Le dessert…revisité (2)

Le dessert…revisité (2)

Il t’a ordonné de te rendre à l’hôtel et de nous attendre, assise sur le fauteuil. Tu porterais tes talons, tu garderais ta lingerie, tu aurais les yeux bandés. Ta culotte resterait dans ma poche. Je n’ai rien dit. Je l’ai laissé faire, te guider, exiger. Voyeur. J’observais la scène avec plaisir et je ne regrettais pas de l’avoir choisi. J’étais comme dans un jeu à choix multiples, à la fois passager et conducteur. Le plaisir de tout maîtriser, sans rien faire.

Je te souris.  Une forme d’approbation, et si tu doutes encore un peu, je te dis avec mon regard que je veille, que tu peux avoir confiance. Je te tends la carte de l’hôtel et t’indique la marche à suivre. Reculer sera désormais difficile. J’ai une inquiétude, fugace, mais qui me traverse : sais-tu que ce jeu est pour nous ? J. est là, oui, mais sa présence doit nous rapprocher, nous rendre plus intimes encore. Non, je ne t’éloigne pas de moi. Non, je n’ai pas moins envie de toi. Les gestes rassurent plus que les mots, alors je t’embrasse fougueusement pour que le doute ne puisse s’installer en toi. Je ne t’ai jamais autant désirée que ce soir.

Avant que tu ne partes, jouant de la frustration de J. de ne pouvoir t’embrasser ainsi et le laissant un brin jaloux, je dénoue ma cravate et te la confie. Sans un mot. On se comprend.

L’hôtel a été soigneusement choisi. Je sais que tu aimes les ambiances feutrées et je voulais que tu te sentes à l’aise pour notre voyage. Tout a été préparé, jusqu’à la position du fauteuil, soigneusement étudiée. Un rouge et trois verres à vin sur la commode.  J’ai eu un manque malgré tout… Ne pas te voir arriver, c’était me priver de te lire au travers de ta démarche, de la position de tes mains. Ne pas lire ton regard ni deviner ton esprit. Qu’as-tu pensé en prenant l’ascenseur ? Qu’as-tu pensé en t’installant dans le fauteuil ? Qu’as-tu pensé en te mettant à demi-nue ? Qu’as-tu pensé en nouant ma cravate autour de tes yeux ? Que penseras-tu en entendant la porte s’ouvrir… ?

Nous arrivons à l’hôtel et J. me demande si je suis sûr que tu parviendras à te sentir à l’aise. Je réponds oui, sans dire que le doute commence à m’envahir. Et si cela n’était pas pour nous ? Et s’il finissait dans le flou du plaisir par t’arracher à moi ? Mais il est trop tard, nous sommes devant la porte. J. frappe pour t’avertir de notre présence, reculer n’est plus possible. Je reprends mon air assuré et insère la carte dans le boitier. La porte s’ouvre. Nous franchissons le petit couloir et tu es là : une indécence majestueuse et élégante ; je ne doute plus.

Sans un mot, nous prenons nos aises, retirons nos vestes. Nous demeurons silencieux. J. a compris qu’il serait libre d’agir, et que je ne comptais pas lui dicter ses actes ou ses manières. Cette étonnante complicité alors que finalement, nous nous connaissons si peu. Je remplis nos verres de vin et nous trinquons comme on scelle le pacte d’un secret inoubliable. Tu es assise, et je reconnais cette manière si particulière que tu as de mordiller ta lèvre. Ta patience s’amenuise, seul le noir dans lequel te plonge ce bout de tissu imprégné de mon odeur sur tes yeux, te force au silence. Je décide qu’il est temps et de la tête, je fais signe à J. qu’il peut enfin y aller. Il dénoue sa cravate, se dirige vers tes jambes découvertes. Moi, j’ouvre ma chemise, et viens me glisser derrière toi. Je veux laisser J. te découvrir, te sentir de plus près, qu’il puisse s’imprégner de toi. Je le sais impatient. Sur le chemin il m’avait demandé ta culotte, ce que j’avais refusé. Je suis un accompagnateur. Je me délecte de cette découverte aveugle, non sans laisser ma faiblesse déposer des baisers dans ton cou. Il n’est pas prévu que je participe, mais je n’y résiste pas… Ton cou, ta nuque, je n’y ai jamais résisté.

Je sens l’abandon entre mes mains, plus visible encore lorsque tes jambes s’écartent et lui offrent la vue de ton sexe humide. Je le freine avant qu’il ne mouille ses lèvres contre les tiennes ; je guide ta main vers ton sexe ; je veux que tu t’abandonnes à toi-même, avant de t’abandonner à lui. Tes doigts tournent, vont et viennent, et je perds un peu de mon flegme. Je remplis mes mains de tes seins, coincés, tes tétons entre mes doigts, tandis que ma queue envahit mon caleçon.  Ta respiration s’accélère en même temps que tes doigts engloutis dans ton sexe avide, désormais trempé, criant son plaisir, quand je sens que trop d’éléments m’échappent. Je ne dois pas participer, ce n’est pas prévu. Alors je m’éloigne, et enfin, tu t’abandonnes à toi-même, complètement.

