Le dessert…revisité (2)

Il t’a ordonné de te rendre à l’hôtel et de nous attendre, assise sur le fauteuil. Tu porterais tes talons, tu garderais ta lingerie, tu aurais les yeux bandés. Ta culotte resterait dans ma poche. Je n’ai rien dit. Je l’ai laissé faire, te guider, exiger. Voyeur. J’observais la scène avec plaisir et je ne regrettais pas de l’avoir choisi. J’étais comme dans un jeu à choix multiples, à la fois passager et conducteur. Le plaisir de tout maîtriser, sans rien faire.

Je te souris.  Une forme d’approbation, et si tu doutes encore un peu, je te dis avec mon regard que je veille, que tu peux avoir confiance. Je te tends la carte de l’hôtel et t’indique la marche à suivre. Reculer sera désormais difficile. J’ai une inquiétude, fugace, mais qui me traverse : sais-tu que ce jeu est pour nous ? J. est là, oui, mais sa présence doit nous rapprocher, nous rendre plus intimes encore. Non, je ne t’éloigne pas de moi. Non, je n’ai pas moins envie de toi. Les gestes rassurent plus que les mots, alors je t’embrasse fougueusement pour que le doute ne puisse s’installer en toi. Je ne t’ai jamais autant désirée que ce soir.

Avant que tu ne partes, jouant de la frustration de J. de ne pouvoir t’embrasser ainsi et le laissant un brin jaloux, je dénoue ma cravate et te la confie. Sans un mot. On se comprend.

L’hôtel a été soigneusement choisi. Je sais que tu aimes les ambiances feutrées et je voulais que tu te sentes à l’aise pour notre voyage. Tout a été préparé, jusqu’à la position du fauteuil, soigneusement étudiée. Un rouge et trois verres à vin sur la commode.  J’ai eu un manque malgré tout… Ne pas te voir arriver, c’était me priver de te lire au travers de ta démarche, de la position de tes mains. Ne pas lire ton regard ni deviner ton esprit. Qu’as-tu pensé en prenant l’ascenseur ? Qu’as-tu pensé en t’installant dans le fauteuil ? Qu’as-tu pensé en te mettant à demi-nue ? Qu’as-tu pensé en nouant ma cravate autour de tes yeux ? Que penseras-tu en entendant la porte s’ouvrir… ?

Nous arrivons à l’hôtel et J. me demande si je suis sûr que tu parviendras à te sentir à l’aise. Je réponds oui, sans dire que le doute commence à m’envahir. Et si cela n’était pas pour nous ? Et s’il finissait dans le flou du plaisir par t’arracher à moi ? Mais il est trop tard, nous sommes devant la porte. J. frappe pour t’avertir de notre présence, reculer n’est plus possible. Je reprends mon air assuré et insère la carte dans le boitier. La porte s’ouvre. Nous franchissons le petit couloir et tu es là : une indécence majestueuse et élégante ; je ne doute plus.

Sans un mot, nous prenons nos aises, retirons nos vestes. Nous demeurons silencieux. J. a compris qu’il serait libre d’agir, et que je ne comptais pas lui dicter ses actes ou ses manières. Cette étonnante complicité alors que finalement, nous nous connaissons si peu. Je remplis nos verres de vin et nous trinquons comme on scelle le pacte d’un secret inoubliable. Tu es assise, et je reconnais cette manière si particulière que tu as de mordiller ta lèvre. Ta patience s’amenuise, seul le noir dans lequel te plonge ce bout de tissu imprégné de mon odeur sur tes yeux, te force au silence. Je décide qu’il est temps et de la tête, je fais signe à J. qu’il peut enfin y aller. Il dénoue sa cravate, se dirige vers tes jambes découvertes. Moi, j’ouvre ma chemise, et viens me glisser derrière toi. Je veux laisser J. te découvrir, te sentir de plus près, qu’il puisse s’imprégner de toi. Je le sais impatient. Sur le chemin il m’avait demandé ta culotte, ce que j’avais refusé. Je suis un accompagnateur. Je me délecte de cette découverte aveugle, non sans laisser ma faiblesse déposer des baisers dans ton cou. Il n’est pas prévu que je participe, mais je n’y résiste pas… Ton cou, ta nuque, je n’y ai jamais résisté.

Je sens l’abandon entre mes mains, plus visible encore lorsque tes jambes s’écartent et lui offrent la vue de ton sexe humide. Je le freine avant qu’il ne mouille ses lèvres contre les tiennes ; je guide ta main vers ton sexe ; je veux que tu t’abandonnes à toi-même, avant de t’abandonner à lui. Tes doigts tournent, vont et viennent, et je perds un peu de mon flegme. Je remplis mes mains de tes seins, coincés, tes tétons entre mes doigts, tandis que ma queue envahit mon caleçon.  Ta respiration s’accélère en même temps que tes doigts engloutis dans ton sexe avide, désormais trempé, criant son plaisir, quand je sens que trop d’éléments m’échappent. Je ne dois pas participer, ce n’est pas prévu. Alors je m’éloigne, et enfin, tu t’abandonnes à toi-même, complètement.

