Lui e(s)t moi

à la UneLui e(s)t moi

Face à lui je prends la dimension de cette carapace qui m’entoure, et dont je ne percevais même plus l’épaisseur. Il m’offre sur un plateau les marques de son attention, de son affection même. Et je ne me sers pas. Lire la suite « Lui e(s)t moi »

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Là où je t’emmènerai… (suite)

Là où je t’emmènerai… (suite)

tJe l’ai retrouvé devant les barreaux, près de cette pièce où la réalité frôle le fantasmagorique, celle-là même où je m’étais demandé si tout cela était tangible ou si j’étais dans une autre dimension. Voyeur assumé.

« – Est-ce bien professionnel de se trouver là ? Je ne suis pas vraiment habituée de ce genre d’endroit, mais je me faisais une autre image du serveur…

– Il faut se méfier des stéréotypes. »

Ce sont les seuls mots que nous nous échangeâmes avant qu’il ne m’embrasse avec une gourmandise et une ardeur qui là encore, ne manquèrent pas de me surprendre. Il était très grand, si bien que même avec mes talons je dus me mettre sur la pointe des pieds pour atteindre ses lèvres. Athlétique, les épaules larges, ses bras puissants m’entouraient fermement et j’adorais ça. Il continua dans le registre de l’employé qui avait peur de se faire prendre en faute : « Je ne devrais pas faire ça« , « Il ne faut pas que je m’absente trop longtemps du bar, j’aurais des ennuis« , mais qui n’arrivait pas à réprimer ses instincts « hmm…ces lèvres… » et « attends-moi dans le petit recoin au bout du couloir, j’arrive« … Sans doute ce jeu l’excitait-il, ou bien c’est moi qu’il pensait troubler. Mais ça n’était pas l’interdit qui m’exaltait : c’était le fantasme de l’adolescente, celle qui regarde timidement le grand sportif, l’étudiant de dernière année ou le charmant guitariste en étant persuadée qu’ils ne pourraient jamais s’intéresser à elle…tout en se faisant un défi personnel d’obtenir leur sourire, puis leur numéro.

Je t’ai retrouvé sur une banquette. Tu avais vu passer le serveur et tu me voyais revenir « bredouille » : « Alors ?… » m’as-tu demandé avec curiosité. Je t’expliquai qu’il m’avait demandé de l’attendre, ce qui sembla t’amuser sans te surprendre. « Vas-y, et ensuite on rentre. J’ai envie de toi… Je te prendrai debout dans l’entrée pendant que tu me raconteras ce qu’il t’aura fait. » Ton baiser fut tout aussi brûlant que l’était mon corps à ce moment-là, et tes paroles me grisèrent.

Il m’a rejoint quelques minutes après. Alors que j’entreprenais de défaire sa ceinture, il m’a stoppée net en me disant que c’est lui qui allait s’occuper de moi. Il m’a assise sur un tout petit tabouret de velours mauve et appuyée contre le mur, je me suis abandonnée aux assauts de sa langue, de ses lèvres et de ses doigts sur mon sexe déjà trempé. Je le regardais avec un sentiment de victoire et je buvais ses paroles, douces et provocantes, qui m’ont certainement amenée vers le septième ciel tout autant que ses gestes.

Tu m’as aidée à retrouver mes vêtements et à me rhabiller. J’avais presque oublié que j’étais restée presque nue, totalement impudique et disponible à tous les regards et à toutes les peaux. Sentiment étrange… Nous avons remonté le fameux escalier et tu as appelé un taxi pendant que je demandais un stylo pour écrire un petit mot à ce délicieux serveur, qui ne s’était défait de moi que lorsque je lui eut assuré qu’il aurait mon numéro. Dans la voiture, nous n’avons pas échangé un mot. Tu as mis ta main sur ma cuisse, remontant jusqu’à la dentelle de mes bas. J’ai souri à cette vision. Pour la première fois de ma vie j’avais joué corps et âme le rôle de la « fatale », celle qui séduit ceux sur qui son regard s’arrête, décadente, insatiable, et j’y avais cru jusqu’à y trouver une part en moi. Cette femme que je n’avais jamais osé être avant ça s’était inscrite quelque part dans mon ADN, définitivement. Une savoureuse victoire sur moi-même dont je me délectais.