J. a rejoint le lit depuis quelques minutes déjà, le sexe entre les mains, profitant du spectacle, et contrôlant sa masturbation pour ne pas jouir sans toi. Il me lance un regard étrange, comme une invitation à poser mes mains sur lui. Ou alors, peut-être que c’est moi qui interprète une envie nouvelle à travers ses yeux. Je ne peux m’empêcher de jeter des regards vers sa verge, et dans un no man’s land, je navigue entre lui et toi. Il le voit, et quittant son air légèrement hautain, amusé de tout, il se décale légèrement sur le côté du lit. Je m’installe à côté de lui et lorsque tu déposes l’une de tes jambes sur les accoudoirs du fauteuil, nous offrant une vue impudique et luxurieuse du spectacle de ton onanisme, je me retrouve sans même trop savoir pourquoi ni comment à caresser le sexe de J., lentement, de haut en bas. Il t’ordonne de déposer l’autre jambe également, et cette indécence me rend fou. Le hasard vous fait balancer vos têtes en arrière en même temps ; mon excitation devient intenable. Les yeux sur ton sexe coulant, la main sur sa verge de plus en plus dure. Je perds le fil, c’est certainement ce qui le pousse à retirer doucement ma main.

Il se lève et se dirige vers toi, et je retrouve mon rôle neutre, avec pour la première fois un sentiment de frustration. Il te goûte en suçant tes doigts ruisselant de ton excitation. Il t’entraîne vers le lit, mais je ne suis plus attentif. Je vous regarde mais je suis comme transporté, ailleurs, groggy de vous épier. Assise sur son visage, il te dévore, sa langue se glisse entre tes lèvres, te pénètre. Je perds le fil un instant, et quand je reviens à moi, tu as sa queue entre tes lèvres, tandis que lui, toujours avide, enivré, ne rate pas une goutte de ta liqueur. Ta langue se balade sur sa queue, tes doigts dont je ne connais que trop bien l’expertise le titillent. Et voilà que mon pantalon est au sol, et que me branler devient un plaisir insuffisant.

L’effet de te voir t’abandonner avec un autre que moi est au-delà de ce que j’avais pu imaginer, prévoir. Je ne tiens plus. Je renonce à tout maîtriser, quand je pose ma main sur le bas de ton dos. Tu tressailles quand je remonte jusqu’à ta nuque pour attraper fermement tes cheveux. « Tu es à moi, ne l’oublie pas. » Avec autorité, je glisse mon sexe gorgé entre tes lèvres. Je ne sais vraiment lequel de nous deux dicte le rythme à l’autre, quand tu me parcours entièrement avec ta langue ou, quand je te presse contre moi, pour que tu me gardes au fond de ta gorge. Un ballet délicieux, et je m’oublie dans ta bouche. Je ne devais pas participer. Tu t’attardes, suces, aspires, lèches, comme affamée de ma queue ; l’envie de jouir dans le fond de ta gorge me traverse l’esprit.

Pas comme ça. Je ne veux pas jouir comme ça. Je me retire et tu me cherches, lapant mon vît disparu et t’épargnant la frustration de ma queue retirée, je te guide vers celle de J. toujours entre tes mains. Ma pudeur s’étiole quand je me place juste au-dessus de la tête de J. Il m’effleure et, je ne peux plus le cacher, cela m’excite. Pressant mon sexe sur mon ventre, je lui dégage le chemin vers mes testicules qu’il aspire doucement. Tu sais qu’il se trame quelque chose et tu déposes ta main libre sur le lit, enserrant le drap. Te voyant cramponnée, je n’hésite plus : je me redresse et te pénètre d’un coup de rein intense et profond. Me voilà pris entre le plaisir de ton vagin qui se contracte autour de ma verge, et la langue de J. qui passe de ton sexe au mien. Nous gémissons à trois, et plus rien n’a de sens ; nous ne touchons plus terre à tel point que lorsque J. entreprend de caresser mon anus, je ne proteste pas.

Il finit par s’écarter, comme si notre alchimie l’avait mis légèrement de côté. Il avait été cette rampe de lancement, nous faisant décoller vers une destination inconnue mais si intense, jouissive. Son excitation demeure et il nous observe tout en se caressant. Je le vois, mais il n’est plus là. Seuls. Nous sommes seuls, abandonnés à nos corps, nos esprits fusionnés.

Néanmoins, il doit faire partie du jeu. Je lui fais signe pour qu’il revienne et je te demande de te redresser. Je me retire pour lui faire place. Il se glisse sous ton corps transpirant de nos ébats, agrippant tes seins, jouant de sa langue sur tes tétons durcis. Alors qu’il se masturbe, tu t’empales sur lui. Mais je ne veux plus être spectateur. Au diable mes plans, ce que j’avais prévu. Je t’ordonne de te cambrer, et avec une étonnante facilité, je me glisse entre tes fesses. Comblée. Nous te prenons à deux et tu es remplie de nos queues. Femme vénérée et objet ; ma queue gonfle encore de plaisir et l’étroitesse de tes fesses me fait chavirer. Nous jouissons simultanément, et je déverse mon plaisir au fond de toi, dans un râle continu et de longs spasmes. Je me retire délicatement et tu t’effondres sur le lit, à bout de souffle, sonnée, comme inconsciente.