J. a rejoint le lit depuis quelques minutes déjà, le sexe entre les mains, profitant du spectacle, et contrôlant sa masturbation pour ne pas jouir sans toi. Il me lance un regard étrange, comme une invitation à poser mes mains sur lui. Ou alors, peut-être que c’est moi qui interprète une envie nouvelle à travers ses yeux. Je ne peux m’empêcher de jeter des regards vers sa verge, et dans un no man’s land, je navigue entre lui et toi. Il le voit, et quittant son air légèrement hautain, amusé de tout, il se décale légèrement sur le côté du lit. Je m’installe à côté de lui et lorsque tu déposes l’une de tes jambes sur les accoudoirs du fauteuil, nous offrant une vue impudique et luxurieuse du spectacle de ton onanisme, je me retrouve sans même trop savoir pourquoi ni comment à caresser le sexe de J., lentement, de haut en bas. Il t’ordonne de déposer l’autre jambe également, et cette indécence me rend fou. Le hasard vous fait balancer vos têtes en arrière en même temps ; mon excitation devient intenable. Les yeux sur ton sexe coulant, la main sur sa verge de plus en plus dure. Je perds le fil, c’est certainement ce qui le pousse à retirer doucement ma main.

Il se lève et se dirige vers toi, et je retrouve mon rôle neutre, avec pour la première fois un sentiment de frustration. Il te goûte en suçant tes doigts ruisselant de ton excitation. Il t’entraîne vers le lit, mais je ne suis plus attentif. Je vous regarde mais je suis comme transporté, ailleurs, groggy de vous épier. Assise sur son visage, il te dévore, sa langue se glisse entre tes lèvres, te pénètre. Je perds le fil un instant, et quand je reviens à moi, tu as sa queue entre tes lèvres, tandis que lui, toujours avide, enivré, ne rate pas une goutte de ta liqueur. Ta langue se balade sur sa queue, tes doigts dont je ne connais que trop bien l’expertise le titillent. Et voilà que mon pantalon est au sol, et que me branler devient un plaisir insuffisant.

L’effet de te voir t’abandonner avec un autre que moi est au-delà de ce que j’avais pu imaginer, prévoir. Je ne tiens plus. Je renonce à tout maîtriser, quand je pose ma main sur le bas de ton dos. Tu tressailles quand je remonte jusqu’à ta nuque pour attraper fermement tes cheveux. « Tu es à moi, ne l’oublie pas. » Avec autorité, je glisse mon sexe gorgé entre tes lèvres. Je ne sais vraiment lequel de nous deux dicte le rythme à l’autre, quand tu me parcours entièrement avec ta langue ou, quand je te presse contre moi, pour que tu me gardes au fond de ta gorge. Un ballet délicieux, et je m’oublie dans ta bouche. Je ne devais pas participer. Tu t’attardes, suces, aspires, lèches, comme affamée de ma queue ; l’envie de jouir dans le fond de ta gorge me traverse l’esprit.

Pas comme ça. Je ne veux pas jouir comme ça. Je me retire et tu me cherches, lapant mon vît disparu et t’épargnant la frustration de ma queue retirée, je te guide vers celle de J. toujours entre tes mains. Ma pudeur s’étiole quand je me place juste au-dessus de la tête de J. Il m’effleure et, je ne peux plus le cacher, cela m’excite. Pressant mon sexe sur mon ventre, je lui dégage le chemin vers mes testicules qu’il aspire doucement. Tu sais qu’il se trame quelque chose et tu déposes ta main libre sur le lit, enserrant le drap. Te voyant cramponnée, je n’hésite plus : je me redresse et te pénètre d’un coup de rein intense et profond. Me voilà pris entre le plaisir de ton vagin qui se contracte autour de ma verge, et la langue de J. qui passe de ton sexe au mien. Nous gémissons à trois, et plus rien n’a de sens ; nous ne touchons plus terre à tel point que lorsque J. entreprend de caresser mon anus, je ne proteste pas.

Il finit par s’écarter, comme si notre alchimie l’avait mis légèrement de côté. Il avait été cette rampe de lancement, nous faisant décoller vers une destination inconnue mais si intense, jouissive. Son excitation demeure et il nous observe tout en se caressant. Je le vois, mais il n’est plus là. Seuls. Nous sommes seuls, abandonnés à nos corps, nos esprits fusionnés.

