Vers l’autre moi

Vers l’autre moi

J’aurais pu raconter cette histoire de manière romancée, en puisant dans les étincelles qui sont toujours dans mes yeux. Mais je choisis de l’ancrer dans le réel pour que l’on puisse y croire, comprendre, et peut-être partager davantage la conclusion d’un tel récit.

Nous sommes un certain nombre de femmes à fantasmer plus ou moins explicitement sur des relations de soumission. Vouloir un homme qui prendra tout en charge, pour nous. Le laisser disposer de notre corps. Lâcher toute forme de contrôle et s’en remettre à lui. Accepter de souffrir physiquement, parfois. Je ne cherche pas à l’expliquer, chacune a ses raisons. J’ai fini par comprendre qu’il y avait en moi une volonté de retrouver quelque chose que j’avais toujours connu : l’emprise d’un ascendant, l’obéissance aveugle, le sentiment de n’être rien, mais sous une autre forme. Parce que c’est rassurant d’aller chercher le familier, le modèle de référence. Mais en se disant qu’on n’en est plus victime car puisqu’on le décide, puisqu’on le choisit, on est cette fois maîtresse de la situation.

J’ai envie d’éprouver ça… Mais j’ai des réticences. Je ne veux pas avoir mal, parce que si c’est au toucher que je m’abandonne le plus, la douleur me ramène aussitôt à ma conscience et me fait perdre tout lâcher prise. La soumission pour moi devrait être davantage cérébrale, psychologique, situationnelle, verbale. Il me faudrait surtout une personne de confiance. Quelqu’un qui me ressemble. Quelqu’un qui comprenne parfaitement mon projet et qui ne se l’accapare pas. Et un désir en miroir : un homme dont le besoin n’est que de servir mes envies parce que c’est précisément cela qui sert son plaisir.

Alors j’imagine…

Ce soir-là, comme chaque fois, je pénétrais dans son antre sans savoir ce qui m’y attendrait. Mais il m’avait prévenue que l’on passerait à un niveau supplémentaire, et nos échanges de messages dans les jours qui avaient précédé m’avaient donné un avant-goût de cette évolution. C’était peut-être là, l’erreur : trop planifiée, trop prévue, cette nuit-là perdait en mystère ce que ma conscience gagnait en informations. La bulle se mélangeait à ma réalité et je ne m’y reconnaissais pas. Je l’ai ainsi rejoint avec cet a priori qui ne m’a plus quittée. Le ton était plus dur. Les gestes étaient plus brusques. Il n’y a pas eu de sas, de transition. Je me suis vue subir ses sévices en étouffant mes protestations. J’ai été la spectatrice gênée de ces postures indécentes qu’il me faisait adopter. Je me suis sentie malmenée par celui qui pourtant, je le savais, débordait de respect pour moi. Mais pour la première fois il se faisait passer en premier. Sa volonté avait évincé la mienne et son plaisir, le mien. Dans la bulle, mais ancrée dans le réel… j’avais le vertige.

Je saurais plus tard qu’il s’en était aperçu.

Ce malaise, pour autant, n’aurait aucune conséquence, si ce n’est de me permettre de me connaître mieux. Car juste à ce moment où je m’apprêtais à revenir à « moi », il négocia un virage qui allait tout changer…

(à suivre)

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A quoi devais-je m’attendre ?…

A quoi devais-je m’attendre ?…

Ainsi qu’il l’avait décidé, j’entrai chez lui et, dans le hall, je me déshabillai entièrement…ou presque. Partagée entre la volonté de lui démontrer mon audace en entrant chez lui complètement nue et mon désir de le sentir jouer avec ma culotte, je décidai au dernier moment de garder ce minuscule morceau de tissu sur mon sexe. J’avais bien sûr gardé mes escarpins… Pour la touche d’élégance. Il y avait une petite sangle, juste à côté du masque que je devais poser sur mes yeux. Ça n’était pas prévu et je me trouvai un peu déstabilisée, incertaine de la nature et du rôle de cet objet nouveau pour moi. Fallait-il que je le prenne ou l’avait-il prévu pour plus tard ? « Dans le doute, abstiens-toi ». Je le laissai là, souffla sur la bougie -réflexe rémanant de jeune fille complexée- revêtis le masque et fit résonner doucement le bruit de mes talons dans ce couloir. Ma main qui caressait le mur finit par trouver l’encadrement de la porte. Il l’attrapa et colla mon dos contre son torse tandis que sa bouche s’empara de mon cou.

