Sa tour de verre

Sa tour de verre

Du haut de sa tour de verre, il ne me regarde pas. Il ne m’entend pas non plus. Le bruit des machines occupe tout l’espace et se cogne aux parois, le rendant plus violent encore. Mais même à la violence, on s’habitue.

C’est ainsi qu’il a commencé sa vie, sans moi. J’avais pourtant mis tout mon amour là, dans mon ventre, avec lui. Mais ça n’a pas suffit. L’injustice… L’impuissance… La terreur… Ne même pas oser approcher cette petite flamme d’espoir qui brûle au loin, de peur de l’éteindre juste en respirant.

Et lui, dans sa tour de verre, livre chacun de ses jours de vie un combat titanesque : respirer, se nourrir, grandir. Rester. Ce que la plupart font naturellement, sans souffrance, sans peine ni efforts, est pour lui une guerre infanticide. Que font les parents quand leurs enfants sont en danger ? Ils les protègent, ils donneraient leur vie pour eux. Cela ne nous est pas accordé. « Tu le regarderas souffrir, et ça n’est pas toi qui prendra soin de lui« , voilà la sentence. Mais je n’ai pas su de quoi nous devions être punis…

Seul dans sa tour de verre, il a tout supporté : le masque qui lui encadrait le visage et lui enserrait la tête ne tenant qu’avec ces énormes sparadraps qu’il fallait changer régulièrement, lui déchirant la peau, pour en remettre d’autres exactement au même endroit. Le tuyau dans son œsophage qui lui permettait de manger là où d’autres profitaient du sein d’une mère. La pression des bracelets et des capteurs qui surveillaient ses constantes là où d’autres étaient bercés dans la douceur du coton. Les yeux qui brûlent à cause de l’oxygène. La douleur aux poumons à chaque passage de l’air. La peau en feu à chaque soin, et chaque caresse. Les piqûres, aussi, avec ces aiguilles qui semblaient toujours beaucoup plus épaisses que ses veines… Et l’étouffement, chaque fois que les machines déraillaient.

Et pourtant il n’a presque jamais pleuré. Pourtant dans mes bras, il semblait toujours serein, alors même que mon ventre l’avait abandonné… Pourtant il y avait de la douceur dans son regard et dans ses gestes. Il s’est battu avec rage mais sans haine. Avec constance et sans résignation. Sans savoir pourquoi, ce qu’il trouverait à l’issue de ce combat, ni même s’il en valait la peine. Comment a-t-on pu faire entrer tellement de courage dans un corps si minuscule ?…

C’est l’être le plus fort et le plus admirable que je connaisse. Il est mon seul véritable héros.

 

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Les mots

Les mots

Les mots permettent tout. D’inventer, de s’évader, de vivre, de revivre, ces moments avec #eux, ivres, où la magie se dispute au bonheur de jouir.

Les mots permettent tout. D’exprimer, d’avouer, de dire. Libérer l’intérieur, ce qu’on a au bout de la langue et sur le cœur. Ils savent ne pas mentir.

Les mots permettent tout. De troubler, de séduire, d’en jouer et de s’en jouer. Ils évoquent, ils suggèrent, ils implicitent. Ils allument et excitent l’étincelle dans les pensées de ceux qui ont envie de s’embraser.

…Quand je me les permets, les mots disent mes secrets. Ils sont impudiques, ils exagèrent, ils me dépassent. Ils paradent et paradoxent. Ils disent la peur et le désir. L’élan et le frein. Le oui et le mais. Ils disent malgré moi ce qui ne se dit pas.

Les mots permettent tout…quand on les reçoit.

Parce que je T’aime

En apprenant à vivre avec mon passé, en le laissant derrière moi, j’avais réussi à faire grandir la petite fille, à l’intérieur. J’ai appris à me connaître, je me suis affirmée, émancipée. Mais la femme que Tu as vu apparaître à sa place ne Te plaît pas. Elle est curieuse, impudique, libre…elle Te fait peur. Parce que je T’aime, je fais un choix. Lire la suite « Parce que je T’aime »

Paradoxes

Paradoxes

Etre comblée…se sentir vide. Etre entourée…se sentir seule. Etre aimée…se sentir seule. Avoir envie de hurler…se taire. Avoir envie de s’échapper…rester. Avoir envie de pleurer…sourire.

Avoir peur…rassurer. Avoir envie de lâcher…tenir. Sombrer…faire face. Vouloir prolonger la nuit…se lever tous les jours. Se sentir fragile…se savoir solide…désespérément.

Attendre le soleil sous la pluie. S’épuiser en cherchant l’arc-en-ciel. Tenir debout…pas pour moi. Avoir froid…ne pas même frissonner. Cacher. Enfouir. Finir par aller mieux.

…Jusqu’à la prochaine fois.