Reviens la tendresse et le temps des caresses. On te ramène à nous, doucement, et tu laisses échapper un sourire. J. nous ressert un verre de vin, et me lance un regard particulier. De ceux que je te lance quand je veux que tu me fasses jouir. Je lui réponds par un sourire, et d’un mouvement de tête en ta direction, il me demande si tu es suffisamment  remise pour l’emmener là où nous étions tous les deux il y a peu. Je te regarde…que tu es belle. Légèrement haletante. J’envisage les choses autrement. D’un geste, je lui fais comprendre ce que tu ne peux voir. Avant ce saut dans l’inconnu, je prends encore un peu de toi, de tes baisers, de ta peau. Il te demande si tu veux retrouver la vue, mais tes autres sens ont été si royalement sollicités que tu désires rester dans ton état de cécité. Alors, je t’embrasse une dernière fois, puis je m’éloigne.

Je te sens troublée. Il se passe une chose que tu ne peux définir. Tu sembles à la fois désorientée et ébranlée. Tu m’entends, tu reconnais mon plaisir. Je ne résiste pas à te rendre la vue, et ton air surpris laisse vite place à ce sourire coquin. Je bande de nouveau et J. arpente ma queue avec application. Tu ne résistes pas à l’envie de le rejoindre. La lueur dans ton regard est le plus beau des aphrodisiaques. Je l’ai vu, ma queue dans sa bouche t’a ébranlée. Vos langues se caressent, se mélangent avec gourmandise à mesure que mon sexe gonfle, encore, et je reçois une fellation peu commune. Quand je te vois donner tes doigts à lécher à J. je sais ce que tu as derrière la tête. Et sans que tu ne me dises quoi que ce soit, je relève le bassin pour te faire place. Tes doigts appuient délicatement sur mon point P, et je manque de m’évanouir de plaisir. Le plaisir de tes doigts et le plaisir de ses lèvres. Le voyant doué, tu l’éloignes quelques instants de ma queue, comme pour rappeler qu’elle est à toi, que je suis à toi. Je suis à toi. A tes lèvres, à tes doigts, et j’ignore si je me cambre pour mieux recevoir tes doigts, ou mieux remplir ta bouche.

J. est à présent sur le côté, voyeur de notre aparté. Moi, je ferme les yeux car je ne saurais faire autrement. Je te dis tout un tas de choses, sans trop savoir quoi, les mots m’échappent à chaque fois que tu me mènes au bord de la jouissance, à tel point que je crois parfois divaguer et parler seul. L’environnement m’échappe, et je ne prête pas vraiment attention lorsque je sens autre chose que tes doigts, pousser sur mon anus. C’est J. Il me prend. Je n’ai pas le temps de protester que tu m’embrasses, me caresses, partout. Le cou, la poitrine, et je crois défaillir de nouveau quand tu joues avec mes tétons. La situation te plaît, je le sais à tes baisers, et presque pour toi, pour le plaisir que cela te procure, je m’empale délicatement sur son membre. J. est délicat, je le sens en moi, profondément. C’est étonnement bon. Tu retires ta bouche quand dans un râle j’annonce mon orgasme, et pendant que tu récoltes le jus de ma jouissance, J. jouit en moi.

Cette soirée fut en tous points extraordinaire. La douche en trio ayant suivi, nos sourires, toi, si belle, si incendiaire au milieu de nous deux. Et la tendresse de notre intimité retrouvée, lorsque J. nous a quitté, le plaisir ravivé au petit matin… Nous avons été trois, mais toi et moi n’avons rarement été aussi proches que ce soir-là.

Rarement je t’ai vu aussi belle, rarement j’ai eu autant envie de toi. Tu sais, j’ai beau tout prévoir, tu m’emmènes encore sur des chemins que j’ignore. Encore, de toi, j’en veux encore. Et si la gourmandise de toi est un vilain défaut, alors, je sais quel péché capital me condamnera.

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Le dessert…revisité (1)

Le dessert…revisité (1)

Cela faisait longtemps que j’avais notre soirée en tête. Particulière, avec un « nous » différent qui, l’espace d’une nuit, sublimerait notre « nous » intime. Tout était réglé, dans les moindres détails pensais-je. Je savais où je t’emmènerais…parce que je serais celui qui conduirais ; tu le sais, je ne laisse rien au hasard et ton plaisir encore moins. Trois jours que je t’annonçais ce moment sans te livrer le moindre détail. Tu avais cessé d’insister en prenant ton air fâché et ta ponctuation boudeuse, mais je savais que derrière le masque de fébrilité dont te parait l’inconnu, ta curiosité et ta confiance en ma bienveillance, aussi perverse fut-elle, te rendaient impatiente de l’instant où je te tendrais la main. Tu m’avais demandé si je préférais une tenue plutôt qu’une autre, je t’avais simplement dit que je te voulais légère. Je savais que tu me comprendrais. Et quand je t’ai enfin aperçue, portée jusqu’à mes lèvres par tes talons hauts, enveloppée dans un tissu rose appelant les regards curieux, je compris que la soirée serait délicieuse.