« Tu as gardé ta culotte ?… Tu n’as pas pris le collier. Pourquoi as-tu mis des chaussures ?… » Je m’entendis répondre comme une petite fille gênée, obligée de se justifier pour ses bêtises. Mes réponses ont semblé lui plaire. A moins que ça ne soit la silhouette qu’il tenait entre ses bras. Il attrapa mes cheveux d’une main ferme comme on attrape les rênes d’une monture. Fière de ma hardiesse mais fébrile et désarmée, j’abandonnai à cet instant mon corps et ma psyché à cet homme que je rencontrais pour la deuxième fois et que je n’avais pourtant jamais vu.

« Mets-toi à quatre pattes ». A ces mots l’image du collier me revint et je regrettai de ne pas avoir su quoi en faire. Je mis cette idée de côté, certaine que nous en ferions malgré tout quelque chose. Je fus surprise -fort agréablement- par ces premières minutes licencieuses à souhait, qui tranchaient avec la fébrilité dont il avait fait preuve lors de notre précédent rendez-vous. Le frisson qui me parcourut soudain naquit à la fois du doute (mon intuition m’aurait-elle fait défaut cette fois ? Je ne connais pas cet homme… Si je m’étais trompée ?) et de l’excitation (je l’espérais secrètement supérieur et déterminé). Je m’exécutai avec délectation et avançai à quatre pattes vers cette pièce où la fois précédente, nous avions défié nos patiences et nos désirs respectifs.

Il a tiré mes cheveux avec force et délicatesse pour diriger ma bouche sur la sienne, puis sur son sexe qu’il m’ordonna de sucer. Il a pincé mes seins avec attention, cherchant le bon dosage entre trop de douceur et trop de douleur, ne trouvant les réponses que dans ma respiration puisque mon regard ne lui dévoilerait ce soir encore aucun de mes secrets. Il fut prudent, donc…ce que je lui fit remarquer avec une pointe de déception. Il sembla réceptif à cette permission implicite d’aller plus loin encore, plus fort, et de manière plus impérieuse. Il me fit prendre les positions les plus indécentes sous son regard impudique. Son vocabulaire se fit plus obscène. Son attitude plus lubrique. Jusqu’à ce qu’enfin devenue cette chienne qu’il avait convoquée, ce soit moi qui réclame le collier.

Il l’ajusta autour de mon cou et y ajouta la laisse, déconnectant du même coup tous les synapses me reliant encore à une quelconque raison. Bien calée à l’intérieur de moi, le corps en éveil, absorbée par mes sens et leurs échos, je devins cette soumise qui n’était pour moi, avant cela, qu’une image d’Epinal captivante mais lointaine.

Ça n’était qu’une introduction, bien sûr. Le scénariste a de l’imagination… J’aime la peur qui hante mon désir lorsque j’essaie d’imaginer jusqu’où il me mènera. J’aime l’attention et la délicatesse dont il fait preuve, et ses promesses de perversions. J’aime qu’il soit obligé de lire en moi sans passer par mon regard. J’aime me donner à lui sans savoir précisément qui il est. Il sera mon guide éclairé sur le chemin obscur de la dépravation.

Le dessert (la suite)

Le dessert (la suite)

J. prend alors la parole : « Puisque tu sembles vouloir me démontrer ton audace, tu vas dès maintenant te rendre à l’hôtel et nous attendre. Tu seras installée sur le fauteuil, parée de cette lingerie qui t’habillera admirablement, sans remettre ta culotte évidemment…et tu conserveras ces talons qui mettent si bien en valeur tes jambes et tes chevilles. Tu auras les yeux bandés. »

Tu me regardes en souriant. Je lis : « j’ai furieusement envie de toi« . Tu me donnes la carte de l’hôtel, sur laquelle figurent l’adresse et le numéro de la chambre. Tu m’indiques qu’on me donnera les clés à la réception, tu prends mon cou entre tes deux mains et tu m’embrasses avec une fougue qui ne laisse aucun doute sur l’intensité de ton désir. Tu dénoues enfin ta cravate et me la confie, sans avoir besoin de me préciser à quoi elle servira…

« -Je n’ai pas droit à un aussi délicieux au revoir, moi aussi ? », interroge J. Je le fixe plusieurs secondes, finis par lui sourire malicieusement puis tourne les talons.

