Face à face

Face à face

Ainsi donc, je me regarde… A la manière des pointillistes et trait pour trait.

Je vais te dévoiler ce que je vois. Tu ne seras pas d’accord sur tout, parce que ton filtre n’est pas le mien et parce que je ne suis pas face à toi comme face à ce miroir. Je ne sais pas vraiment pourquoi je fais ça. Égocentrisme ou fragilité, comme toujours cher lecteur, je te laisse ta part.

Longtemps dans ce reflet, j’ai vu une petite fille en pleurs, recroquevillée et implorante. En arrière-plan un grenier, des malles et des sacs fermés, poussiéreux et mal rangés. Il a fallu tout ouvrir, tout trier et tout réorganiser. Je l’ai laissée faire. Il fallait qu’elle y arrive seule. Aujourd’hui je retrouve dans ce grenier une femme au visage impassible : la petite fille a grandi, et moi j’ai l’impression d’avoir mené une guerre. Il n’y a plus grand chose autour de moi. Tout est peut-être trop bien rangé, enfoui… Cette femme dans cette pièce n’a donc pas grand intérêt, si ce n’est par ses victoires que vous ne voyez pas. Ce sont elles qui me tiennent encore debout, mais j’ai perdu beaucoup dans mes batailles… 

Je vois des yeux qui brillent encore, un sourire empli de tout le bon qui me reste, et j’y perçois ce qui demeure de la fillette qui était là. La femme s’en sert, car elle veut plaire. Elle s’est affinée, dessinée, sa silhouette est plus aboutie et les vêtements qu’elle choisit cachent ce qu’il faut. Ses chaussures la grandissent encore, la petite fille prend sa revanche. A elles deux elles savent séduire, chacune avec ses atouts. Le mélange est efficace.

Elle a fait ses preuves à force d’expériences. Son intuition la guide toujours mais elle sait ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas. Elle sait donner, elle a su aider, parfois guérir. Elle connait ses pouvoirs et en use sans en abuser. Elle aime être celle qui apporte, celle qui panse, l’agréable, la légère, la douce brise après un été trop chaud. Mais elle est vide de ne pas parvenir à recevoir. Ce qu’on lui offre reste devant les murs : elle le soupèse, le scrute, l’analyse, pour n’en prendre qu’une petite goutte, quand elle en garde quelque chose. Et pourtant, qu’est-ce qu’elle aimerait qu’on lui jette de force dans les bras et qu’on ne la quitte plus jusqu’à ce qu’elle ait tout pris… Un seul homme a su faire ça. Mais tu sais quoi ? Ça ne lui suffit pas… Mon verre est ébréché, fendu, j’aurai toujours soif.

Elle est illégitime, enfin, parce que c’est tout ce qu’on lui a montré. Pétrie de doutes, coupable d’être ce qu’elle est, ne pouvant prétendre à briller, insignifiante. Sa place n’est pas au premier rang, elle s’efface devant celles qui scintillent. Pourtant elle trouve son bonheur quand même, humblement. Petitement et sans bruit elle savoure le peu qu’elle reçoit. Mais jamais vous ne l’entendrez réclamer : quand elle se sentira lésée, elle partira sans laisser de traces.

Je t’avais dit que tu ne serais pas d’accord sur tout. Mais si tu me disais comment toi, tu me vois, peut-être que je pourrais y croire ?…

A @ChaLadybug et @Butterflyseyes1 qui se sont trouvées elles-aussi devant le même miroir.

 

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Trop

Trop

Les règles que je me suis fixées m’ont menée sans que je ne le réalise totalement vers des hommes très sexuels. Des hommes qui ne jouissent que de la chair et des plaisirs qu’elle procure, des séducteurs qui aiment briller dans le regard des femmes, des hommes pour qui la performance est une qualité première, et l’orgasme féminin une victoire. Ces hommes-là n’en ont que faire de la femme que je suis, dedans. Ils voient un corps, un sourire, des yeux qui pétillent, et je me transforme tout à coup en trophée qu’ils pourront fièrement poser sur leur étagère. Je ne leur reproche rien. Ce cadre-là me plaît. Il m’arrange. Il m’empêche de me poser la question de l’implication, il m’évite de ressentir le manque, l’obsession, la jalousie ou pire encore…

