Écris nous

Écris nous

Il me dit : « Écris-moi. Décris-moi ce que c’était pour toi. Enferme-moi dans tes pensées de nous. » Et moi je ne trouve pas de mots pour parler de ça, c’est trop vivant, trop parfumé, trop mouvant encore pour que j’arrête des lettres dessus. Je veux que ça me hante encore, ces émotions, ces sensations, ces images, car je ne sais pas si elles continueront de m’habiter une fois que je les aurai posées et rangées sur des pages.

Et puis je fais le pari que oui, elle perdureront, car j’ai envie de me replonger dans chaque scène de ce film. Je veux m’identifier aux personnages, pénétrer leur esprit, voir ce qu’ils voient, ressentir ce qu’ils ressentent, encore et encore. Rewind and play again.

Extérieur. Voiture. Jour. Elle conduit. Machinalement, comme on le fait tous : radio allumée, perdue dans ses pensées. Tout serait très routinier s’il n’y avait pas cette boule à l’intérieur de son estomac, cette chaleur lancinante qui la tenaille et qui la fait étrangement sourire. Elle refuse d’y penser, pourtant, sur cette route au petit matin. Elle lutte avec ses armes : la chanson, la contemplation du ciel et sa détermination, attendant impatiemment d’être obligée de se concentrer sur des conversations, des sujets épineux, la recherche de solutions… Tout ce qui anesthésiera son ventre et accélérera le temps.

Intérieur. Salle de réunion. Fin d’après-midi. Chaque message reçu est une radiation dans son ventre. Quelle journée passe-t-il, lui ? Comment fait-il pour ne pas y penser ? Est-ce qu’il veut ne pas y penser ? Est-ce qu’au contraire ça prend toute la place ? Il travaille aussi, pourtant… La réunion l’ennuie. Elle répond, sans se soucier du petit sourire tout sauf discret qui se dessine lorsqu’elle baisse le regard vers son téléphone. Elle regarde dehors. Même le ciel, qui s’est teint en blanc, semble vouloir l’endormir. La démonstration de son interlocuteur s’éternise. Elle sera en retard.

Extérieur. Voiture. Crépuscule. Elle devrait déjà être arrivée. Elle hésite entre se réjouir d’allonger « l’avant », et se désespérer de perdre du temps de présence à ses côtés. Mais elle est fataliste, elle prend ce qui se présente, et ce qui se présente là c’est une heure de route où enfin, cette boule qu’elle a contenu toute la journée peut lui brûler le ventre, où enfin son sourire peut s’afficher béatement sans raison, où enfin elle s’approche de l’instant tant attendu. S’en approcher sans y être, elle a toujours trouvé ça délicieux. Ça lui rappelait le plaisir qui précède un orgasme. Certains hommes se montrent pressés de faire jouir les femmes. Ceux-là sous-estiment l’intensité de l’excitation qui va crescendo, lentement… Des paliers qui sont comme une pression sur « pause » à chacun des cieux qui mènent à la sphère ultime, celle des étoiles dans le ventre, dans la voix et dans les yeux. Etant donné son bouillonnement intérieur, elle était au sixième, vraisemblablement.

Extérieur. Voiture. Nuit. Il pleut. Le périphérique est interminable. Elle se perd dans les points de lumière qui défilent devant ses yeux. Elle se demande un instant où peuvent aller ces tous ces gens, s’ils sont heureux de rentrer chez eux, de se rendre au travail, et combien d’entre eux attendent comme elle une soirée particulière… Elle ne sait pas exactement où elle va, elle ne connaît pas très bien ce quartier. Elle a peur de se perdre et de leur enlever encore plus de temps. Elle roule, et ça irradie encore…

