Il ne tient qu’à toi

Il ne tient qu’à toi

C’est drôle, je pensais justement à mes relations « longues distances » quand j’ai lu l’excellent article d’Audren. Mais il parle de relation amoureuse là où je songeais aux amitiés. La palette des sentiments est vaste et variée et les mots pour les décrire sont teintés de subjectivité. On n’y mettra pas le même sens, ni les mêmes intentions. J’ai déjà écrit ici que je ne connais qu’un seul amour amoureux. Un seul homme digne de ce terme, et un seul terme pour désigner toute la préciosité de ce que j’y enferme. A côté de ça, il me reste beaucoup d’amour à ressentir, à offrir et à recevoir. Vous désignerez à votre guise ces sentiments-là, seul importe ce qu’ils contiennent.

Le premier sens du mot « relation », c’est selon le Littré : « l’état d’une chose qui tient à une autre« . Autrement dit, rapporté aux relations humaines : ce que tu fais de moi dépend de toi. C’est un sacré pouvoir donné à quelqu’un, n’est-ce pas ?… A ne pas mettre entre toutes les mains. Je ne nomme pas « relations » des gens qui ne feront que croiser ma route. Ils ne seront que « connaissances ». Je nomme « relation » ce don de soi à autrui, quelle qu’en soit la nature, et qui ne va pas sans recevoir. C’est un lien tissé par les fils de deux personnes qui décident de s’attacher, à leurs risques et périls. Parce que soyons réalistes, tous les fils ne se valent pas et tous les tissages ne formeront pas la même qualité d’étoffe. On a l’impression de s’être fait avoir quand le fil qu’on a donné s’avère bien plus précieux et solide que celui qu’on y a entremêlé, et le tissu se découd, se  déchire, se délabre. Mais le risque est obligatoire. Il est difficile de juger sur l’instant la qualité d’un fil.

Quand le lien tissé tient bon en revanche, quand les deux tisserands le soignent et l’entretiennent, il devient indéfectible quelles que soient les circonstances. Si tu as noué ton fil au mien, où que tu sois, quelle que soit la fréquence de nos rencontres, de nos échanges, quel que soit le temps que tu m’accorderas, et même si le fil finit par craquer, tu seras quelque part en moi. Tu auras ta place dans mes pensées, dans l’existence qui est la mienne, au passé, au présent ou au futur. Peu de gens le comprennent. Les gens veulent des preuves. Ils veulent la certitude que ce fil-là est meilleur que celui de la concurrence. Ils veulent des garanties, des gages de qualité. Je ne suis pas, moi, sur ce marché du tissu. J’ai dans le cœur un patchwork de fibres et d’étoffes de toutes sortes. Bien sûr il y en a des plus douces. Bien sûr il y en a des plus grandes. Mais toutes me tiennent bien au chaud et je m’y enroule avec aise et réconfort.

Je veux vous parler des liens du passé. Ceux qui ont été coupés, et peu importe par qui. Ils ont existé malgré tout. Je ne me suis débarrassée que de rares bribes difformes et inutiles. Tout le reste est encore là et j’en ai fait des couvertures pour ma nostalgie : pour ne pas qu’elle ait trop froid, qu’elle ne deviennent trop dure. Ceux qui ont tissé ces liens pourront toujours revenir les raccommoder, ou y broder quelque chose de neuf.

Les liens présents sont les plus éclatants, avec leurs couleurs changeantes et leurs touchers variés. Coton, lycra, lin, soie, laine, raffia, velours… Ce sont ceux que je garde autour de moi, et pour certains à même ma peau. Ils ne demandent ni preuves, ni temps, ni garanties.

Et puis il y a les liens en devenir. Ce sont les plus délicats, les plus fragiles. Il faut dire que j’ai appris avec le temps avec quelle qualité de fil le mien donnait les plus belles pièces. Je ne le noue plus avec le premier venu. Ces liens-là sont les plus à l’épreuve du temps, et j’ai besoin de les toucher, de les caresser, d’éprouver leur douceur pour continuer à tisser. Le temps qu’on ne me donne pas, l’attention que je ne sentirai pas, un au revoir un peu trop brusque, un bonjour qui tarde à venir, d’autres fils qui s’entremêlent à l’horizon, et ma volonté de donner de moi s’estompera jusqu’à disparaître. Il faut un certain équilibre au départ, pour que le lien puisse prétendre à l’éternel.