Je l’ai perçu tout de suite en réalité : dans ta voix, dans tes propos, dans tes silences. Quelque chose en moi me disait que toi, ce serait différent. Et ça l’a été. Un décalage énorme. Je l’avais pourtant voulue très sexuelle, cette rencontre, comme pour conjurer mes craintes, déjà présentes. Mais… Ta tendresse. Ta douceur. Ton regard perçant qui regardait autant le dedans que le dehors. Ta manière de me toucher, du bout des doigts, comme si j’étais fragile. Le plaisir qui était le tien à m’entendre -non- à m’écouter gémir, à me voir me cambrer, à me sentir vibrer. Oui, je peux affirmer que cet après-midi-là, ton plaisir n’est passé que par le mien.

Je t’ai quitté désarçonnée, déstabilisée, inquiète. Dit-on à quelqu’un qu’on ne veut pas le revoir parce qu’il est trop tendre, trop attentionné, parce qu’on se sent trop précieuse et trop belle dans ses bras ? Comment allais-je pouvoir t’expliquer ça ?… Alors on s’est revus. Tu as senti mon hésitation. Tu as perçu cette distance que j’ai essayé de garder tant que j’ai pu, avant que nos lèvres ne se rencontrent et que nos peaux ne fusionnent. Encore…

Et ces mots que tu poses sur moi. Ces mots que j’espère toujours, tellement, et qui n’arrivent jamais. Ces mots que je n’ai pas eu besoin de réclamer et qui sont la preuve -s’il en fallait une- que tu m’as mise, au moins pour un temps, au centre de ton esprit clairvoyant.

J’ai peur de ça. Parce que tu m’empêches de tenir mon rôle de séductrice inabordable et sûre de ses charmes, celle qui dispose et qui gagne à tous les coups. Parce que je ne peux pas jouer les arrogantes avec toi. Parce que je ne peux pas faire semblant d’être une autre face à toi. Parce que toi tu regardes dedans et que tu arrives à voir ce que je veux cacher. J’ai mis trop longtemps à construire ces murs et ils m’ont trop coûté pour que je laisse ton regard, aussi doux soit-il, les transpercer.

Tu m’as demandé pourquoi je ne souhaitais pas te revoir. Voilà. Tu sais. Tu m’attires autant que tu me fais peur… Mais mon instinct protecteur restera inéluctablement ton invincible adversaire.

Ce que je ne m’accorde pas

Ce que je ne m’accorde pas

Je lis ces textes, parfois ces simples phrases ou juste quelques mots, qui parlent de ce que je ne m’accorde pas.

Car oui, il m’arrive d’en rêver. Je goûte par procuration le miel de ces mots d’amour destinés à une autre et je le savoure, en les imaginant pour moi. C‘est moi qui hante votre esprit, c’est de moi que naissent les émotions qui vous animent, c’est moi qui pénètre la carcasse et caresse votre cœur autant que votre peau. 

Mais je le sais, ce que je donne n’est pas à la hauteur de ces songes, car je ne mets pas mon cœur sur ma main à la portée du premier baiser qui passe, ou du premier courant d’air. Je ne veux pas qu’il s’abîme, je ne vis pas ces aventures pour ça. Je donne du beau pour recevoir du bon. Je donne du sucré pour qu’on en veuille encore. Je donne du léger pour n’être pas lourde à porter, quand on veut bien m’emmener un peu avec soi. Parce que je me suis posé des règles, des murs qui s’ils m’empêchent de souffrir, m’empêchent aussi d’accéder aux vagues qui vous emportent, qui font tanguer votre barque, vous apportent les sensations fortes qui moi me font peur, autant qu’elles nourrissent mes fantasmes…

Allez viens, on joue. On dirait que tu m’aimerais et que tu aurais envie de me le dire. On dirait que tu m’écrirais des mots d’amour et que je les croirais. On dirait qu’on n’aurait pas peur. On dirait qu’on s’attacherait et qu’on se dirait pourquoi nous, et pas les autres.