Extérieur. Route sinueuse. Nuit. Elle s’aperçoit avec horreur que son téléphone n’a plus que 5% de batterie et qu’elle ne sait ni où se trouve cet hôtel-restaurant, ni où il l’attendra. Elle jongle entre des messages qui restent sans réponse et des virages tortueux. Elle se dit que c’est très imprudent, et puis elle aperçoit l’enseigne lumineuse qui lui indique qu’elle est arrivée. Elle fait le tour, sans trouver de parking. Elle finit par se garer sur une place qui n’en est pas vraiment une, mais elle se dit qu’elle déplacera sa voiture plus tard. 3%. Toujours pas de réponse. Attendre au chaud ? Sortir et se rendre dans le hall ? Elle ne connaît que son prénom… Elle se sent bête. Elle décide de sortir, elle prend son sac et une grande inspiration. Elle a froid. Elle doute, soudain : et si c’était un signe ? Et si c’était une mauvaise idée ? Et si ce n’était finalement qu’un rendez-vous de plus avec la déception ? A la boule de son ventre, s’ajoute alors l’angoisse dans sa colonne. Et dans son esprit cette question : « Mais qu’est-ce que je fais là ? »…

Extérieur. Devant l’hôtel. Nuit. 2%. Il vient la rejoindre à l’entrée…

Nuages

Nuages

Je suis cette enfant qui regarde le ciel et qui rêve devant la forme des nuages. Je fais mien cet azur qui me surplombe, sur lequel je n’ai aucun pouvoir autre que celui de mon imagination. Je laisse aller mes idées, j’ai toujours aimé ça. Elles ne sont jamais bridées, jamais limitées, elles vont où bon leur semble et je les suis.

Dans mon ciel depuis longtemps s’était installée une nappe confuse de stratocumulus, dans laquelle je ne distinguais rien. Petit à petit, un nuage s’est détaché, une petite mèche de cirrus éclatante et soyeuse. Je n’y ai pas prêté attention d’abord. J’avais cessé de lever les yeux, je crois. Quand j’ai fini par le regarder, ma tête s’est envolée avec lui.

Ce nuage c’est toi, et tu as pris des formes diverses. Tu m’as interrogée d’abord, je ne distinguais rien de précis. Tu étais juste une jolie trace, moins grise que la couche dont tu étais issue, d’un blanc vif sur un ciel bleu. Je te voyais glisser au gré du vent, t’éparpiller parfois et te scinder en stries irrégulières. Puis tu t’es rassemblé comme une douce boule de coton qu’il doit être si doux de toucher, palper, caresser. Tu t’es modelé ensuite en une silhouette lointaine, à la fois massive et élancée. La silhouette d’un homme dont on ne sait s’il est plus fort ou plus fragile, mais à côté de qui il doit faire bon s’asseoir, les bras autour des genoux, et écouter longtemps.

J’ai longuement écrit ici sur les rencontres et leurs aléas, sur des déceptions, mes désillusions, ce en quoi je ne crois plus. Je garde en tête que dans cette vie parallèle, tout n’est que surface, mais je garde je crois dans un coin de mon cœur l’attente d’une vibration nouvelle et profonde. Ma tête parle plus fort, mais dans les silences je peux encore percevoir ces battements. Je ne m’y arrête jamais, cependant. Et là, dans le silence du ciel, la pulsation se fait plus évidente.

Je ne me demanderai pas que faire, cette fois. Je contemple et j’écoute, ancrée dans la terre. Admirer les nuages me suffit.

 

Un seul souvenir vous manque…

Un seul souvenir vous manque…

Penser à la manière dont je vais m’habiller… Une jupe crayon, un pull en mailles fines et des escarpins s’il fait beau. Un haut noir léger, une jupe en tweed et des bottines s’il pleut. Trop simple ? Peut-être. Mais j’ai besoin d’être moi, de ne pas me sentir déguisée, d’être parfaitement à l’aise avec ce que je porte… Tout en étant potentiellement séduisante. Les chaussures ont leur importance. C’est le détail extérieur qui affiche l’élégance, pour moi. J’aime porter des talons pour la démarche qu’ils m’imposent, la légèreté de la cheville qu’ils soulignent et le galbe des jambes qu’ils subliment. Je sème le charme à travers d’autres bribes : les ongles vernis, le mouvement délié des cheveux, les ombres qui soulignent le regard, la discrétion des bijoux. Mais tout cela ne servirait à rien si je négligeais le choix des dessous. Qu’ils soient dévoilés ou pas importe peu. C’est ce qu’ils vont ajouter à mon assurance, et donc à mon allure, qui compte. J’ai choisi la guêpière d’un rose très pâle, presque blanc, la délicatesse de la dentelle et les bas couleur chair, pour les escarpins. Mais les bottines et la jupe en tweed sombres m’auraient aussi autorisée les bas noirs et le porte-jarretelles coordonné. Mon ensemble préféré. Je me demande si ton regard se portera sur ces détails. Si tu devineras ces appas…

