Seule

C’est un trop plein dans un grand vide, ces mots sur cette page blanche. Mes émotions entachent mon être comme l’encre ce papier. Je ne sais pas comment on efface. J’essaie, je m’agite, je frotte frénétiquement mais je n’arrive qu’à me fatiguer. Les taches sont toujours là. Si ça n’était que des taches… Mais elles brûlent, vous savez, comme un satané acide. Je ressens la blessure de chaque caractère, le coup de chaque éclaboussure qui m’affleure et m’affecte et me fige. Et je coule, loin sous la surface. Je plonge et je suis seule. Lourde, encombrée, embarrassante, piquante et sale. Sale de toute cette suie, de toute cette crasse jamais lavée. Malodorante.

Pourquoi ?

Pourquoi ça me rattrape, alors que j’avais l’impression d’avoir nettoyé tout ce que je pouvais, qu’à défaut de briller j’etais au moins vivable, pas neuve, mais pas délabrée ? Moi-même je ne peux plus m’habiter. Ça grince, ça tremble, ça s’effondre, ça s’effrite. Moisissures et parasites jonchent tous les interstices. Les rires et la lumière ne m’arrivent plus que de l’extérieur, par quelques fenêtres laissées ouvertes pour m’aérer, mais que je referme une à une, avec les volets.

Et pourquoi j’ai honte ?

Parce que je suis une femme, et que beaucoup mettront ma détresse sur le compte de mes hormones ? Parce que petite, on m’a interdit de pleurer car il y avait plus grave sous notre toit ? Parce que j’ai mis toutes mes forces à grandir seule et à me construire avec pas grand chose et que c’est un putain de constat d’échec ? Tout ça pour ça ? Vraiment ?

Mes fondations reposent sur des sables mouvants. Plus je m’agite, plus je m’enfonce.

Il faut toucher le fond pour rebondir, il paraît. J’y suis presque. Je verrai bien.

.