Si tu veux après je ferais semblant d’oublier. Tu sais bien que le détachement, ça me connaît. Je laisserais ces mots en coulisses, dans une poche, au fond de ma solitude. Je les cacherais.

On m’écrivait ce genre de lettres, avant. C’était il y a longtemps, mais je me souviens comme si c’était hier de comment je me sentais en les lisant : authentiquement singulière, explicitement spéciale, insoluble, gravée dans l’écorce de leur mémoire. Je me souviens que j’ai pleuré, aussi. Toujours. Malgré la force de ces mots. Car si les écrits restent, les sentiments s’étiolent.

Mais des sentiments mêlés dans une si belle histoire méritent certainement d’être conclus par quatre prunelles embuées à l’unisson…

Grain de sel

Grain de sel

Or donc, il n’y aurait que deux cases : celle des salauds et des garces, les indignes, qui trompent, qui mentent et ne respectent pas l’être (soi-disant) aimé(e), et celle des justes, les honnêtes, les purs, les altruistes, ceux qui gardent des valeurs et des principes et les appliquent quoi qu’il arrive.

Bon sang mais c’est bien sûr ! Le monde est si simple ! C’est blanc ou c’est noir ! Il n’y a qu’à choisir la bonne couleur, c’est pourtant pas compliqué ! Si en plus tu es trop con(ne) pour ça, alors là, on ne peut plus rien faire pour toi mon pauvre garçon/ma pauvre fille…

Regarde, moi : c’est bien simple, je ne mens JA-MAIS. A personne. C’est contre mes principes. J’ai choisi le blanc moi, vois-tu. Et franchement, ceux qui font le choix opposé sont vraiment de pauvres gens. J’essaie de les remettre dans le droit chemin, pourtant, mais ils ne m’écoutent pas (ces cons…) persuadés qu’ils sont d’être dans leur bon droit. Ça doit les rassurer, d’affirmer haut et fort qu’ils ont raison. Ça les aide certainement à se regarder dans une glace.

Il y a tellement d’autres choix pourtant : un tas de couples sont libres et choisissent ensemble les modalités de cette liberté. Ne sont-ils pas la preuve que tout se dénoue par le dialogue ? Il suffit de se parler, bordel ! Tu dis ce que tu souhaites et l’autre t’écoute et adhère ! Bon, pas forcément tout de suite, je te l’accorde. Mais il suffit d’être patient. Qu’est-ce que c’est que 10 ou 15 ans dans une vie, hein ? Respecter l’autre, c’est savoir patienter et faire des concessions, quoi qu’il nous en coûte. D’ailleurs je comprends pas : pourquoi tu as choisi quelqu’un aux idéaux si éloignés de toi ? Tu devais bien te douter que ça ne collerait pas… Quoi ? T’étais pareil(le) au début ? Tu le/la connais depuis 15 ans ? Non mais quand même, on ne change pas comme ça du jour au lendemain ! Tu t’es menti à toi-même, c’est pas possible autrement. Et en te mentant, tu lui as menti. T’es vraiment qu’un(e) gros(se) conna(sse)rd.

Et puis si t’es pas content(e), ben t’as qu’à partir ! Pourquoi rester ensemble si vous n’êtes plus sur la même longueur d’onde ? Ça n’est pas rendre service à tes enfants de les rendre témoins de ton malheur ou de ton bonheur feint. Quant à ta maison, ok tu y as mis toute ta vie et tous tes efforts mais bon…c’est ta faute aussi, fallait pas merder ! Faut pas se voiler la face, t’as bien mérité de perdre tout ça. Fallait réfléchir avant, être un peu sérieux(se). Fallait penser aux autres au lieu de n’écouter que tes pulsions ! Egoïste !

Des…quoi ? Des conflits intérieurs ? Non mais y’a des psy pour ça ! tu le fais exprès ou quoi ? Tu fais vraiment zéro effort. Ben oui, c’est tellement plus facile de tout faire par derrière et de ne pas assumer tes actes ! Non mais cherche pas, tu as tort. Et pourtant je suis super bienveillant(e). S’il y a quelqu’un qui peut te comprendre et t’écouter, c’est bien moi !