Maintenant que tu sais ça, que feras-tu de ce fil entre toi et moi ?

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Corps et âme

Corps et âme

Ce sont des choses dont on ne parle pas, ou dont on parle comme une fatalité, une page qu’on se dépêche de tourner en commençant déjà à écrire la suivante. Oui… Mais non. Ma première grossesse ne s’est pas passée comme prévu et m’a laissé deux arrières-goûts très amers : l’incertitude du bonheur qui peut basculer en l’espace d’une seule nuit, et l’incapacité qui est visiblement la mienne à fabriquer une vie en prenant tout le temps nécessaire à cela. Des plaies refermées, aux cicatrices apparentes.

L’épreuve est passée. Et un jour, tu as du retard. Tu n’y prêtes pas attention, tes cycles sont loin d’être réguliers. Et puis des seins gonflés et encore plus de retard. La fatigue qui t’accable te pousse à consulter. Ton médecin te prescrit une prise de sang avec dosage des HCG. Positif. Joie ! Très vite, une échographie de datation est programmée… Mais au bout de quelques jours, tu ressens de forts maux de ventre et dans la nuit, tu saignes abondamment. On déplacera l’écho, et en lieu et place d’une datation, on vérifiera que le ventre est bien vide… Ça passe inaperçu, ce genre d’événement. Les médecins et l’entourage te rabâchent les mêmes arguments : c’est qu’il n’était pas viable, c’est mieux ainsi, la nature fait bien les choses. Ils ont l’air tellement convaincus que tu y crois toi aussi. Tu fais semblant de ne pas te sentir incapable, tu tournes la page et tu regardes devant parce qu’il le faut, parce que c’est comme ça, parce que c’est ce que tout le monde fait. Tu y penseras quand même encore à chaque retard suivi de règles qui ne sont pas arrivées exactement à l’heure. Et puis tu te persuaderas que c’est la vie.

Vient nécessairement le jour d’un nouvel espoir. Nouveau retard, nouveaux symptômes. Prise de sang positive, écho de datation. Il y a un œuf, cette fois… Mais il est vide. Tu découvres ce qu’est un œuf clair. Ton corps vient de te confirmer une nouvelle fois que quelque chose t’a échappé, que tu n’as pas été capable, que tu n’as pas su. On te dira bien sûr que ça n’est pas de ta faute, et tu feras semblant d’y croire, en souriant. La vie se charge de te remplir l’esprit. Tu travailles dur, tu chéris les tiens, tu ne penses même plus à ce projet d’enfant sauf pour te dire que le temps passe et qu’il faudra bientôt être raisonnable et renoncer.

De longs mois ont passés pendant lesquels tu t’es mise à surveiller tes cycles de près, à être outrageusement demandeuse pendant tes supposées périodes d’ovulation et à subir la déception à chaque saignement régulier… Jusqu’au jour où tes règles n’arrivent plus. Tu ne sais pas trop comment réagir, alors. Tu ne veux pas t’enflammer mais ça t’obsède, c’est plus fort que toi. Puis ça t’angoisse. Et tu veux savoir. Prise de sang, écho… Douze semaines… Ce terme fatidique des trois mois, si délicats, si incertains… Cette fois ça y est, tu y es arrivée ! Tu as entendu battre le cœur de ce minuscule embryon dont tu as admiré la silhouette. Tu as passé des heures avec ton homme à regarder ses photos avec un sourire béat figé sur les lèvres… Un bonheur presque serein.