Être témoin du premier regard. J’y suis toujours très attentive, car celui-là dit tout. La surprise heureuse, l’éblouissement, l’émotion, ou l’inaffection, l’indifférence, la déception. Il donne le la du moment qui va suivre. Me voir dans tes yeux, te surprendre, te subjuguer, t’astreindre au silence, t’intimider. Lire dans tes pensées ce « elle est encore mieux que je ne l’imaginais » ou ce « j’en étais sûr » que j’appelle de mes vœux. Oui, mon imaginaire est très prétentieux. Ne pas savoir s’il vaut mieux te faire la bise ou si nos lèvres ne vont pas être attirées l’une vers l’autre sans que je puisse le contrôler, alors que ma première envie est de te serrer dans mes bras, de longues secondes.

Observer tes manières. Ça, j’ai toujours un peu plus de mal. Tu te lèves pour m’accueillir, c’est entendu. Puis tu m’invites à m’asseoir en ajustant la chaise derrière moi. A moins que tu ne me laisses m’installer seule ? Interpelles-tu le serveur directement ou bien attends-tu qu’il passe près de nous après m’avoir demandé ce que je souhaitais boire ? Choisis-tu de commencer la conversation en me faisant un compliment, ou me demandes-tu simplement si le voyage s’est bien passé ? Comment poses-tu tes bras sur la table ? A quelle distance de moi ? Comment sont tes mains et quelles pensées m’inspirent-elles ?…

Je sais le décalage entre ce qu’on a mis tant de temps à idéaliser et ce qui nous saute aux yeux à la première rencontre. Je le sais réciproque, je ne m’en offusque pas. Je n’oublie pas qui tu es au-dedans et que ça, ça ne change pas. Toutes les images fantasmées ont été balayées en un clin d’œil et j’aime ça, je me sens plus à l’aise sur le socle stable et sûr des certitudes. Combien de temps sommes-nous restés là à discuter avant d’envisager autre chose ? On ne sait jamais ce qui va prendre le dessus de la patience ou de l’empressement. Est-ce toi ou est-ce moi qui a proposé de continuer cette conversation ailleurs ? La réponse a-t-elle été évidente ?… Non, je ne me pose pas vraiment la question. Nous avons pris cet ascenseur. Je ne veux pas que tu m’embrasses là. Tu l’as compris. Nous nous regardons sans rien nous dire mais nos pensées se bousculent dans nos esprits. Une sorte de panique sereine, une impatience maîtrisée de force derrière un léger sourire de façade. Mais un regard à la fois incrédule et gourmand, troublant et rassurant. Tu me laisses passer la première à l’ouverture des portes, puis tu prends ma main pour me conduire à celle de la chambre. Sortant la clé de la poche intérieure de ta veste, tu la passes devant la serrure qui s’ouvre dans un claquement sourd. Tu œuvres et m’invites à entrer. Je découvre une pièce spacieuse, joliment décorée, les rideaux tirés. J’apprécie la délicatesse de ce détail. Je pose mon manteau et te regarde en souriant, encore.

Tu t’approches de moi, tu prends mes mains. Tu les regardes puis les portes à tes lèvres, tes yeux cette fois plongés dans les miens. Tu déposes mes bras sur tes épaules pour attraper ma taille et me serrer contre toi, longtemps. Pour la dernière fois je ne peux m’empêcher de me demander si tu n’es pas déçu par ce que tu découvres… Je suis fébrile, à cet instant… Tu respires le parfum au creux de mon cou et l’odeur de mes cheveux. Puis tu t’écartes un peu, tu poses ta main dans mon cou, une autre sur ma joue et je sens ton pouce caresser ma peau. Tu me regardes. Tu retardes le moment où nos lèvres se rencontreront, où nos langues se mêleront, car tu sais comme moi qu’ensuite on ne pourra plus s’arrêter. Tu embrasses ma tempe, mon front, ma joue, mon cou… Et c’est le point de non retour…