 

Voilà ce qu’on entend de la part de ceux qui ont réussi, qui sont parvenus au sommet de l’harmonie du couple. Ou encore de ceux qui n’ont jamais été en situation de choisir entre le noir et le blanc. Les « pensent mieux » ont beaucoup de leçons à donner aux « je fais ce que je peux« , engoncés dans leur costume trop grand ou trop petit, qui se débattent pour avancer dans un coin de gris pendant qu’on les montre du doigt.

Je dis ça alors même que je n’ai jamais vraiment été attaquée, moi, sur mon statut d’infidèle. Car il y a une autre injustice dans l’adultère : être un homme ou une femme ne vous expose pas aux mêmes agressions. Être une femme vous épargne bien des insultes. Les hommes sont indulgents : ça les arrange. Ils en profitent bien souvent pour combler le vide (« Une femme comme toi mérite tellement mieux… Laisse-moi prendre soin de toi. »). Les femmes sont compréhensives : elles s’identifient. Soient elles souffrent à cause d’un homme et elles se délectent d’une sorte de vengeance par procuration, soit cela met en évidence la chance qu’elles ont, elles, d’être aux côtés d’un homme merveilleux qui les aime vraiment (et ne leur ferait jamais ça !)… Être un homme infidèle en revanche vous expose à la vindicte populaire : on ironise, on généralise, on n’est pas étonné. Tous des salauds.

J’ai appris, moi, que rien n’est jamais si simple. Que tout passe, que tout fuit, que parfois tout s’écroule alors qu’on était au sommet, que certains ne remonteront pas. Que devenir adulte, ça n’est pas devenir parfait et qu’on n’a jamais toutes les réponses.

La seule question que l’on devrait se poser, c’est « pourquoi ?« . Si on me mentait, c’est la première chose que je demanderais avant même de condamner le menteur. Car oui, il y a « moi » et ce que je ressens, ce que ça me fait, là où ça me blesse. Mais il y a l’autre aussi, qui n’avait pas nécessairement d’intention de nuire. Je crois qu’on se met tous beaucoup en avant et qu’on oublie trop facilement de se mettre à la place de l’autre. Mais pas « en théorie », remplis de nos principes et de nos certitudes, non : « en empathie », en posant par terre nos propres bagages et en accueillant simplement le monde d’en face, sa logique, ses raisons, ses faiblesses, et peut-être ses regrets (?) et en essayant de comprendre, qu’on soit d’accord ou pas.

Les couples qui ont appris à dialoguer sont en avance sur bien des points. Et si d’autres n’y sont pas parvenus, c’est parfois simplement qu’il faut être deux pour parler et pour entendre. En ce qui me concerne, j’ai déjà expliqué ici mon cheminement. J’ai choisi le mensonge dans une impasse, après des mois de tentatives de dialogue : du plus posé au plus dramatique. Mon mal-être, mes envies, mes questions, se sont tous heurtés à un mur. Et qu’on ne vienne pas me dire que je n’ai pas assez essayé : j’y ai laissé des plumes, toute ma joie de vivre, jusqu’à douter même de l’amour que mon autre pouvait bien me porter pour juger si sévèrement les changements qui s’opéraient en moi. J’y ai revécu de profondes blessures d’enfance qui m’ont ratatinée là où je voulais grandir. Qu’on ne vienne pas non plus me dire que j’aurais dû partir, alors. Car malgré l’évolution de ma mentalité, de mes envies, de mes attentes…incroyable : j’aimais quand même ! J’aimais follement. Et j’étais aimée en retour. Et notre amour avait porté un fruit, fragile et précieux. J’aurais dû abandonner tout ça parce que j’étais incomprise ? J’aurais dû m’éteindre, abandonnant toutes mes forces dans ce dialogue impossible qui faisait pourrir la jolie branche de notre couple et ce merveilleux fruit qu’elle portait ?

J’ai choisi de préserver tout le monde, en choisissant le mensonge. J’ai choisi d’être infidèle pour être capable de me relever, parce que rappelez-vous : j’étais blessée, à l’agonie. Et à ceux qui me diront que parce que je suis la méchante dans l’histoire, ma souffrance était méritée, je réponds qu’on peut mourir d’un mal-être profond.