Néanmoins, il doit faire partie du jeu. Je lui fais signe pour qu’il revienne et je te demande de te redresser. Je me retire pour lui faire place. Il se glisse sous ton corps transpirant de nos ébats, agrippant tes seins, jouant de sa langue sur tes tétons durcis. Alors qu’il se masturbe, tu t’empales sur lui. Mais je ne veux plus être spectateur. Au diable mes plans, ce que j’avais prévu. Je t’ordonne de te cambrer, et avec une étonnante facilité, je me glisse entre tes fesses. Comblée. Nous te prenons à deux et tu es remplie de nos queues. Femme vénérée et objet ; ma queue gonfle encore de plaisir et l’étroitesse de tes fesses me fait chavirer. Nous jouissons simultanément, et je déverse mon plaisir au fond de toi, dans un râle continu et de longs spasmes. Je me retire délicatement et tu t’effondres sur le lit, à bout de souffle, sonnée, comme inconsciente.

Reviens la tendresse et le temps des caresses. On te ramène à nous, doucement, et tu laisses échapper un sourire. J. nous ressert un verre de vin, et me lance un regard particulier. De ceux que je te lance quand je veux que tu me fasses jouir. Je lui réponds par un sourire, et d’un mouvement de tête en ta direction, il me demande si tu es suffisamment  remise pour l’emmener là où nous étions tous les deux il y a peu. Je te regarde…que tu es belle. Légèrement haletante. J’envisage les choses autrement. D’un geste, je lui fais comprendre ce que tu ne peux voir. Avant ce saut dans l’inconnu, je prends encore un peu de toi, de tes baisers, de ta peau. Il te demande si tu veux retrouver la vue, mais tes autres sens ont été si royalement sollicités que tu désires rester dans ton état de cécité. Alors, je t’embrasse une dernière fois, puis je m’éloigne.

Je te sens troublée. Il se passe une chose que tu ne peux définir. Tu sembles à la fois désorientée et ébranlée. Tu m’entends, tu reconnais mon plaisir. Je ne résiste pas à te rendre la vue, et ton air surpris laisse vite place à ce sourire coquin. Je bande de nouveau et J. arpente ma queue avec application. Tu ne résistes pas à l’envie de le rejoindre. La lueur dans ton regard est le plus beau des aphrodisiaques. Je l’ai vu, ma queue dans sa bouche t’a ébranlée. Vos langues se caressent, se mélangent avec gourmandise à mesure que mon sexe gonfle, encore, et je reçois une fellation peu commune. Quand je te vois donner tes doigts à lécher à J. je sais ce que tu as derrière la tête. Et sans que tu ne me dises quoi que ce soit, je relève le bassin pour te faire place. Tes doigts appuient délicatement sur mon point P, et je manque de m’évanouir de plaisir. Le plaisir de tes doigts et le plaisir de ses lèvres. Le voyant doué, tu l’éloignes quelques instants de ma queue, comme pour rappeler qu’elle est à toi, que je suis à toi. Je suis à toi. A tes lèvres, à tes doigts, et j’ignore si je me cambre pour mieux recevoir tes doigts, ou mieux remplir ta bouche.

J. est à présent sur le côté, voyeur de notre aparté. Moi, je ferme les yeux car je ne saurais faire autrement. Je te dis tout un tas de choses, sans trop savoir quoi, les mots m’échappent à chaque fois que tu me mènes au bord de la jouissance, à tel point que je crois parfois divaguer et parler seul. L’environnement m’échappe, et je ne prête pas vraiment attention lorsque je sens autre chose que tes doigts, pousser sur mon anus. C’est J. Il me prend. Je n’ai pas le temps de protester que tu m’embrasses, me caresses, partout. Le cou, la poitrine, et je crois défaillir de nouveau quand tu joues avec mes tétons. La situation te plaît, je le sais à tes baisers, et presque pour toi, pour le plaisir que cela te procure, je m’empale délicatement sur son membre. J. est délicat, je le sens en moi, profondément. C’est étonnement bon. Tu retires ta bouche quand dans un râle j’annonce mon orgasme, et pendant que tu récoltes le jus de ma jouissance, J. jouit en moi.

Cette soirée fut en tous points extraordinaire. La douche en trio ayant suivi, nos sourires, toi, si belle, si incendiaire au milieu de nous deux. Et la tendresse de notre intimité retrouvée, lorsque J. nous a quitté, le plaisir ravivé au petit matin… Nous avons été trois, mais toi et moi n’avons rarement été aussi proches que ce soir-là.

Rarement je t’ai vu aussi belle, rarement j’ai eu autant envie de toi. Tu sais, j’ai beau tout prévoir, tu m’emmènes encore sur des chemins que j’ignore. Encore, de toi, j’en veux encore. Et si la gourmandise de toi est un vilain défaut, alors, je sais quel péché capital me condamnera.