Suivront quelques maux de ventre. Comme tu ne veux pas prendre de risques, tu vas voir ton médecin. Elle te rassure, c’est normal. Elle décide de sortir son vieil appareil d’écho portatif pour que tu repartes plus sereine, mais ce truc est tellement vieux qu’il ne fonctionne pas. Ni elle ni toi n’avez rien vu ni rien entendu. Elle te prescrit une nouvelle échographie. Mais une nuit, avant ce rendez-vous, ton ventre se tord, et tu saignes. Beaucoup. Tu décides de te rendre aux urgences et tu es prise en charge rapidement. Tu scrutes l’écran sans rien y comprendre. Tu sais juste que tu n’entends rien et que ça n’est pas normal. C’est étrange, l’attitude des médecins alors. Tu sens bien qu’ils savent tout de suite, mais tu as l’impression qu’ils font semblant de chercher. Tu n’entendras pas de battements de cœur cette nuit-là, car aucun cœur ne bat plus. Tu ne parviendras pas à retenir tes larmes devant la gynéco et son jeune interne, dont tu te demandes bien ce qu’il apprendras de ce genre de réaction. Tu pleureras encore dans ta voiture, seule sur le chemin du retour et calmeras tes larmes devant ton homme, avec l’illusion ainsi de lui faire moins de mal. Tu pleureras aussi à l’issue cette énième écho qui te confirmera qu’il n’y a plus aucune trace de vie dans ton ventre, après avoir patienté en retenant tes larmes pendant une demi-heure dans une salle d’attente remplie de ventres ronds et de parents heureux.

Trois fois, en une année et demie. Trois fois tu as souri. Trois fois tu y as cru malgré toi. Trois fois tu t’es projetée. Mais trois fois ton corps n’a pas voulu de ce bonheur, ou l’a saboté, ou n’a pas su le garder. Tu ne te poses même plus de questions. Tu as intégré que tu étais incapable de ça.

Ce sont des choses dont on ne parle pas, ou dont on parle comme un coup de la fatalité, une page qu’on se dépêche de tourner en commençant déjà à écrire la suivante. Oui… Mais non. Petit à petit l’insouciance s’est envolée, petit à petit ton cerveau a enregistré ton incapacité évidente à créer la vie et ta capacité inouïe de décevoir. Tes épaules se sont imperceptiblement voûtées, ton sourire s’est atténué, tu vois arriver tes retards avec effroi et finalement tes règles avec un soulagement coupable.

« C’est mieux comme ça ». « La nature fait bien les choses ». C’est vrai, ça n’est peut-être pas si grave… Je veux dire, moi, qu’une fausse couche peut meurtrir. Que plusieurs peuvent torturer. Que le sort est terrifiant et qu’il est insupportable de ne pas comprendre. Qu’il n’y a pas de « raison » qui tienne quand c’est l’âme qui trinque et qu’enfin -puisqu’il faut formuler les évidences- personne n’est juge de la légitimité d’une douleur.

Arrogante

Arrogante

Je veux ton sourire posé sur moi. Je le veux rien qu’à moi, singulier, celui que tu ne donnerais à personne d’autre.

Je veux ton regard dans le mien. Je le veux pénétrant et tendre, de ceux qui réchaufferont mon âme à chaque fois qu’il se glissera à l’intérieur de moi.

Je veux tes mots. Je les veux simples mais précis. Éloquents et enflammés. Outrageusement touchants.

Je veux ta peau sur la mienne. Qu’elle glisse comme un drap de soie sur mon épiderme, qu’elle me fasse frissonner puis frémir, avant de m’apaiser.

Je veux tes mains pour me parcourir comme un territoire inexploré. Je les veux enveloppantes et audacieuses, chaudes et rassurantes. Je veux qu’elles soupirent et qu’elles me disent « j’aime… ».

Je veux ta douceur et ta passion. Je veux ta délicatesse et ton intensité. Je veux ta finesse et ton impatience. Ta docilité et ton indiscipline.

Je veux tes pensées les plus émouvantes, les plus éblouissantes, et tes souvenirs les plus impérissables. Je veux être un de tes plus bouleversants voyages. Cette destination où tu sais que tu reviendras.

Je me regarde vouloir tout ça. Viser la lune. Rêver trop haut. J’ai des envies trop grandes pour moi.

