Convalescence

Je suis beaucoup plus abîmée par ces deux dernières années que je ne le pensais. Tellement, que je ne retrouve plus ma forme ni mes couleurs d’avant. Et pourtant, je pensais que tout ce que j’avais construit était solide. J’en étais même persuadée. De là d’où je me regardais, je baignais dans un torrent clair et rafraîchissant, j’éclaboussais tout autour de moi en riant, et on me regardait sans que je n’ai honte d’être nue aux yeux de tous. A présent je me vois assise loin du bord. La tête haute, mais recroquevillée. Je me cache, et je fuis les regards qui auparavant me portaient. L’eau me semble froide et le courant trop fort. Je n’ai plus envie de m’y ébattre. Quand il fait chaud le torrent m’appelle, pourtant. Mais je suis redevenue cette ado complexée et fragile qui n’ose plus se lever pour s’approcher de l’eau.

Que s’est-il passé, entre ces deux images d’une même femme ?…

J’ai subi, d’abord, ce que mon corps m’a imposé. Il s’est retourné contre moi. Il a repris la vie, plusieurs fois. Il ne m’écoutait plus. Lui et moi on s’est vraiment fâchés, jusqu’à couper les ponts. Et puis ne sais par quelle magie, il est revenu me faire un cadeau. Je l’ai longtemps laissé devant moi, à le regarder sans le prendre, à me demander si je devais l’accepter, à me demander si on n’allait pas me le reprendre et même si j’en avais vraiment besoin. Et puis le cadeau s’est ouvert devant moi, sans rien que je fasse et il était merveilleux. J’ai remercié mon corps et mis le plus gros de ma rancœur de côté. Il n’était pas obligé de faire ça pour moi. Mais trop de choses s’étaient passées avant ça. Il a changé, ou j’ai changé, et encore aujourd’hui je ne le reconnais plus. Il semble usé, fatigué, vieilli et terne. Cette peau n’est plus la mienne. Elle n’est plus ajustée, trop grande, mal coupée, pas pour moi.  Et pourtant c’est la seule que j’ai. Ni reprise, ni échangée. Il va falloir faire avec et acquérir quelques talents de couturière.

J’ai souffert, aussi, de relations que j’ai rendues trop compliquées. De regards qui n’ont fait que me frôler quand je voulais qu’ils me tiennent et me grandissent. De chagrins que j’ai causés. D’indécision, de « je ne sais plus », de « qu’est-ce que je fais là ? », de « ce n’est pas moi ». De petites griffures sur le moment mais qui n’ont pas cicatrisé. L’eau fraîche, ça annihile la douleur… Je suis tellement éraflée maintenant que je ne supporte plus qu’on me touche. Ni la peau, ni l’âme, ni le cœur. Je suis vulnérable, de nouveau. Fragile.

Si j’ai construit mon puzzle pendant des années, cherchant et associant les pièces avec soin, ces-derniers mois je l’ai éclaté, comme une petite fille à bout de patience et lassée de regarder toujours la même image. Une image du passé. J’ai conservé toutes les pièces de son contour, mais au milieu tout est à reconstruire.

J’ai besoin de #Lui, d’abord. Ma seule source de stabilité et de fiabilité. Le seul à m’offrir un amour inconditionnel. Mon lieu sûr.

J’ai eu des yeux, beaucoup… Mais les regards ça ne retient pas. Il me faut des mains, maintenant. Des doigts que je puisse agripper pour qu’ils ne me lâchent pas. Des paumes sur lesquelles m’appuyer quand je perds l’équilibre. Des bras assez grands pour m’entourer toute entière et assez forts pour me tenir longtemps.

J’ai besoin de sincérité aussi, pour donner ma confiance sans avoir peur et sans faillir. Sans me demander ce qu’on va en faire. La donner pour de bon sans jamais la reprendre ni qu’on me la rende en me la jetant au visage. J’ai besoin qu’on arrête de me mentir et de m’utiliser.

J’ai besoin de lien, et donc de fils de qualité. Le genre de fils qu’on propose en flux tendu et pour une consommation durable. Le genre de fils qui n’ont pas d’obsolescence programmée. Le genre de fils qui brillent sans Photoshop et qui n’ont pas besoin de publicité.

J’ai besoin de me dire que je mérite ça.