Si je ne te connaissais pas si bien, j’aurais pu te croire sûre de toi ; je lis en toi comme dans mes plus belles histoires. Je vois tes failles pour ce qu’elles sont et, tu l’ignores mais, ta fébrilité me rend vulnérable à tes charmes… Surtout que, je le sais, ton plaisir naît aussi de ces moments d’incertitudes. Le jeu. Nous aimons jouer tous les deux, selon mes règles le plus souvent. Il était assez amusant de te voir essayer de me corrompre tout en sachant que c’était vain. Puis, j’ai regardé l’heure à mon poignet : il était temps. Le jeu allait démarrer, maintenant. Je te laissais une adresse en t’indiquant t’y attendre dans trente minutes avant de t’abandonner, non sans te laisser sur le bar un autre verre ; l’alcool dosé est parfois le meilleur placebo.

Non loin de là, je retrouve J. devant notre terrain de jeu. Il fut un peu inquiet de me voir arriver seul ; je le rassurais, il fallait que tu te prépares à l’inconnu, seule. Il n’en était pas à sa première fois et avait l’habitude de ce genre de rencontre. Bienveillant, il me demandait comment il devait te traiter, te parler. La question me fit sourire. Je compris à ce moment qu’il avait pleinement conscience de la femme que tu étais. Il savait que j’avais beau être le maître du jeu, ton consentement à jouer n’était pas dilué dans le mien. Je lui ai dit :

« – Je ne te faciliterai pas la tâche. Je m’effacerai juste un peu. C’est à toi de lui donner envie de t’inclure dans notre intimité. Je ne suis qu’un intermédiaire. Adopte l’attitude de ton choix. »

Je crois que ça lui plaisait. Il avait l’habitude d’arriver en terrain conquis, de consommer des femmes offertes par leurs hommes. Moi je n’offrais rien, sinon l’opportunité de séduire une femme particulière. Nous rejoignîmes la table réservée pour trois. Le serveur vint nous demander ce que nous prenions pour l’apéritif ; nous attendions que la troisième chaise ne soit plus vide.

Tu arrives étonnement souriante, et lorsque je te fais signe, c’est avec un pas assuré que tu me rejoins. Nous nous levons pour te saluer, et tu découvres que je ne suis pas seul. Je souris quand je vois le tien s’effacer, incrédule, comprenant que je t’ai bien prévu quelque chose de « spécial ». Je m’amuse de la situation et de ton malaise, et je vis une sensation étrange et puissante. Je suis à la fois spectateur et metteur en scène. Si je n’ai pas tout prévu, tout ce qui était prévu se passe. Je deviens chaperon d’un rendez-vous pas si improvisé, et à mesure que je m’efface pour laisser la place à J., j’ai cette impression de ne t’avoir jamais autant eue rien que pour moi, rien qu’à moi. Tu n’as jamais été aussi proche de moi, à mesure qu’il se rapproche de toi.

Je te tire la chaise à ma droite. Je le veux en face de toi, que tu ne puisses éviter son regard, que tu ne puisses chercher discrètement du secours dans le mien. Je te sens nerveuse, pourtant, tu sais que je te protège. Délicatement, comme pour te tenir la main, je pose la mienne sur ta cuisse. Et j’observe. Je n’interviendrai pas, ou peu, légèrement à l’écart de votre tête à tête.

Il a l’air sûr de lui, et je sais que ça t’agace. Il te regarde comme si tu avais déjà relevé ta robe. Il te regarde comme si tu étais facile ; alors tu remets ce masque de froideur et d’impassibilité, dont moi seul vois les fêlures. Tu luttes, non pas par principe, mais par indépendance. Il t’aura peut-être, mais seulement parce que tu l’auras décidé. Tout se passe comme je le prévoyais. Je crois que je ne parviens pas toujours à masquer que je me délecte de la situation. Et je me rassure, également. Tu prends les rênes de votre tête à tête. Il a beau avoir tout vu, avoir tout fait, il ne t’aura jamais comme moi je t’ai. Il finira peut-être entre tes lèvres ou tes cuisses, mais il ne t’aura jamais comme moi je t’ai. Et puis, l’air de rien, tu lances :

« – Donc vous avez imaginé que je serai votre dessert à tous les deux, ce soir ? »

-On n’a rien imaginé… réponds-je.

-Mais si ! interviens J. Moi j’ai imaginé des tas de choses ! C. m’a dit beaucoup de bien de toi. Que tu étais une joueuse d’exception, pleine d’audace. Je suis venu vérifier par moi-même si tous ces compliments étaient vraiment mérités…

-Encore faudrait-il que tu en aies l’occasion.

-Tu es déjà en train de me la donner en étant assise en face de moi. Tu m’observes depuis tout à l’heure, et je vois ton œil qui pétille et ce sourire que tu retiens qui me dit que la situation t’amuse déjà. »

Je te sers un autre verre pour t’enhardir, et je regarde ta curiosité envahir la table. Tu es dans le jeu. Tu le provoques, tu cherches ses limites, ses faiblesses et ses habiletés. Je lui reconnais un aplomb certain, mais il ignore que déjà, il ne maîtrise plus grand-chose. Tu ris quand il t’ordonne d’enlever ta culotte et de la déposer à côté de son verre. Je suis un voyeur amusé. Plus encore de te voir te contorsionner pour retirer ce bout de tissu intime. Je suis d’abord surpris que tu lui obéisses, mais voir ta culotte glisser le long de tes jambes me perd un peu. Et je ne prête presque pas attention quand tu attrapes ma main, pour y glisser ces dentelles. Tu tires les ficelles. Cela fait rire J. qui comprend que tu garderas la main mais ne semble pas s’en offusquer ; ça te perturbe un peu. Moi, je me rappelle que nous sommes dans un restaurant, et je freine l’envie de porter ce dessous à mon nez ; je le glisse dans une poche devenue étroite par mon envie visible de toi.