 

 

Sinusoïdal

Sinusoïdal

Je ne sais pourquoi je m’impose systématiquement un maquillage étudié de mes yeux avant nos rendez-vous, puisque mon regard lui sera interdit… Une manière sans doute de prendre de l’assurance, de dessiner cette femme qui se cache mais qui ne tremble pas, à la respiration lente et au pas assuré. Je pourrais en revanche faire ressortir ma bouche d’un carmin incendiaire et provocant mais qui, monopolisant totalement son regard, ferait mentir ma nature discrète… Ainsi, mon visage à lui seul trahit cet imperceptible paradoxe qui réunit l’audace et la timidité en un seul et même corps.

C’est donc les yeux bandés et sans rouge à lèvres qu’une nouvelle fois, j’entre chez lui. Toujours cette odeur de cigarette froide mêlée à celle des bougies parfumées. Toujours ce silence qui attend le mien et précède le bruit de son pas. Je suis maintenant conditionnée par ces détails devenus rituels. Il s’approche de moi, pose ses mains sur mes épaules et plonge sa bouche dans mon cou. Il m’embrasse, me caresse, puis attrape mes cheveux pour me diriger là où il souhaite prendre du plaisir. Ses mots sont le chemin qui me mène vers cet ailleurs dont j’ai tellement envie.

Il me prend les mains avec délicatesse pour m’accompagner dans sa chambre. « Enlève ta robe »…et je m’exécute. J’aime cette autorité teintée de douceur et je m’offre à ce regard que je sais empreint d’un désir ardent. Les plaisirs de la bouche ont notre préférence. Ma langue, mes lèvres devenues objets de luxure, ne se lassent pas d’être utilisées. Il en dispose à sa guise et lorsqu’il estime que je l’ai mérité ou lorsque lui-même n’en peut plus de frustrer son appétit, il m’assoit sur un fauteuil afin que je lui expose licencieusement ma perversion : les cuisses outrageusement écartées, mes mains qui les parcourent, mes doigts qui s’arrêtent sur mon sexe et qui très vite sont remplacés par sa bouche gourmande…et mon souffle, qui s’accélère. Dans un effort de maîtrise qu’il s’impose, il recule parfois pour se délecter du spectacle de cette femme, lascive et aveugle, qui exhibe son corps et ses soupirs.

Puis une pause, alors que je brûlais qu’il me possède… Il me propose de nous sustenter et en profite pour me raconter ce qui m’attend, ensuite. Alors qu’il me parle, je sens sur la moiteur de mon sexe la fraîcheur suave de quelque chose que je n’identifie pas immédiatement. Puis son goût dans ma bouche. Des saveurs mêlées d’oranges, de pommes et de cyprine… Les sensations que ces fruits procurent sur mes lèvres et sur ma peau me transportent et je dois faire un réel effort pour rester attentive à ses propos. Il m’emmène me dit-il chez une personne qui doit « parfaire mon éducation ». Mon cerveau se reconnecte à ces mots. Ils résonnent en moi à la fois de manière très érotique, rappelant à ma mémoire de lointains récits, mais injurieuse aussi, avec cette impression soudaine et désagréable d’être fautive. Aussitôt mon caractère réfractaire refait surface. Il restera en alerte jusqu’à notre arrivée chez le Marquis.

Voyager dans le noir sans savoir où l’on m’emmène… Je pourrai dire que j’ai vécu cela aussi. L’excitation et la fébrilité mêlées que je connais bien, maintenant, mais dans un nouveau décor. Je suis soulagée lorsque nous arrivons. A-t-il perçu mon malaise, a-t-il regretté son choix ou n’y a-t-il vu que du feu ?… Il sonne et un homme vient nous ouvrir. Un voile se lève. Sa voix est parée de bienveillance, de douceur et d’élégance. Il me guide dans la pièce principale et tout sent bon autour de moi. Je suis installée confortablement, déshabillée, et on me sert du vin. J’entends leur conversation tout près. Ils feignent de ne pas faire attention à moi mais je me sens observée. J’aime ce moment. Qu’ils fassent semblant que je n’existe pas. J’aimerais qu’ils parlent de moi à la troisième personne, qu’ils évoquent cette petite dépravée qui n’est pas encore moi, à ce moment-là. Celle qui obéit sans retenue, qui reproduit les gestes qu’on lui ordonne et répète les paroles qu’on lui souffle. Celle qui lâche prise dans le jeu d’une relation verticale et prend plaisir à être en bas, à leurs pieds, mais au centre de la scène. Cette femme-là ne s’offusquerait pas qu’on veuille l’éduquer. Elle s’impatienterait, plutôt, de montrer à quel point elle peut être brillante dans ce rôle.