J’entrevois des geste lents, des bouches et des mains qui savourent, qui frôlent, qui attrapent, j’entends des respirations profondes et le bruissement des tissus. Je sais que la fougue remplacera cette douceur, mais je ne sais pas quand. Ma raison a abdiqué dès que tu m’as touchée. Les sensations ont pris la place de mes pensées. Je les ressens au moment même où j’écris ces lignes, l’excitation, le désir impérieux, l’empressement, l’envie de fusion, l’abandon. Je ne peux voir que des flashs, des peaux presque nues, des muscles tendus, des sexes humides, la chaleur, la moiteur, la ferveur, ta fermeté et ma soumission à ce plaisir nouveau, attendu, intense, qui envahit toute ma tête, ma peau, mon être, alors qu’on s’appartient enfin.

Après ça la tendresse. Les confidences. Les déclarations ? Et puis très vite, trop tôt, le moment de fermer la parenthèse.

Un souvenir qui n’a pas existé, est-ce un rêve ? Un projet ?… Ce souvenir me manque. Me voilà dépeuplée.

Vers l’autre moi

Vers l’autre moi

J’aurais pu raconter cette histoire de manière romancée, en puisant dans les étincelles qui sont toujours dans mes yeux. Mais je choisis de l’ancrer dans le réel pour que l’on puisse y croire, comprendre, et peut-être partager davantage la conclusion d’un tel récit.

Nous sommes un certain nombre de femmes à fantasmer plus ou moins explicitement sur des relations de soumission. Vouloir un homme qui prendra tout en charge, pour nous. Le laisser disposer de notre corps. Lâcher toute forme de contrôle et s’en remettre à lui. Accepter de souffrir physiquement, parfois. Je ne cherche pas à l’expliquer, chacune a ses raisons. J’ai fini par comprendre qu’il y avait en moi une volonté de retrouver quelque chose que j’avais toujours connu : l’emprise d’un ascendant, l’obéissance aveugle, le sentiment de n’être rien, mais sous une autre forme. Parce que c’est rassurant d’aller chercher le familier, le modèle de référence. Mais en se disant qu’on n’en est plus victime car puisqu’on le décide, puisqu’on le choisit, on est cette fois maîtresse de la situation.

J’ai envie d’éprouver ça… Mais j’ai des réticences. Je ne veux pas avoir mal, parce que si c’est au toucher que je m’abandonne le plus, la douleur me ramène aussitôt à ma conscience et me fait perdre tout lâcher prise. La soumission pour moi devrait être davantage cérébrale, psychologique, situationnelle, verbale. Il me faudrait surtout une personne de confiance. Quelqu’un qui me ressemble. Quelqu’un qui comprenne parfaitement mon projet et qui ne se l’accapare pas. Et un désir en miroir : un homme dont le besoin n’est que de servir mes envies parce que c’est précisément cela qui sert son plaisir.

Alors j’imagine…

Ce soir-là, comme chaque fois, je pénétrais dans son antre sans savoir ce qui m’y attendrait. Mais il m’avait prévenue que l’on passerait à un niveau supplémentaire, et nos échanges de messages dans les jours qui avaient précédé m’avaient donné un avant-goût de cette évolution. C’était peut-être là, l’erreur : trop planifiée, trop prévue, cette nuit-là perdait en mystère ce que ma conscience gagnait en informations. La bulle se mélangeait à ma réalité et je ne m’y reconnaissais pas. Je l’ai ainsi rejoint avec cet a priori qui ne m’a plus quittée. Le ton était plus dur. Les gestes étaient plus brusques. Il n’y a pas eu de sas, de transition. Je me suis vue subir ses sévices en étouffant mes protestations. J’ai été la spectatrice gênée de ces postures indécentes qu’il me faisait adopter. Je me suis sentie malmenée par celui qui pourtant, je le savais, débordait de respect pour moi. Mais pour la première fois il se faisait passer en premier. Sa volonté avait évincé la mienne et son plaisir, le mien. Dans la bulle, mais ancrée dans le réel… j’avais le vertige.