C’est un bel hôtel, que vous avez choisi. Le voiturier et le bagagiste me saluent avec bienveillance, le groom se montre très souriant, et l’hôtesse à l’accueil a une voix douce et apaisante. Tout autour de moi est serein et feutré. Un instant j’oublie ce jeu autour du dessert. Je me sens choyée, détendue, dans du velours… Je pénètre dans la chambre, immense, aux tons gris et mauves. Il y a en effet un confortable fauteuil dans un coin de la pièce, qui donne sur le lit. Je me demande si c’est un hasard ou si l’un de vous l’a déplacé à dessein. Sur une commode, une bouteille de vin rouge déjà ouverte et trois verres déjà remplis. Sans réfléchir davantage (par peur d’avoir à reculer ?…) j’enlève ma robe pour ne garder que mon soutien-gorge noir à la dentelle si fine qu’elle ne cache rien de mes seins, le porte-jarretelles assorti, les bas-coutures si doux, qui me font sentir si femme, et mes chaussures dont les 14 centimètres de talons m’élèvent artificiellement au rang de femme fatale. Je me demande combien de temps je vais devoir attendre, et ce que vous vous dites, pendant que je m’impatiente. J’imagine toutes sortes de conversations, y compris un désaccord final, sur le fil, qui te ferait me rejoindre seul…et cette pensée me rassure tellement, tout à coup. Je n’ose pas réfléchir à ce scénario que peut-être, vous avez préparé depuis longtemps. Je vide mon verre, approche ta cravate de mon visage pour en sentir l’odeur et la douceur, et me bande les yeux. Je fais le vide…

Et soudain, on frappe.

J’entends au ralenti la porte s’ouvrir, des vêtements qui se froissent, des pas légers sur la moquette duveteuse, du vin qui coule, des verres qui s’entrechoquent. Aucune parole. Je mordille ma lèvre inférieure. C’est ici que je lâche prise. Je ne me demande pas quelle est la main qui se pose en premier sur ma cheville. Qui est passé derrière le fauteuil et caresse mes épaules, puis embrasse mon cou. Je savoure la sensation de ces mains qui remontent lentement, trop lentement, le long de mes jambes, suivant la couture de mes bas, la courbe de mes genoux, s’arrêtant juste avant d’atteindre la peau de mes cuisses qui brûle pourtant du désir d’être effleurée. Elles m’obligent à les écarter, pendant que les doigts qui étaient sur mon cou attrapent ceux de ma main droite et viennent les déposer sur mon sexe. Celui qui était à mes pieds s’éloigne et semble gagner le lit, tandis que l’homme dans mon dos attrape mes seins, les sort de leur parure de dentelles et les caresse de sa paume tout en pinçant délicatement mes tétons. Ma respiration s’accélère et se fait plus sonore, puis se mue en gémissements. Dans le noir, seules mes sensations comptent et elles sont si enivrantes… Ma main droite, qui me connaît si bien, explore mes lèvres et très vite, prend possession du berceau de mon plaisir. Elle y pénètre, s’y enfonce, s’y noie… Soudain il n’y a plus que moi : celui qui me tenait encore me lâche et s’éloigne. Vous êtes tous les deux spectateurs de mon extase, je le sais. La tête en arrière, le souffle court, je pose l’une de mes jambes sur l’accoudoir du fauteuil pour que vous en profitiez mieux encore.

« -L’autre, aussi. C’est la voix de J., ferme et autoritaire. Je m’exécute. Je me sens indécente, ce qui ajoute à mon excitation. Mais je sais que je ne vais pas jouir comme ça. Mon orgasme se jouera à quatre mains.

-Tu es exquise. Un succulent dessert…continue-t-il. Laisse-moi encore te goûter. »

Sa main vient attraper la mienne. Il prend mes doigts dans sa bouche et se délecte à nouveau du jus délicat de mon désir. Puis il m’entraîne près du lit, s’allonge, et m’ordonne de venir m’asseoir sur son visage. A tâtons, je remonte le long de ses jambes, effleure au passage son sexe tendu et ardent, caresse son ventre, son torse…il est déjà nu. Je suis sur lui à quatre pattes et me demande alors où tu es et sous quel angle tu m’observes. Je me cambre et approche mon visage de son cou. Je veux humer son parfum et percevoir son souffle. Mes jambes remontent le long de son corps, mes mains attrapent ses cheveux et me voilà au-dessus de sa bouche. Il saisit aussitôt mes cuisses et me plaque sur ses lèvres qui me dévorent littéralement. Il m’aspire et sa langue s’enfonce entre mes lèvres. Son avidité me surprend, et me transporte.