Mais une autre scène, cependant, devait se jouer ce jour-là. Sans que je n’en comprenne vraiment les raisons, le Maître fait preuve d’un empressement soudain et le Marquis se mue en prédateur sans que je n’ai pu jouir de son autorité. Je suis menée à l’étage pour être dévorée, dégustée… À mon tour je me fonds dans cette ambiance animale, et mon appétit surpassera le leur. A leurs pieds, mais avide, insatiable, totalement lubrique. C’est ainsi qu’il voulait me voir et il sait comment s’y prendre. Voyeur de mes désirs, de mes plaisirs, de mes orgasmes, il a tout à coup ce geste étrange et surprenant de retirer mon bandeau… Enfin… Je n’ai pas saisi immédiatement qu’il voulait lire la jouissance dans mes yeux. J’ai cru à une pulsion non contrôlée, j’ai cru qu’il regrettait, alors j’ai gardé les yeux fermés jusqu’à ce que nos souffles s’apaisent et qu’il prenne mon visage entre ses mains.

Les yeux ouverts après nos ébats, sans fards, je me suis sentie nue. Pas mon corps. Mon âme. Parce que je voyais la leur, ils devaient voir la mienne. Disparus les prédateurs, évanouie l’autorité, ils n’étaient plus que velours et moi, à côté d’eux, j’étais perdue dans cette soudaine horizontalité que je découvrais auprès de lui pour la première fois…

A quoi devais-je m’attendre ?…

A quoi devais-je m’attendre ?…

Ainsi qu’il l’avait décidé, j’entrai chez lui et, dans le hall, je me déshabillai entièrement…ou presque. Partagée entre la volonté de lui démontrer mon audace en entrant chez lui complètement nue et mon désir de le sentir jouer avec ma culotte, je décidai au dernier moment de garder ce minuscule morceau de tissu sur mon sexe. J’avais bien sûr gardé mes escarpins… Pour la touche d’élégance. Il y avait une petite sangle, juste à côté du masque que je devais poser sur mes yeux. Ça n’était pas prévu et je me trouvai un peu déstabilisée, incertaine de la nature et du rôle de cet objet nouveau pour moi. Fallait-il que je le prenne ou l’avait-il prévu pour plus tard ? « Dans le doute, abstiens-toi ». Je le laissai là, souffla sur la bougie -réflexe rémanant de jeune fille complexée- revêtis le masque et fit résonner doucement le bruit de mes talons dans ce couloir. Ma main qui caressait le mur finit par trouver l’encadrement de la porte. Il l’attrapa et colla mon dos contre son torse tandis que sa bouche s’empara de mon cou.

« Tu as gardé ta culotte ?… Tu n’as pas pris le collier. Pourquoi as-tu mis des chaussures ?… » Je m’entendis répondre comme une petite fille gênée, obligée de se justifier pour ses bêtises. Mes réponses ont semblé lui plaire. A moins que ça ne soit la silhouette qu’il tenait entre ses bras. Il attrapa mes cheveux d’une main ferme comme on attrape les rênes d’une monture. Fière de ma hardiesse mais fébrile et désarmée, j’abandonnai à cet instant mon corps et ma psyché à cet homme que je rencontrais pour la deuxième fois et que je n’avais pourtant jamais vu.

« Mets-toi à quatre pattes ». A ces mots l’image du collier me revint et je regrettai de ne pas avoir su quoi en faire. Je mis cette idée de côté, certaine que nous en ferions malgré tout quelque chose. Je fus surprise -fort agréablement- par ces premières minutes licencieuses à souhait, qui tranchaient avec la fébrilité dont il avait fait preuve lors de notre précédent rendez-vous. Le frisson qui me parcourut soudain naquit à la fois du doute (mon intuition m’aurait-elle fait défaut cette fois ? Je ne connais pas cet homme… Si je m’étais trompée ?) et de l’excitation (je l’espérais secrètement supérieur et déterminé). Je m’exécutai avec délectation et avançai à quatre pattes vers cette pièce où la fois précédente, nous avions défié nos patiences et nos désirs respectifs.