Je saurais plus tard qu’il s’en était aperçu.

Ce malaise, pour autant, n’aurait aucune conséquence, si ce n’est de me permettre de me connaître mieux. Car juste à ce moment où je m’apprêtais à revenir à « moi », il négocia un virage qui allait tout changer…

(à suivre)

Arrogante

Arrogante

Je veux ton sourire posé sur moi. Je le veux rien qu’à moi, singulier, celui que tu ne donnerais à personne d’autre.

Je veux ton regard dans le mien. Je le veux pénétrant et tendre, de ceux qui réchaufferont mon âme à chaque fois qu’il se glissera à l’intérieur de moi.

Je veux tes mots. Je les veux simples mais précis. Éloquents et enflammés. Outrageusement touchants.

Je veux ta peau sur la mienne. Qu’elle glisse comme un drap de soie sur mon épiderme, qu’elle me fasse frissonner puis frémir, avant de m’apaiser.

Je veux tes mains pour me parcourir comme un territoire inexploré. Je les veux enveloppantes et audacieuses, chaudes et rassurantes. Je veux qu’elles soupirent et qu’elles me disent « j’aime… ».

Je veux ta douceur et ta passion. Je veux ta délicatesse et ton intensité. Je veux ta finesse et ton impatience. Ta docilité et ton indiscipline.

Je veux tes pensées les plus émouvantes, les plus éblouissantes, et tes souvenirs les plus impérissables. Je veux être un de tes plus bouleversants voyages. Cette destination où tu sais que tu reviendras.

Je me regarde vouloir tout ça. Viser la lune. Rêver trop haut. J’ai des envies trop grandes pour moi.

Là où je t’emmènerai… (suite)

Là où je t’emmènerai… (suite)

Je l’ai retrouvé devant les barreaux, près de cette pièce où la réalité frôle le fantasmagorique, celle-là même où je m’étais demandé si tout cela était tangible ou si j’étais dans une autre dimension. Voyeur assumé.

« – Est-ce bien professionnel de se trouver là ? Je ne suis pas vraiment habituée de ce genre d’endroit, mais je me faisais une autre image du serveur…

– Il faut se méfier des stéréotypes. »

Ce sont les seuls mots que nous nous échangeâmes avant qu’il ne m’embrasse avec une gourmandise et une ardeur qui là encore, ne manquèrent pas de me surprendre. Il était très grand, si bien que même avec mes talons je dus me mettre sur la pointe des pieds pour atteindre ses lèvres. Athlétique, les épaules larges, ses bras puissants m’entouraient fermement et j’adorais ça. Il continua dans le registre de l’employé qui avait peur de se faire prendre en faute : « Je ne devrais pas faire ça« , « Il ne faut pas que je m’absente trop longtemps du bar, j’aurais des ennuis« , mais qui n’arrivait pas à réprimer ses instincts « hmm…ces lèvres… » et « attends-moi dans le petit recoin au bout du couloir, j’arrive« … Sans doute ce jeu l’excitait-il, ou bien c’est moi qu’il pensait troubler. Mais ça n’était pas l’interdit qui m’exaltait : c’était le fantasme de l’adolescente, celle qui regarde timidement le grand sportif, l’étudiant de dernière année ou le charmant guitariste en étant persuadée qu’ils ne pourraient jamais s’intéresser à elle…tout en se faisant un défi personnel d’obtenir leur sourire, puis leur numéro.

Je t’ai retrouvé sur une banquette. Tu avais vu passer le serveur et tu me voyais revenir « bredouille » : « Alors ?… » m’as-tu demandé avec curiosité. Je t’expliquai qu’il m’avait demandé de l’attendre, ce qui sembla t’amuser sans te surprendre. « Vas-y, et ensuite on rentre. J’ai envie de toi… Je te prendrai debout dans l’entrée pendant que tu me raconteras ce qu’il t’aura fait. » Ton baiser fut tout aussi brûlant que l’était mon corps à ce moment-là, et tes paroles me grisèrent.