Tu deviens indécente. Coquine. Lubrique. Le jeu te plaît, et tu crées le premier imprévu de la soirée. Tes doigts sous ta langue, puis sous ta jupe, et tes mouvements impudiques entre tes cuisses écartées. Mon érection devient folle à mesure que tu te fouilles de ta main gauche. J. est doué. Il sait mais ne laisse rien paraître. Il a compris ce que je lui disais de toi, et ne veut plus seulement te prendre. Non. Il veut voir jusqu’où te porteras le jeu. Tu es trempée, je l’entends. Tu nous quittes un instant, tu es en toi.

Avec J., nous faisons mine de poursuivre la conversation sans prêter attention à tes lèvres qui se pincent. Le dessert arrive. Ta discrétion s’étiole. Je souris. Je bande. Plus encore quand tu prends prétexte de me faire goûter ton dessert, pour glisser tes doigts humides entre mes lèvres. C’est le deuxième imprévu de la soirée. Je suis troublé et la manière dont j’attrape ta main pour lécher tes doigts trahit mon émoi. J. aussi est troublé. Il te regarde replonger ta main entre tes cuisses, et peine à soutenir le regard que tu lui lances. Et quand tu lui tends tes doigts, c’est sans aucune hésitation qu’il te goûte, pour la première fois.

Je sais que tu penses avoir gagné, quand tu n’as fait qu’arriver plus vite que prévu là où je voulais que tu arrives. Je te laisse à ta petite célébration, parce que je sais que le dessert n’est parfois que l’entrée….

Le dessert (la suite)

Le dessert (la suite)

J. prend alors la parole : « Puisque tu sembles vouloir me démontrer ton audace, tu vas dès maintenant te rendre à l’hôtel et nous attendre. Tu seras installée sur le fauteuil, parée de cette lingerie qui t’habillera admirablement, sans remettre ta culotte évidemment…et tu conserveras ces talons qui mettent si bien en valeur tes jambes et tes chevilles. Tu auras les yeux bandés. »

Tu me regardes en souriant. Je lis : « j’ai furieusement envie de toi« . Tu me donnes la carte de l’hôtel, sur laquelle figurent l’adresse et le numéro de la chambre. Tu m’indiques qu’on me donnera les clés à la réception, tu prends mon cou entre tes deux mains et tu m’embrasses avec une fougue qui ne laisse aucun doute sur l’intensité de ton désir. Tu dénoues enfin ta cravate et me la confie, sans avoir besoin de me préciser à quoi elle servira…

« -Je n’ai pas droit à un aussi délicieux au revoir, moi aussi ? », interroge J. Je le fixe plusieurs secondes, finis par lui sourire malicieusement puis tourne les talons.

C’est un bel hôtel, que vous avez choisi. Le voiturier et le bagagiste me saluent avec bienveillance, le groom se montre très souriant, et l’hôtesse à l’accueil a une voix douce et apaisante. Tout autour de moi est serein et feutré. Un instant j’oublie ce jeu autour du dessert. Je me sens choyée, détendue, dans du velours… Je pénètre dans la chambre, immense, aux tons gris et mauves. Il y a en effet un confortable fauteuil dans un coin de la pièce, qui donne sur le lit. Je me demande si c’est un hasard ou si l’un de vous l’a déplacé à dessein. Sur une commode, une bouteille de vin rouge déjà ouverte et trois verres déjà remplis. Sans réfléchir davantage (par peur d’avoir à reculer ?…) j’enlève ma robe pour ne garder que mon soutien-gorge noir à la dentelle si fine qu’elle ne cache rien de mes seins, le porte-jarretelles assorti, les bas-coutures si doux, qui me font sentir si femme, et mes chaussures dont les 14 centimètres de talons m’élèvent artificiellement au rang de femme fatale. Je me demande combien de temps je vais devoir attendre, et ce que vous vous dites, pendant que je m’impatiente. J’imagine toutes sortes de conversations, y compris un désaccord final, sur le fil, qui te ferait me rejoindre seul…et cette pensée me rassure tellement, tout à coup. Je n’ose pas réfléchir à ce scénario que peut-être, vous avez préparé depuis longtemps. Je vide mon verre, approche ta cravate de mon visage pour en sentir l’odeur et la douceur, et me bande les yeux. Je fais le vide…

Et soudain, on frappe.

