Fille facile

Fille facile

Les relations dites « illégitimes » ne sont pas un long fleuve tranquille. Les stéréotypes auront à voir avec les raisons de ces tumultes : les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches ; les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées. Musset avait raison. Nous sommes des êtres fragiles.

Cette fragilité est admise par tous. Elle excuse nombres de comportements excessifs et souvent, renforce même les liens. Une femme fragile est une femme dont les hommes aiment prendre soin. Elle peut être jalouse, et l’amant flatté s’attachera d’autant plus. Elle peut être fuyante, voire inaccessible, ce qui la rendra terriblement attirante. Elle peut être instable et il aura envie de la rassurer. L’excessive est admirée pour son caractère fort. L’impulsive est pardonnée car tellement pleine de surprises ! La difficile est adulée parce qu’elle semble hors du commun. Les hommes ont besoin de sensations fortes. Ils ont pour ces femmes-là les mots les plus vibrants et les intentions les plus folles.

Mais toi, tu es solide… Indépendante, constante. Tu es compréhensive, toujours partante, curieuse, audacieuse, accessible et gentille. Toi tu ne fais pas trop de bruit. Tu es là quand on le souhaite et tu t’éclipses quand il faut. On t’espère…mais quand tu es là, on te voit à peine.

Cette femme-là ne retient pas. Pas de suspens. Pas de peur. Et les hommes ont besoin de sensations fortes…

La fille facile c’est du miel : doux et délicieux, mais pas essentiel. On s’en passe et ça ne manque pas. Paradoxe injuste et implacable. Elle qui laisse son cœur sur sa peau (là où les hommes posent leurs mains) et qui s’est tant abîmée, à devenir si forte.

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Je te donne

Je te donne

Oui, comme dans la chanson. Tout ce que je vaux, ce que je suis.

Tout.

J’ose le dire et risquer de provoquer l’ire de ceux qui ont choisi de s’abandonner : on ne peut pas tout donner à tout le monde, comme on ne peut pas se donner entièrement à quelqu’un…sans rien attendre en retour.

Enfin si, on peut. Mais on y perd forcément des morceaux quelque part, dans tous ces esprits, ces corps, ces cœurs auxquels on lègue des parcelles de nous plus ou moins grandes sans la moindre reconnaissance de dette. Jusqu’à nous vider. Fondre. Disparaître.

Personne ne fait ça en étant pleinement heureux. Réfléchissez bien… Qui dit donner dit recevoir. Ce qui se vide ici se remplit là. Ce qui bouge de ce côté crée un mouvement de l’autre. Deux funambules avancent pas à pas, l’un avec l’autre sur le fil, chacun réajustant ses appuis après le geste de son partenaire. L’équilibre est délicat, à deux. C’est risqué et dangereux. Menaçant et terrifiant.

J’ai avancé dans un sens mais tu as marché dans l’autre ! Pourquoi ne m’as-tu pas suivi ?

Je t’ai tenu la main mais tu as continué à trembler… Me fais-tu si peu confiance ?

Je t’avais dit d’attendre mais tu as bougé quand même. Je ne peux pas croire en toi.

Les couples funambules demeurent rarement indemnes sur leur fil. Certains tombent. Certains font demi-tour. Certains avancent, tout proches, mais indépendamment. Certains trouvent des parades.

Je suis de celles qui prétendent marcher seules. Maquillée, diaphane, les yeux fardés et la bouche brillante pour ne pas que tu oublies que je veux te plaire. Passe d’abord, je t’observe. Montre-moi comment tu marches et j’essaierai de comprendre comment régler mon pas sur le tien.

Si ton pas me semble assuré et si tu insistes, je pourrai à mon tour te montrer ma manière d’avancer. La légèreté de mon pas. Si elle t’interpelle, tu lèveras la tête et tu remarqueras dans mon regard cet air déterminé qui te fera comprendre que je suis forte, que je suis tout à fait capable d’avancer sur le même fil que toi sans représenter un quelconque danger pour ton propre équilibre.

Sur le fil alors, deux voies s’offriront à toi. Avancer avec moi, confiant mais distrait, aussi loin que l’on puisse arriver. Ou prendre ma main…parce que tu l’as vue trembler quand je faisais ma maline tout à l’heure. Approcher ton corps du mien parce que tu m’as sentie fébrile quand je croyais paraître légère. Me chuchoter à l’oreille que tu es derrière moi. Et s’entendre respirer, frémir, soupirer, sourire, trébucher, tenir et recommencer.

J’ai l’air d’offrir à voir un spectacle bien rôdé. Maquillée, diaphane, les yeux fardés et la bouche brillante, le masque que je porte se confond avec ma peau. Il semble tellement évident que ma générosité ne tient qu’à ce que je donne…à voir.

Qui regarde au-delà ? Qui sait recevoir sans oublier de donner ? Qui donc pourrait l’avoir, cette improbable audace de vouloir régler son pas sur le mien ?