risque pas d’oublier.« 

Là où je t’emmènerai…

Là où je t’emmènerai…

Il n’y a qu’à toi que je pouvais dire oui. Cet endroit en effet m’intimidait. Je n’aimais pas l’idée de me sentir épiée, suivie par des regards concupiscents, au centre de l’attention. M’offrir aux premiers yeux venus sans mystère, sans barrière. Accessible. Mais tu connaissais l’endroit. Tu me connaissais moi, et j’avais confiance en toi. Je me voyais briller dans tes pupilles : belle, désirable, désirée. Alors si tu tenais ma main…

J’ai cherché toute la journée la robe parfaite, pour ne pas te décevoir. Pour être belle, j’ai fait passer des mains expertes dans mes cheveux et sur mon visage, j’ai paré ma peau de ma plus fine lingerie, de ces bas que tu aimes tant, et choisi mes talons les plus hauts. J’aurais pu être une vraie femme fatale si j’avais pu aussi grimer mon âme.

La grande porte noire s’est ouverte et nous sommes entrés dans ce hall à l’ambiance tamisée. J’ai voulu que tu ne lâches pas ma main quand nous avons descendu l’escalier et les bonbons en bas n’ont pas suffi à me rassurer. La lumière à la fois sombre et chaude m’a entourée d’un voile de relative discrétion et nous avons ainsi fait le tour des lieux, que tu semblais connaître par cœur. Au bar, tu as commandé pour moi un alcool fort. J’avais besoin d’anesthésier ma raison. Tu t’es installé contre moi et nous avons observé ces gens qui peut-être tout à l’heure poseraient leurs mains sur nous. Tu semblais tout savoir d’eux rien qu’à regarder leur allure et leur tenue : les habitués et les visiteurs occasionnels, les couples officiels et les moins légitimes, les professionnelles et les faire-valoir… Je me trouvais d’une banalité sans nom au milieu d’eux. Mais le rhum faisait son effet et je commençais à m’amuser de ce ballet rouge et noir étrange et feutré.

Tu as caressé l’intérieur de ma cuisse et tu m’as demandé comment je me sentais. Tu avais envie de moi au milieu de tous ces autres, mais nous serions partis sur le champ si tu avais lu le moindre malaise dans mes yeux. Ton désir soufflait sur les braises de mon audace et je t’ai souri. Alors tu as repris ma main et nous nous sommes dirigés au fond du couloir. Derrière les barreaux, je me souviens encore de chacune de mes sensations : toi dans mon dos, contre mes fesses, tes mains sur mes bras et tes lèvres dans mon cou ; autour de nous des soupirs et des râles ; sous mes yeux des corps comme des ombres emmêlées et cette impression d’avoir quitté mon corps pour un instant, spectatrice d’une scène irréelle et pourtant si concrète. Tu m’as dit : « Viens… » et j’ai marché devant toi, pénétrant cette pièce comme on entrerait sur une scène pour devenir quelqu’un d’autre.

Tu m’as entourée de tes bras et de tes baisers et doucement, tu as fait glisser ma robe. Je me suis allongée sur ce matelas dont la froideur et la rigidité tranchaient nettement avec la souplesse et l’ardeur des corps alanguis autour de nous. J’ai senti le poids de ton corps sur le mien, ta fougue et ton désir, et j’ai fermé les yeux. Une main qui n’était pas la tienne a caressé ma cuisse à la lisière de mes bas, puis une autre mon sein droit. Une autre encore passa dans mes cheveux. Une femme se serrait contre moi. J’ai ouvert les yeux et je l’ai vue caresser ton dos… Sentiment étrange… Tu as posé tes lèvres sur ses tétons et elle m’a embrassée. Un peu fébrile encore j’ai fermé les yeux, de nouveau. J’étais mieux ainsi, à l’intérieur de moi.

J’ai oublié les détails, ensuite : je ne me souviens que des mains sur moi, nombreuses, ton sexe dans ma bouche pendant qu’un autre, que je ne verrais jamais, me pénétrait et de t’avoir laissé jouer avec d’autres corps pendant qu’un homme dégustait avidement mon sexe appuyé sur son visage en insistant pour que je le regarde dans les yeux…

Quand je me suis levée juchée sur mes talons  je n’avais plus sur moi que mes bas et mon porte-jarretelles. Tu n’étais plus là… Je t’ai cherché dans les alcôves et je t’ai retrouvé au bar, en pleine conversation avec une jolie blonde esseulée. Dans mon costume de brune incendiaire et sexy, je me suis installée à l’autre bout pour vous laisser parler et commander un autre verre. Cambrée, mes doigts caressant mon verre et mes lèvres jouant avec la paille, je me suis demandée si tu m’avais vue… J’ai soudain senti une main effleurer mes fesses. Médusée par réflexe, je me suis retournée pour apercevoir le sourire complice de l’un des serveurs. Dans mon esprit candide, ils étaient choisis pour leur professionnalisme et leur contrat devait stipuler qu’on ne touche pas aux client(e)s. Il était séduisant. Très séduisant. Complètement dans mon rôle, presque sûre de moi, je l’ai suivi pour lui rendre la pareille et…le réprimander gentiment, lui faisant comprendre qu’il ferait mieux de me laisser tranquille, ou d’aller au bout de son intention… Il m’a assurée qu’il n’en avait pas le droit et qu’il aurait de gros ennuis s’il se laissait aller à une telle faiblesse. Cet endroit était décidément un véritable théâtre.

On s’est rejoints dans le corridor. Tu m’as prise dans tes bras et tu m’as embrassée, caressant mes fesses nues. On s’est assis sur la banquette et je t’ai raconté l’effronterie du serveur. Tu m’as demandé si je voulais partir. Je t’ai répondu que je n’en avais pas fini avec lui. Tu m’as souri, amusé de me voir tout à coup comme un poisson dans l’eau, et tu m’as dit : « Vas-y, rejoins-le« .