J’entends au ralenti la porte s’ouvrir, des vêtements qui se froissent, des pas légers sur la moquette duveteuse, du vin qui coule, des verres qui s’entrechoquent. Aucune parole. Je mordille ma lèvre inférieure. C’est ici que je lâche prise. Je ne me demande pas quelle est la main qui se pose en premier sur ma cheville. Qui est passé derrière le fauteuil et caresse mes épaules, puis embrasse mon cou. Je savoure la sensation de ces mains qui remontent lentement, trop lentement, le long de mes jambes, suivant la couture de mes bas, la courbe de mes genoux, s’arrêtant juste avant d’atteindre la peau de mes cuisses qui brûle pourtant du désir d’être effleurée. Elles m’obligent à les écarter, pendant que les doigts qui étaient sur mon cou attrapent ceux de ma main droite et viennent les déposer sur mon sexe. Celui qui était à mes pieds s’éloigne et semble gagner le lit, tandis que l’homme dans mon dos attrape mes seins, les sort de leur parure de dentelles et les caresse de sa paume tout en pinçant délicatement mes tétons. Ma respiration s’accélère et se fait plus sonore, puis se mue en gémissements. Dans le noir, seules mes sensations comptent et elles sont si enivrantes… Ma main droite, qui me connaît si bien, explore mes lèvres et très vite, prend possession du berceau de mon plaisir. Elle y pénètre, s’y enfonce, s’y noie… Soudain il n’y a plus que moi : celui qui me tenait encore me lâche et s’éloigne. Vous êtes tous les deux spectateurs de mon extase, je le sais. La tête en arrière, le souffle court, je pose l’une de mes jambes sur l’accoudoir du fauteuil pour que vous en profitiez mieux encore.

« -L’autre, aussi. C’est la voix de J., ferme et autoritaire. Je m’exécute. Je me sens indécente, ce qui ajoute à mon excitation. Mais je sais que je ne vais pas jouir comme ça. Mon orgasme se jouera à quatre mains.

-Tu es exquise. Un succulent dessert…continue-t-il. Laisse-moi encore te goûter. »

Sa main vient attraper la mienne. Il prend mes doigts dans sa bouche et se délecte à nouveau du jus délicat de mon désir. Puis il m’entraîne près du lit, s’allonge, et m’ordonne de venir m’asseoir sur son visage. A tâtons, je remonte le long de ses jambes, effleure au passage son sexe tendu et ardent, caresse son ventre, son torse…il est déjà nu. Je suis sur lui à quatre pattes et me demande alors où tu es et sous quel angle tu m’observes. Je me cambre et approche mon visage de son cou. Je veux humer son parfum et percevoir son souffle. Mes jambes remontent le long de son corps, mes mains attrapent ses cheveux et me voilà au-dessus de sa bouche. Il saisit aussitôt mes cuisses et me plaque sur ses lèvres qui me dévorent littéralement. Il m’aspire et sa langue s’enfonce entre mes lèvres. Son avidité me surprend, et me transporte.

« -Retourne-toi maintenant ». Il n’a pas besoin de m’en dire davantage alors pour que je me penche et m’empare de sa queue. A mon tour de lui montrer ma gourmandise… Je sens ses mains sur mes fesses quand les miennes caressent son bas-ventre, l’intérieur de ses cuisses, et ce sexe déjà si raide. Elles vont et viennent autour de lui, tantôt très douces et tantôt plus appuyées. Mes doigts se resserrent autour de son gland, que ma langue vient titiller, et ma bouche enfin l’avale entièrement, comme par surprise. Je l’entends gémir à son tour, j’entends des mots qui se veulent encourageants ou flatteurs mais je ne les écoute pas. Je vampirise son plaisir, je le suce telle un succube qui ne l’abandonnera que quand il aura avalé jusqu’à la dernière goutte le suc de sa jouissance…

Mais je sens une troisième main dans le bas de mon dos. Elle remonte jusqu’à ma nuque, attrape mes cheveux et l’autre main, qui caressait ton sexe, le guide dans ma bouche. C’est toi à présent que je déguste. Ma main qui continue de branler J. suit le rythme de mes lèvres autour de ton membre, pendant que ma langue le parcourt elle-aussi, en secret. Elle se montre, parfois, quand elle s’attarde sur ton frein qu’elle chatouille de son extrêmité, avant de le lécher de toute sa largeur. Elle redescend ensuite tout le long de ta verge, appuyée, gourmande, accompagnée de mes lèvres. Et ma bouche t’engloutit entièrement. Je te garde tout au fond, ma langue masse la base de cette queue dont je ne suis jamais rassasiée. Mais tu me forces à reculer et à sucer J., de nouveau. Tu sembles t’éloigner mais très vite je te sens derrière moi. Tu t’enfonces d’un seul coup, fort, profondément. Je ne suis plus qu’un corps à la réceptivité exacerbée, mon cerveau branché exclusivement sur mes sens, brûlante…trempée. La bouche de J. se partage à présent entre nos deux sexes et notre langage n’est plus fait que de soupirs et de cris.

Après de longues minutes à profiter ainsi du goût de nos ébats, J. glisse à côté de nous. Je devine qu’il nous observe en se caressant. Quel spectacle en effet que deux amants unis dans le plaisir et la complicité, abandonnés à leur désir, comme seuls au monde… Tu me demandes alors de me redresser et d’écarter les jambes un peu plus. Il s’engouffre sous mon corps en sueur, attrape mes seins et joue avec sa langue. Tu te dégages alors qu’il tient son sexe et je viens m’empaler sur lui. Aussitôt tu appuies sur mon dos pour que je reprenne une position horizontale. « Cambre-toi », me chuchotes-tu…et à ton tour, tu t’enfonces en moi. Sensation inédite d’être remplie, contrainte à des mouvements légers, pénétrée par la masculinité deux deux hommes qui me désirent en même temps et m’envahissent, de toute leur vigueur. Je me sens à la fois reine et esclave et je jouis, en quelques secondes, complètement transportée dans une autre dimension.