Ni mon couple, ni moi ne sommes morts. Dans mon histoire, tout finit bien. Je reste déterminée à vivre en accord avec moi-même et mon autre m’entend et avance avec moi. J’ai de la chance.

Je ne jugerai pas néanmoins ceux qui restent enlisés dans un dialogue impossible. Ceux qui font les cent pas dans l’impasse mais qui tentent de se protéger. Je croirai ceux qui disent tromper et aimer en même temps. Ceux qui disent préserver l’autre en ne leur dévoilant pas leur côté obscur. Car ceux-là essaient juste d’être heureux, seuls dans leur mensonge, alors même qu’ils donneraient tout pour pouvoir s’épanouir à deux dans la transparence. Je comprendrai leur détresse, je compatirai à leur souffrance de traîner le poids de la culpabilité. Je les féliciterai même de garder tout ce poids pour eux car oui, j’ose le dire : vouloir tout avouer et se décharger de ce poids, c’est la facilité. Et c’est tellement tentant, parfois…

La vie n’est ni blanche, ni noire. Elle est faite de nuances, d’exceptions, d’incertitudes, de surprises et de remises en question. Bien sûr il y a des cons, des nuisibles, des égoïstes purs, des lâches. Mais on n’est pas forcément ça quand on ment et quand on est infidèle. Tout comme ceux qui font preuve d’honnêteté ne sont pas des anges de vertu parfaits et dénués de mauvaises intentions.

 

Sa tour de verre

Sa tour de verre

Du haut de sa tour de verre, il ne me regarde pas. Il ne m’entend pas non plus. Le bruit des machines occupe tout l’espace et se cogne aux parois, le rendant plus violent encore. Mais même à la violence, on s’habitue.

C’est ainsi qu’il a commencé sa vie, sans moi. J’avais pourtant mis tout mon amour là, dans mon ventre, avec lui. Mais ça n’a pas suffit. L’injustice… L’impuissance… La terreur… Ne même pas oser approcher cette petite flamme d’espoir qui brûle au loin, de peur de l’éteindre juste en respirant.

Et lui, dans sa tour de verre, livre chacun de ses jours de vie un combat titanesque : respirer, se nourrir, grandir. Rester. Ce que la plupart font naturellement, sans souffrance, sans peine ni efforts, est pour lui une guerre infanticide. Que font les parents quand leurs enfants sont en danger ? Ils les protègent, ils donneraient leur vie pour eux. Cela ne nous est pas accordé. « Tu le regarderas souffrir, et ça n’est pas toi qui prendra soin de lui« , voilà la sentence. Mais je n’ai pas su de quoi nous devions être punis…

Seul dans sa tour de verre, il a tout supporté : le masque qui lui encadrait le visage et lui enserrait la tête ne tenant qu’avec ces énormes sparadraps qu’il fallait changer régulièrement, lui déchirant la peau, pour en remettre d’autres exactement au même endroit. Le tuyau dans son œsophage qui lui permettait de manger là où d’autres profitaient du sein d’une mère. La pression des bracelets et des capteurs qui surveillaient ses constantes là où d’autres étaient bercés dans la douceur du coton. Les yeux qui brûlent à cause de l’oxygène. La douleur aux poumons à chaque passage de l’air. La peau en feu à chaque soin, et chaque caresse. Les piqûres, aussi, avec ces aiguilles qui semblaient toujours beaucoup plus épaisses que ses veines… Et l’étouffement, chaque fois que les machines déraillaient.

Et pourtant il n’a presque jamais pleuré. Pourtant dans mes bras, il semblait toujours serein, alors même que mon ventre l’avait abandonné… Pourtant il y avait de la douceur dans son regard et dans ses gestes. Il s’est battu avec rage mais sans haine. Avec constance et sans résignation. Sans savoir pourquoi, ce qu’il trouverait à l’issue de ce combat, ni même s’il en valait la peine. Comment a-t-on pu faire entrer tellement de courage dans un corps si minuscule ?…

C’est l’être le plus fort et le plus admirable que je connaisse. Il est mon seul véritable héros.