Nous avons monté les six étages à pieds jusque chez moi, tes mains sous ma robe, mon esprit dans le vague. J’ai ouvert la porte et comme tu me l’avais dit, tu m’as prise là, en me susurrant à l’oreille des paroles impudiques et obscènes alors que je te racontais les mauvaises manières du serveur et ce que je comptais lui réserver, quand il me rejoindrait tout à l’heure…

J’ai eu d’autres occasions de raconter toutes les femmes que je suis devenue avec toi, et j’en aurai encore. Tu me diras que tu n’y es pour rien, que j’ai fait ça toute seule. Sauf qu’avant toi elles m’étaient inaccessibles. Tu avais cette magie que je ne m’explique pas… Je ne saurai jamais vraiment ce que je t’ai laissé, moi, mais j’ai eu une partie de réponse ce soir là : « Ta silhouette en porte-jarretelles, dans ce club, ta sensualité…c’est une image que je ne risque pas d’oublier.« 

Là où je t’emmènerai…

à la UneLà où je t’emmènerai…

Il n’y a qu’à toi que je pouvais dire oui. Cet endroit en effet m’intimidait. Je n’aimais pas l’idée de me sentir épiée, suivie par des regards concupiscents, au centre de l’attention. M’offrir aux premiers yeux venus sans mystère, sans barrière. Accessible. Mais tu connaissais l’endroit. Tu me connaissais moi, et j’avais confiance en toi. Je me voyais briller dans tes pupilles : belle, désirable, désirée. Alors si tu tenais ma main…

J’ai cherché toute la journée la robe parfaite, pour ne pas te décevoir. Pour être belle, j’ai fait passer des mains expertes dans mes cheveux et sur mon visage, j’ai paré ma peau de ma plus fine lingerie, de ces bas que tu aimes tant, et choisi mes talons les plus hauts. J’aurais pu être une vraie femme fatale si j’avais pu aussi grimer mon âme.

La grande porte noire s’est ouverte et nous sommes entrés dans ce hall à l’ambiance tamisée. J’ai voulu que tu ne lâches pas ma main quand nous avons descendu l’escalier et les bonbons en bas n’ont pas suffi à me rassurer. La lumière à la fois sombre et chaude m’a entourée d’un voile de relative discrétion et nous avons ainsi fait le tour des lieux, que tu semblais connaître par cœur. Au bar, tu as commandé pour moi un alcool fort. J’avais besoin d’anesthésier ma raison. Tu t’es installé contre moi et nous avons observé ces gens qui peut-être tout à l’heure poseraient leurs mains sur nous. Tu semblais tout savoir d’eux rien qu’à regarder leur allure et leur tenue : les habitués et les visiteurs occasionnels, les couples officiels et les moins légitimes, les professionnelles et les faire-valoir… Je me trouvais d’une banalité sans nom au milieu d’eux. Mais le rhum faisait son effet et je commençais à m’amuser de ce ballet rouge et noir étrange et feutré.

Tu as caressé l’intérieur de ma cuisse et tu m’as demandé comment je me sentais. Tu avais envie de moi au milieu de tous ces autres, mais nous serions partis sur le champ si tu avais lu le moindre malaise dans mes yeux. Ton désir soufflait sur les braises de mon audace et je t’ai souri. Alors tu as repris ma main et nous nous sommes dirigés au fond du couloir. Derrière les barreaux, je me souviens encore de chacune de mes sensations : toi dans mon dos, contre mes fesses, tes mains sur mes bras et tes lèvres dans mon cou ; autour de nous des soupirs et des râles ; sous mes yeux des corps comme des ombres emmêlées et cette impression d’avoir quitté mon corps pour un instant, spectatrice d’une scène irréelle et pourtant si concrète. Tu m’as dit : « Viens… » et j’ai marché devant toi, pénétrant cette pièce comme on entrerait sur une scène pour devenir quelqu’un d’autre.

Tu m’as entourée de tes bras et de tes baisers et doucement, tu as fait glisser ma robe. Je me suis allongée sur ce matelas dont la froideur et la rigidité tranchaient nettement avec la souplesse et l’ardeur des corps alanguis autour de nous. J’ai senti le poids de ton corps sur le mien, ta fougue et ton désir, et j’ai fermé les yeux. Une main qui n’était pas la tienne a caressé ma cuisse à la lisière de mes bas, puis une autre mon sein droit. Une autre encore passa dans mes cheveux. Une femme se serrait contre moi. J’ai ouvert les yeux et je l’ai vue caresser ton dos… Sentiment étrange… Tu as posé tes lèvres sur ses tétons et elle m’a embrassée. Un peu fébrile encore j’ai fermé les yeux, de nouveau. J’étais mieux ainsi, à l’intérieur de moi.