J’ai l’impression d’avoir perdu connaissance, mais je sens vos mains et vos baisers partout sur ma peau. Tu as joui toi aussi, mais pas J. Il prend le temps de nous resservir un verre et me demande si je veux retrouver la vue. Mais je hoche la tête. En être privée décuple mes autres sens, rester dans cette magie me va bien. Il me complimente sur la douceur de ma peau, l’harmonie de mes courbes, la beauté de mes seins, ma sensualité, ma capacité de total abandon. Tes caresses et tes baisers accompagnent ses paroles et m’embrasent de nouveau. Mais tu t’éloignes sans que je ne comprenne pourquoi. Je perçois des mouvements sur le lit et j’entends tes soupirs. Tu détaches alors la cravate et je te vois allongé sur le dos, ta queue dans la bouche de J…. Loin de me choquer, cette image me fascine. Je souris, et je vous admire. Mais l’envie de le rejoindre finit par l’emporter et nos deux bouches s’occupent de toi, mélange de baisers et de fellation gourmande. Tu adores ça et tu bandes, de nouveau. Je donne mes doigts à J., qui les lèche avec application, puis ils partent à la recherche de ton point P, et tes soupirs se font cris. J’observe la manière dont J. te suce, précis, habile, expérimenté. Il me laisse prendre sa place et pendant quelques minutes tu n’es plus qu’à moi. Je te regarde fermer les yeux, te cambrer, tendre tes muscles. J’aime ton plaisir et les mots qui l’accompagnent… Je tourne la tête ensuite et regarde J. qui semble attendre, avec un sourire complice. Je comprends. Je retrouve ta cravate et tout en t’embrassant, je te prive à ton tour de la vue. Il s’approche de toi et entreprend de te pénétrer, doucement… Lui qui avait été si animal avec moi se fait maintenant doux et délicat. Et je suis à nouveau subjuguée par l’intensité de ce spectacle. Je ne cesse de te caresser et de t’embrasser, partout, et tu jouis sous ses va-et-vient juste avant qu’il ne jouisse en toi…

Je ne raconterai pas la douche que nous avons prise à trois, la façon dont vous m’avez entourée et avez pris soin de chaque parcelle de ma peau. Je ne raconterai pas nos sourires qui en disaient tant et nos paroles devenues superflues. Je ne raconterai pas la tendresse qui a bercé notre nuit après le départ de J., ni l’ardeur du petit matin. Je ne parlerai pas non plus du lien si particulier créé par ces émotions partagées.

Mais je peux dire que cette nuit-là je me suis sentie la femme la plus belle et la plus précieuse au monde, protégée et vénérée. Je peux dire que tu es le seul à m’emporter sur ces chemins qui me paraissent inaccessibles jusqu’à ce que tu attrapes ma main. Je peux dire, enfin, que lorsqu’on s’est quittés, comme à chaque fois nos yeux disaient…encore.

Qui a dit que la gourmandise est un vilain défaut ?…

 

Le dessert

Le dessert

Tu m’avais préparé quelque chose, pour ce soir. Tu ne m’avais pas dit quoi. Tu voulais me savoir nerveuse, fébrile. Tu m’as dit de venir prendre un verre après ton travail -pour commencer- et je t’ai rejoins à l’endroit habituel. Tu voulais voir comment je m’étais habillée, apprêtée pour toi. J’avais mis ma robe rose, celle qui sent bon l’été et l’amour dans les champs. J’aime te voir me déshabiller rien qu’avec les yeux, et chercher à savoir ce que cachent mes tenues. Pas de bas cette fois-ci. Pas de porte-jarretelles non plus, de fait ; mais des talons vertigineux, une robe suffisamment courte pour allonger encore mes jambes, un décolleté dans lequel tu plonges déjà et mon sourire gourmand malgré l’incertitude.

Bien sûr, tu as gagné. Bien sûr, je suis fébrile. Mais ardente, aussi : tu sais à quel point j’aime jouer. Je te questionne, je te harcèle de questions. Je te menace avec les armes dérisoires qui sont les miennes. Je te fais rire, mais tu ne dis rien. Tu me commandes un deuxième verre et me laisses là. Tu as quelque chose à faire, dis-tu… Tu me donnes l’adresse à laquelle je devrai te rejoindre d’ici trente minutes. J’ai le temps de chercher l’itinéraire, de m’apercevoir avec surprise qu’il s’agit d’un restaurant, que je pourrai y aller à pieds et que j’ai même le temps de boire un autre verre…pour me donner du courage.

J’y suis. Curieuse. J’ai hâte. Je me dis qu’il ne pourra rien se passer ici, encore, et que tu veux me faire languir, encore. Je me dis que je me vengerai plus tard, en jouant de ta patience moi aussi. J’ai envie de te rendre fou, comme je suis folle, déjà, devant cette page blanche. Je te vois, et dans ma précipitation à te rejoindre à ta table, je ne remarque pas que tu n’y es pas seul. Un homme t’accompagne. Vous vous levez tous les deux à mon arrivée, il me salue élégamment et tu fixes ton regard dans le mien, sourire en coin. Tu as l’air arrogant, fier de toi. Je suis surprise, tu as gagné. Encore.