« -Retourne-toi maintenant ». Il n’a pas besoin de m’en dire davantage alors pour que je me penche et m’empare de sa queue. A mon tour de lui montrer ma gourmandise… Je sens ses mains sur mes fesses quand les miennes caressent son bas-ventre, l’intérieur de ses cuisses, et ce sexe déjà si raide. Elles vont et viennent autour de lui, tantôt très douces et tantôt plus appuyées. Mes doigts se resserrent autour de son gland, que ma langue vient titiller, et ma bouche enfin l’avale entièrement, comme par surprise. Je l’entends gémir à son tour, j’entends des mots qui se veulent encourageants ou flatteurs mais je ne les écoute pas. Je vampirise son plaisir, je le suce telle un succube qui ne l’abandonnera que quand il aura avalé jusqu’à la dernière goutte le suc de sa jouissance…

Mais je sens une troisième main dans le bas de mon dos. Elle remonte jusqu’à ma nuque, attrape mes cheveux et l’autre main, qui caressait ton sexe, le guide dans ma bouche. C’est toi à présent que je déguste. Ma main qui continue de branler J. suit le rythme de mes lèvres autour de ton membre, pendant que ma langue le parcourt elle-aussi, en secret. Elle se montre, parfois, quand elle s’attarde sur ton frein qu’elle chatouille de son extrêmité, avant de le lécher de toute sa largeur. Elle redescend ensuite tout le long de ta verge, appuyée, gourmande, accompagnée de mes lèvres. Et ma bouche t’engloutit entièrement. Je te garde tout au fond, ma langue masse la base de cette queue dont je ne suis jamais rassasiée. Mais tu me forces à reculer et à sucer J., de nouveau. Tu sembles t’éloigner mais très vite je te sens derrière moi. Tu t’enfonces d’un seul coup, fort, profondément. Je ne suis plus qu’un corps à la réceptivité exacerbée, mon cerveau branché exclusivement sur mes sens, brûlante…trempée. La bouche de J. se partage à présent entre nos deux sexes et notre langage n’est plus fait que de soupirs et de cris.

Après de longues minutes à profiter ainsi du goût de nos ébats, J. glisse à côté de nous. Je devine qu’il nous observe en se caressant. Quel spectacle en effet que deux amants unis dans le plaisir et la complicité, abandonnés à leur désir, comme seuls au monde… Tu me demandes alors de me redresser et d’écarter les jambes un peu plus. Il s’engouffre sous mon corps en sueur, attrape mes seins et joue avec sa langue. Tu te dégages alors qu’il tient son sexe et je viens m’empaler sur lui. Aussitôt tu appuies sur mon dos pour que je reprenne une position horizontale. « Cambre-toi », me chuchotes-tu…et à ton tour, tu t’enfonces en moi. Sensation inédite d’être remplie, contrainte à des mouvements légers, pénétrée par la masculinité deux deux hommes qui me désirent en même temps et m’envahissent, de toute leur vigueur. Je me sens à la fois reine et esclave et je jouis, en quelques secondes, complètement transportée dans une autre dimension.

J’ai l’impression d’avoir perdu connaissance, mais je sens vos mains et vos baisers partout sur ma peau. Tu as joui toi aussi, mais pas J. Il prend le temps de nous resservir un verre et me demande si je veux retrouver la vue. Mais je hoche la tête. En être privée décuple mes autres sens, rester dans cette magie me va bien. Il me complimente sur la douceur de ma peau, l’harmonie de mes courbes, la beauté de mes seins, ma sensualité, ma capacité de total abandon. Tes caresses et tes baisers accompagnent ses paroles et m’embrasent de nouveau. Mais tu t’éloignes sans que je ne comprenne pourquoi. Je perçois des mouvements sur le lit et j’entends tes soupirs. Tu détaches alors la cravate et je te vois allongé sur le dos, ta queue dans la bouche de J…. Loin de me choquer, cette image me fascine. Je souris, et je vous admire. Mais l’envie de le rejoindre finit par l’emporter et nos deux bouches s’occupent de toi, mélange de baisers et de fellation gourmande. Tu adores ça et tu bandes, de nouveau. Je donne mes doigts à J., qui les lèche avec application, puis ils partent à la recherche de ton point P, et tes soupirs se font cris. J’observe la manière dont J. te suce, précis, habile, expérimenté. Il me laisse prendre sa place et pendant quelques minutes tu n’es plus qu’à moi. Je te regarde fermer les yeux, te cambrer, tendre tes muscles. J’aime ton plaisir et les mots qui l’accompagnent… Je tourne la tête ensuite et regarde J. qui semble attendre, avec un sourire complice. Je comprends. Je retrouve ta cravate et tout en t’embrassant, je te prive à ton tour de la vue. Il s’approche de toi et entreprend de te pénétrer, doucement… Lui qui avait été si animal avec moi se fait maintenant doux et délicat. Et je suis à nouveau subjuguée par l’intensité de ce spectacle. Je ne cesse de te caresser et de t’embrasser, partout, et tu jouis sous ses va-et-vient juste avant qu’il ne jouisse en toi…