Il m’a rejoint quelques minutes après. Alors que j’entreprenais de défaire sa ceinture, il m’a stoppée net en me disant que c’est lui qui allait s’occuper de moi. Il m’a assise sur un tout petit tabouret de velours mauve et appuyée contre le mur, je me suis abandonnée aux assauts de sa langue, de ses lèvres et de ses doigts sur mon sexe déjà trempé. Je le regardais avec un sentiment de victoire et je buvais ses paroles, douces et provocantes, qui m’ont certainement amenée vers le septième ciel tout autant que ses gestes.

Tu m’as aidée à retrouver mes vêtements et à me rhabiller. J’avais presque oublié que j’étais restée presque nue, totalement impudique et disponible à tous les regards et à toutes les peaux. Sentiment étrange… Nous avons remonté le fameux escalier et tu as appelé un taxi pendant que je demandais un stylo pour écrire un petit mot à ce délicieux serveur, qui ne s’était défait de moi que lorsque je lui eut assuré qu’il aurait mon numéro. Dans la voiture, nous n’avons pas échangé un mot. Tu as mis ta main sur ma cuisse, remontant jusqu’à la dentelle de mes bas. J’ai souri à cette vision. Pour la première fois de ma vie j’avais joué corps et âme le rôle de la « fatale », celle qui séduit ceux sur qui son regard s’arrête, décadente, insatiable, et j’y avais cru jusqu’à y trouver une part en moi. Cette femme que je n’avais jamais osé être avant ça s’était inscrite quelque part dans mon ADN, définitivement. Une savoureuse victoire sur moi-même dont je me délectais.

Nous avons monté les six étages à pieds jusque chez moi, tes mains sous ma robe, mon esprit dans le vague. J’ai ouvert la porte et comme tu me l’avais dit, tu m’as prise là, en me susurrant à l’oreille des paroles impudiques et obscènes alors que je te racontais les mauvaises manières du serveur et ce que je comptais lui réserver, quand il me rejoindrait tout à l’heure…

J’ai eu d’autres occasions de raconter toutes les femmes que je suis devenue avec toi, et j’en aurai encore. Tu me diras que tu n’y es pour rien, que j’ai fait ça toute seule. Sauf qu’avant toi elles m’étaient inaccessibles. Tu avais cette magie que je ne m’explique pas… Je ne saurai jamais vraiment ce que je t’ai laissé, moi, mais j’ai eu une partie de réponse ce soir là : « Ta silhouette en porte-jarretelles, dans ce club, ta sensualité…c’est une image que je ne risque pas d’oublier.« 

Les hommes que j’aime

Les hommes que j’aime

Les hommes que j’aime sont entiers. Ce ne sont pas des moitiés d’hommes qui cherchent à se compléter. Il ne leur manque rien. Les hommes que j’aime ont une quête. Ils suivent une étoile comme disait la chanson, peut importe laquelle, mais haute, très haute. Les hommes que j’aime sont vivants, enthousiastes, fougueux, ou contemplatifs. Ils s’imprègnent de ce qui les entoure et s’en nourrissent avidement. Les hommes que j’aime pensent et agissent. Ils ne se contentent pas de l’un ou de l’autre. Ils sont cohérents. Les hommes que j’aime sont généreux. Ils n’ont pas peur des mots ni des idées, ils les offrent volontiers et savent être reconnaissants à qui sait les recevoir. Les hommes que j’aime ont des yeux pour me regarder, mais aussi pour lire. Ils ont un esprit pour raisonner, mais aussi pour imaginer. Ils ont des mains pour prendre, mais aussi pour donner. Les hommes que j’aime sont attentifs et attentionnés. Ils perçoivent d’un coup d’œil et comprennent à demis mots. Les hommes que j’aime sont douceur et caresses tout autant que fermes et sauvages. Les hommes que j’aime ne lâchent pas ma main. Ils sont solides et fiables. Ils ne font pas semblant. Les hommes que j’aime savent m’emmener là où je n’ose pas, là où je ne vais pas. Juste avec leur confiance. Les hommes que j’aime ont des failles. Ils sont forts mais vulnérables. Ils ont marché comme ils ont pu sur des sentiers escarpés, ils saignent mais ils sont debout.

Je ne les reconnais pas toujours au premier coup d’œil, mais ce sont les seuls qui restent. Malgré le mur, et malgré le temps.