Je me place en face de lui et tu t’installes à ma gauche. Tu poses une main sur ma cuisse comme pour me dire « fais-moi confiance ». Il s’appelle J., la cinquantaine sportive, de l’allure. Beaucoup trop d’assurance à mon goût. Il me regarde comme s’il n’avait absolument aucun doute sur le fait que je serai son dessert. Je n’aime pas ses manières. Je suis sur la défensive. Je ne lui ferai pas le cadeau de penser que ce sera facile. Je te regarde et mon sourire franc s’est mué en sourire poli. Tu sens que je ne vais pas me laisser faire, que je suis redevenue sauvage, mais on dirait que ça te plaît. Le repas se déroule (trop) sagement. J. nous raconte ses frasques tel un aventurier revenu de tout. Après le plat principal, au milieu de ces banalités que nous échangeons l’air de rien, je lance :

« – Donc vous avez imaginé que je serai votre dessert à tous les deux, ce soir ? »

– On n’a rien imaginé…réponds-tu.

– Mais si ! interviens J. Moi j’ai imaginé un tas de choses ! C. m’a dit beaucoup de bien de toi. Que tu étais une joueuse d’exception, pleine d’audace. Je suis venu vérifier par moi-même si tous ces compliments étaient vraiment mérités.

– Encore faudrait-il que tu en aies l’occasion.

– Tu es déjà en train de me la donner en étant assise en face de moi. Tu m’observes depuis tout à l’heure, et je vois ton œil qui pétille et ce sourire que tu retiens mais qui me dit que la situation t’amuse déjà. »

Il n’a pas tort. Le fait est qu’il ne manque pas de charme… Je me demande encore comment C. l’a contacté et depuis quand ils se connaissent. Ils ont l’air très complices. L’alcool m’enhardit et je veux savoir jusqu’où va l’assurance de J.

« – Tu parles comme si tu savais tout et obtenais toujours tout ce que tu veux. Tu fais vraiment ton âge…

– Attention à toi, ne deviens pas insolente ou je pourrai perdre de ma délicatesse, répond-il avec une douce ironie.

– Et là je dois baisser les yeux je suppose ? dis-je, espiègle, en soutenant son regard.

– Enlève ta culotte.

J’éclate d’un rire sonore. Il se penche vers moi et continue, plus bas :

– Ça n’est pas une option. Tu vas enlever ta culotte ici, maintenant. Et tu vas la déposer à côté de mon verre. »

Je souris et le regarde avec défiance. Je fais semblant d’hésiter. Toi tu jubiles, je le sais. Tu ne dis rien mais tu savoures. Tu aimes ma malice et sa façon de me répondre. Alors je m’exécute, difficilement, me contorsionnant sur ce banc pour lever ma robe suffisamment haut et attraper l’élastique de ma culotte, la tirant vers le bas. Je la fais glisser le long de mes cuisses, lentement, pour que tu puisses profiter du spectacle. Elle tombe sur mes chevilles et du bout de mes escarpins, passe au bout de mes doigts. Je la chiffonne pour qu’elle tienne discrètement dans mon poing. De mon autre main j’attrape la tienne, je l’ouvre et je l’y dépose, regardant J. avec audace. J’annonce alors, sourire aux lèvres :

-Ma culotte est à lui. Et je garde la main.

J. éclate de rire à son tour, et je me sens comme une petite fille qui vient de faire son numéro et qu’on regarde, attendris. Décidément, cet homme a le don de m’agacer prodigieusement. Tu glisses la dentelle dans ta poche et tu me regardes, satisfait. Tu as envie de moi. Le serveur arrive avec nos desserts mais je ne perds pas mon élan.

-Bon…puisque je n’ai plus rien sous ma robe, autant en profiter.

Je glisse alors sous ma langue, un à un, les doigts de ma main gauche, puis ma main sous la table. Tu es le spectateur privilégié de mes cuisses qui s’écartent autant que ma robe le permette et de ma main qui vient s’y perdre et disparaît. Tu ne t’attendais pas à ça et ça t’excite. J. ne fait que deviner mes gestes mais il a compris mon manège. Je sens encore dans son regard ce je-ne-sais-quoi de blasé, l’air de celui qui a tout vu, qui ne sera jamais surpris. Mon index et mon majeur pénètrent profondément dans mon sexe trempé. Je ne dis plus rien, vous vous efforcez de faire la conversation pendant que mes hanches s’agitent sur mes doigts et que nous entamons tous les trois notre dessert. Je prétexte alors l’envie de te faire goûter le mien, approche ma cuillère de ta bouche, mais ce sont mes doigts que je te donne à lécher. Ceux-là mêmes qui étaient à l’instant entre mes cuisses. Ça te rend dingue, je le sais, je le vois, et je me tourne tout de suite vers ton invité qui a abandonné son air revenu de tout et dont le regard brille enfin. Ma main replonge aussitôt alors que je ne le quitte pas des yeux. Je mordille ma lèvre inférieure et savoure mon dessert et ma victoire.

-« Tu aimerais goûter, toi-aussi… »

Sans lui laisser le temps de répondre, je lui tends mes doigts qu’il engloutit avec appétit, retenant ma main avec cette même fermeté dont il fera preuve, quelques instants plus tard…

(à suivre)