J’ai oublié les détails, ensuite : je ne me souviens que des mains sur moi, nombreuses, ton sexe dans ma bouche pendant qu’un autre, que je ne verrais jamais, me pénétrait et de t’avoir laissé jouer avec d’autres corps pendant qu’un homme dégustait avidement mon sexe appuyé sur son visage en insistant pour que je le regarde dans les yeux…

Quand je me suis levée juchée sur mes talons  je n’avais plus sur moi que mes bas et mon porte-jarretelles. Tu n’étais plus là… Je t’ai cherché dans les alcôves et je t’ai retrouvé au bar, en pleine conversation avec une jolie blonde esseulée. Dans mon costume de brune incendiaire et sexy, je me suis installée à l’autre bout pour vous laisser parler et commander un autre verre. Cambrée, mes doigts caressant mon verre et mes lèvres jouant avec la paille, je me suis demandée si tu m’avais vue… J’ai soudain senti une main effleurer mes fesses. Médusée par réflexe, je me suis retournée pour apercevoir le sourire complice de l’un des serveurs. Dans mon esprit candide, ils étaient choisis pour leur professionnalisme et leur contrat devait stipuler qu’on ne touche pas aux client(e)s. Il était séduisant. Très séduisant. Complètement dans mon rôle, presque sûre de moi, je l’ai suivi pour lui rendre la pareille et…le réprimander gentiment, lui faisant comprendre qu’il ferait mieux de me laisser tranquille, ou d’aller au bout de son intention… Il m’a assurée qu’il n’en avait pas le droit et qu’il aurait de gros ennuis s’il se laissait aller à une telle faiblesse. Cet endroit était décidément un véritable théâtre.

On s’est rejoints dans le corridor. Tu m’as prise dans tes bras et tu m’as embrassée, caressant mes fesses nues. On s’est assis sur la banquette et je t’ai raconté l’effronterie du serveur. Tu m’as demandé si je voulais partir. Je t’ai répondu que je n’en avais pas fini avec lui. Tu m’as souri, amusé de me voir tout à coup comme un poisson dans l’eau, et tu m’as dit : « Vas-y, rejoins-le« .

Ça n’est pas toi

Ça n’est pas toi

Je suis en cage dans ma mélancolie et on ne m’a pas laissé la clé. Toi tu as tant de fois essayé de la trouver, forcé la serrure, même secoué la cage. Mais elle ne s’ouvre que de l’intérieur, ne le vois-tu pas ?

Si j’ai l’air malheureuse, si mon sourire se fâne, si mes yeux se figent sur le vide…mon vague à l’âme, ça n’est pas toi.

Si mes envies me quittent, si je me traîne sur des occupations insipides, si je ne me sens plus bonne à rien, ça n’est pas toi.

Si je ne vois plus le beau autour de moi, si les nuances de gris ont remplacé les couleurs, si les instants se succèdent en fondus enchaînés, ça n’est pas toi.

Si je n’entends plus les rires d’enfants, la musique, les mots doux. Si je fais du silence mon refuge, ça n’est pas toi.

Si je ne trouve plus le bonheur à chaque coin de rue, si je ne l’attends plus. Si le verre pour moi n’est plus qu’à moitié vide, ça n’est pas toi.

Si je me tourne vers d’autres yeux, si je me donne à d’autres mains, si j’embrasse d’autres lèvres et griffe d’autres peaux, ça n’est pas toi.

Toi, tu m’aimes malgré la cage et fais briller le monde autour d’elle. Tu rends mes barreaux doux et fais pousser des fleurs autour. Tu m’entoures, tu me réchauffes. Tu ne me perds jamais de vue et tu accoures si je trébuche. Aucun autre n’est capable de ça. Aucun autre. Ça, c’est toi.

 

Cendres

Cendres

D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie seule. Je n’utilise pas cette expression pour signifier que je me suis toujours sentie « abandonnée », non. Ce que je veux dire plutôt, c’est que je n’ai jamais vraiment pu compter sur quelqu’un d’autre de manière aussi certaine que sur moi-même. Et pourtant… J’ai été une enfant. Les enfants s’en remettent à leurs parents. Quand donc cette assurance m’a-t-elle abandonnée ?… Lire la suite « Cendres »

Les femmes que j’aime

Les femmes que j’aime

Les femmes que j’aime ont les yeux grands ouverts. Elles savent voir plus loin que le creux de leur nombril. Les femmes que j’aime sont souriantes, bienveillantes, elles diffusent autour d’elles la joie de se savoir vivantes. Les femmes que j’aime sont lucides. Elles se trompent parfois (souvent) mais elles retiennent la leçon. Indulgentes, elles accordent aux autres le même droit à l’erreur. Les femmes que j’aime sont astucieuses et réfléchies. Leur sagacité effraie les perfides et intimide les superficielles. Les femmes que j’aime ne rivalisent pas, ne sont pas envieuses, ce ne sont pas des pestes. Elles n’ont rien d’un fléau. Les femmes que j’aime sont vulnérables, mais elles sont les seules à le savoir. Elles voient le verre à moitié plein…la plupart du temps. Les femmes que j’aime parlent haut et fort. Elles affirment, elles revendiquent, elles persistent. Mais elles savent écouter. Les femmes que j’aime ne savent pas à quel point elles sont belles. Elles ne misent pas tout sur le paraître. Elles sont.

Je les admire, et elles m’inspirent. Ce sont des fées qui gravitent autour de moi.