Je ne raconterai pas la douche que nous avons prise à trois, la façon dont vous m’avez entourée et avez pris soin de chaque parcelle de ma peau. Je ne raconterai pas nos sourires qui en disaient tant et nos paroles devenues superflues. Je ne raconterai pas la tendresse qui a bercé notre nuit après le départ de J., ni l’ardeur du petit matin. Je ne parlerai pas non plus du lien si particulier créé par ces émotions partagées.

Mais je peux dire que cette nuit-là je me suis sentie la femme la plus belle et la plus précieuse au monde, protégée et vénérée. Je peux dire que tu es le seul à m’emporter sur ces chemins qui me paraissent inaccessibles jusqu’à ce que tu attrapes ma main. Je peux dire, enfin, que lorsqu’on s’est quittés, comme à chaque fois nos yeux disaient…encore.

Qui a dit que la gourmandise est un vilain défaut ?…

 

Le dessert

Le dessert

Tu m’avais préparé quelque chose, pour ce soir. Tu ne m’avais pas dit quoi. Tu voulais me savoir nerveuse, fébrile. Tu m’as dit de venir prendre un verre après ton travail -pour commencer- et je t’ai rejoins à l’endroit habituel. Tu voulais voir comment je m’étais habillée, apprêtée pour toi. J’avais mis ma robe rose, celle qui sent bon l’été et l’amour dans les champs. J’aime te voir me déshabiller rien qu’avec les yeux, et chercher à savoir ce que cachent mes tenues. Pas de bas cette fois-ci. Pas de porte-jarretelles non plus, de fait ; mais des talons vertigineux, une robe suffisamment courte pour allonger encore mes jambes, un décolleté dans lequel tu plonges déjà et mon sourire gourmand malgré l’incertitude.

Bien sûr, tu as gagné. Bien sûr, je suis fébrile. Mais ardente, aussi : tu sais à quel point j’aime jouer. Je te questionne, je te harcèle de questions. Je te menace avec les armes dérisoires qui sont les miennes. Je te fais rire, mais tu ne dis rien. Tu me commandes un deuxième verre et me laisses là. Tu as quelque chose à faire, dis-tu… Tu me donnes l’adresse à laquelle je devrai te rejoindre d’ici trente minutes. J’ai le temps de chercher l’itinéraire, de m’apercevoir avec surprise qu’il s’agit d’un restaurant, que je pourrai y aller à pieds et que j’ai même le temps de boire un autre verre…pour me donner du courage.

J’y suis. Curieuse. J’ai hâte. Je me dis qu’il ne pourra rien se passer ici, encore, et que tu veux me faire languir, encore. Je me dis que je me vengerai plus tard, en jouant de ta patience moi aussi. J’ai envie de te rendre fou, comme je suis folle, déjà, devant cette page blanche. Je te vois, et dans ma précipitation à te rejoindre à ta table, je ne remarque pas que tu n’y es pas seul. Un homme t’accompagne. Vous vous levez tous les deux à mon arrivée, il me salue élégamment et tu fixes ton regard dans le mien, sourire en coin. Tu as l’air arrogant, fier de toi. Je suis surprise, tu as gagné. Encore.

Je me place en face de lui et tu t’installes à ma gauche. Tu poses une main sur ma cuisse comme pour me dire « fais-moi confiance ». Il s’appelle J., la cinquantaine sportive, de l’allure. Beaucoup trop d’assurance à mon goût. Il me regarde comme s’il n’avait absolument aucun doute sur le fait que je serai son dessert. Je n’aime pas ses manières. Je suis sur la défensive. Je ne lui ferai pas le cadeau de penser que ce sera facile. Je te regarde et mon sourire franc s’est mué en sourire poli. Tu sens que je ne vais pas me laisser faire, que je suis redevenue sauvage, mais on dirait que ça te plaît. Le repas se déroule (trop) sagement. J. nous raconte ses frasques tel un aventurier revenu de tout. Après le plat principal, au milieu de ces banalités que nous échangeons l’air de rien, je lance :

« – Donc vous avez imaginé que je serai votre dessert à tous les deux, ce soir ? »

– On n’a rien imaginé…réponds-tu.