Il a tiré mes cheveux avec force et délicatesse pour diriger ma bouche sur la sienne, puis sur son sexe qu’il m’ordonna de sucer. Il a pincé mes seins avec attention, cherchant le bon dosage entre trop de douceur et trop de douleur, ne trouvant les réponses que dans ma respiration puisque mon regard ne lui dévoilerait ce soir encore aucun de mes secrets. Il fut prudent, donc…ce que je lui fit remarquer avec une pointe de déception. Il sembla réceptif à cette permission implicite d’aller plus loin encore, plus fort, et de manière plus impérieuse. Il me fit prendre les positions les plus indécentes sous son regard impudique. Son vocabulaire se fit plus obscène. Son attitude plus lubrique. Jusqu’à ce qu’enfin devenue cette chienne qu’il avait convoquée, ce soit moi qui réclame le collier.

Il l’ajusta autour de mon cou et y ajouta la laisse, déconnectant du même coup tous les synapses me reliant encore à une quelconque raison. Bien calée à l’intérieur de moi, le corps en éveil, absorbée par mes sens et leurs échos, je devins cette soumise qui n’était pour moi, avant cela, qu’une image d’Epinal captivante mais lointaine.

Ça n’était qu’une introduction, bien sûr. Le scénariste a de l’imagination… J’aime la peur qui hante mon désir lorsque j’essaie d’imaginer jusqu’où il me mènera. J’aime l’attention et la délicatesse dont il fait preuve, et ses promesses de perversions. J’aime qu’il soit obligé de lire en moi sans passer par mon regard. J’aime me donner à lui sans savoir précisément qui il est. Il sera mon guide éclairé sur le chemin obscur de la dépravation.

Ça n’est pas toi

Ça n’est pas toi

Je suis en cage dans ma mélancolie et on ne m’a pas laissé la clé. Toi tu as tant de fois essayé de la trouver, forcé la serrure, même secoué la cage. Mais elle ne s’ouvre que de l’intérieur, ne le vois-tu pas ?

Si j’ai l’air malheureuse, si mon sourire se fâne, si mes yeux se figent sur le vide…mon vague à l’âme, ça n’est pas toi.

Si mes envies me quittent, si je me traîne sur des occupations insipides, si je ne me sens plus bonne à rien, ça n’est pas toi.

Si je ne vois plus le beau autour de moi, si les nuances de gris ont remplacé les couleurs, si les instants se succèdent en fondus enchaînés, ça n’est pas toi.

Si je n’entends plus les rires d’enfants, la musique, les mots doux. Si je fais du silence mon refuge, ça n’est pas toi.

Si je ne trouve plus le bonheur à chaque coin de rue, si je ne l’attends plus. Si le verre pour moi n’est plus qu’à moitié vide, ça n’est pas toi.

Si je me tourne vers d’autres yeux, si je me donne à d’autres mains, si j’embrasse d’autres lèvres et griffe d’autres peaux, ça n’est pas toi.

Toi, tu m’aimes malgré la cage et fais briller le monde autour d’elle. Tu rends mes barreaux doux et fais pousser des fleurs autour. Tu m’entoures, tu me réchauffes. Tu ne me perds jamais de vue et tu accoures si je trébuche. Aucun autre n’est capable de ça. Aucun autre. Ça, c’est toi.

 

Cendres

Cendres

D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie seule. Je n’utilise pas cette expression pour signifier que je me suis toujours sentie « abandonnée », non. Ce que je veux dire plutôt, c’est que je n’ai jamais vraiment pu compter sur quelqu’un d’autre de manière aussi certaine que sur moi-même. Et pourtant… J’ai été une enfant. Les enfants s’en remettent à leurs parents. Quand donc cette assurance m’a-t-elle abandonnée ?… Lire la suite « Cendres »