– Mais si ! interviens J. Moi j’ai imaginé un tas de choses ! C. m’a dit beaucoup de bien de toi. Que tu étais une joueuse d’exception, pleine d’audace. Je suis venu vérifier par moi-même si tous ces compliments étaient vraiment mérités.

– Encore faudrait-il que tu en aies l’occasion.

– Tu es déjà en train de me la donner en étant assise en face de moi. Tu m’observes depuis tout à l’heure, et je vois ton œil qui pétille et ce sourire que tu retiens mais qui me dit que la situation t’amuse déjà. »

Il n’a pas tort. Le fait est qu’il ne manque pas de charme… Je me demande encore comment C. l’a contacté et depuis quand ils se connaissent. Ils ont l’air très complices. L’alcool m’enhardit et je veux savoir jusqu’où va l’assurance de J.

« – Tu parles comme si tu savais tout et obtenais toujours tout ce que tu veux. Tu fais vraiment ton âge…

– Attention à toi, ne deviens pas insolente ou je pourrai perdre de ma délicatesse, répond-il avec une douce ironie.

– Et là je dois baisser les yeux je suppose ? dis-je, espiègle, en soutenant son regard.

– Enlève ta culotte.

J’éclate d’un rire sonore. Il se penche vers moi et continue, plus bas :

– Ça n’est pas une option. Tu vas enlever ta culotte ici, maintenant. Et tu vas la déposer à côté de mon verre. »

Je souris et le regarde avec défiance. Je fais semblant d’hésiter. Toi tu jubiles, je le sais. Tu ne dis rien mais tu savoures. Tu aimes ma malice et sa façon de me répondre. Alors je m’exécute, difficilement, me contorsionnant sur ce banc pour lever ma robe suffisamment haut et attraper l’élastique de ma culotte, la tirant vers le bas. Je la fais glisser le long de mes cuisses, lentement, pour que tu puisses profiter du spectacle. Elle tombe sur mes chevilles et du bout de mes escarpins, passe au bout de mes doigts. Je la chiffonne pour qu’elle tienne discrètement dans mon poing. De mon autre main j’attrape la tienne, je l’ouvre et je l’y dépose, regardant J. avec audace. J’annonce alors, sourire aux lèvres :

-Ma culotte est à lui. Et je garde la main.

J. éclate de rire à son tour, et je me sens comme une petite fille qui vient de faire son numéro et qu’on regarde, attendris. Décidément, cet homme a le don de m’agacer prodigieusement. Tu glisses la dentelle dans ta poche et tu me regardes, satisfait. Tu as envie de moi. Le serveur arrive avec nos desserts mais je ne perds pas mon élan.

-Bon…puisque je n’ai plus rien sous ma robe, autant en profiter.

Je glisse alors sous ma langue, un à un, les doigts de ma main gauche, puis ma main sous la table. Tu es le spectateur privilégié de mes cuisses qui s’écartent autant que ma robe le permette et de ma main qui vient s’y perdre et disparaît. Tu ne t’attendais pas à ça et ça t’excite. J. ne fait que deviner mes gestes mais il a compris mon manège. Je sens encore dans son regard ce je-ne-sais-quoi de blasé, l’air de celui qui a tout vu, qui ne sera jamais surpris. Mon index et mon majeur pénètrent profondément dans mon sexe trempé. Je ne dis plus rien, vous vous efforcez de faire la conversation pendant que mes hanches s’agitent sur mes doigts et que nous entamons tous les trois notre dessert. Je prétexte alors l’envie de te faire goûter le mien, approche ma cuillère de ta bouche, mais ce sont mes doigts que je te donne à lécher. Ceux-là mêmes qui étaient à l’instant entre mes cuisses. Ça te rend dingue, je le sais, je le vois, et je me tourne tout de suite vers ton invité qui a abandonné son air revenu de tout et dont le regard brille enfin. Ma main replonge aussitôt alors que je ne le quitte pas des yeux. Je mordille ma lèvre inférieure et savoure mon dessert et ma victoire.

-« Tu aimerais goûter, toi-aussi… »

Sans lui laisser le temps de répondre, je lui tends mes doigts qu’il engloutit avec appétit, retenant ma main avec cette même fermeté dont il fera preuve, quelques instants plus tard…

(à suivre)