Il me restera les mots

« Quel est le truc le plus fou que tu aies fait par amour ? »

Moi, j’ai éteins une flamme. Une petite flamme qui brillait en moi. Vous l’avez sentie vous réchauffer peut-être, au détour de quelques textes ici ou de quelques gazouillements, là-bas. Je continuerai de l’inventer, peut-être. Sans doute. Les mots, eux, permettent tout.

Je l’aime. Ce qu’on a construit ensemble est précieux. Notre vie est un joyau dans un écrin et j’ai beau être capricieuse, je mesure bien mes privilèges. Je l’aime et je soigne ses plaies. Je suis bien plus que lui résistante à la douleur.

Je lis partout autour de moi les amours libres et les corps possédés. J’écoute les bruissements très proches de liens qui se nouent sans qu’aucun anneau ne se brise. Je n’aurais pas cru que ce soit possible si je ne l’avais pas vu exister. Je n’aurais pas eu à y renoncer si je n’y avais pas goûté. Quelle folie… Et pourtant je n’aurais pas su faire autrement. C’est un mécanisme que j’ai acquis : n’ayant jamais été validée ni même soutenue dans aucun de mes choix, dès l’enfance j’ai appris à agir seule, selon mes propres règles. Je n’étais pas habituée à ce que quelqu’un en souffre. A ce que quelqu’un m’aime au point d’en souffrir. J’ai appris. J’apprends encore. Et j’en conclus, après toutes ces batailles, qu’il faut bien que je change de chemin. Que je réalise que je n’avance plus seule.

On me dira que non, que l’amour ça n’est pas ça. Qu’aimer c’est laisser l’autre s’envoler, être libre, suivre son chemin et garder confiance. Qu’on n’aime pas dans une cage. Qu’on ne renonce pas à soi par amour. En vérité je n’ai jamais su si ces choses-là étaient des vérités générales ou des cas particuliers et j’ose jeter ce pavé dans la mare : l’amour n’est pas un idéal omnipotent.

Bien sûr, j’aurais préféré autre chose. J’aurais préféré pouvoir faire ce qui me plaît et rien que ça sans jamais me sentir coupable. Sans lire dans les yeux de la personne qui compte le plus pour moi cette souffrance qui me déchire le cœur et qui prend la forme d’un profond mépris pour ces ailes qui m’emmènent si loin, pour ce feu qui brûle si fort. J’aurais préféré voir la lumière au bout du chemin et y plonger avec sa main dans la mienne. Mais cet homme qui m’aime a besoin que je ne sois qu’à lui. Et qui le lui reprochera ?…

Je vais noircir de colère, de dépit, de déception et d’amertume cette facette de moi qui au lieu de l’éblouir, l’effraie. Je l’enterrerai sous l’envie et la jalousie et l’écraserai comme je bous maintenant de piétiner votre liberté, vos échanges constructifs, vos belles complicités et vos dénouements heureux. Je me saoulerai enfin de rêves et de fantasmes qui me rendront ivre de désir avant que je les vomisse, drapée dans la fatalité, celle qui me crie depuis toujours que les fins heureuses ne sont pas pour moi.

3 réflexions sur “Il me restera les mots

  1. Ceux qui diront « un couple doit être ceci ou permettre cela », en en faisant une règle générale, se trompent… Il y a des modèles, mais il y en a plusieurs, et c’est de toute façon à chacun de construire sa voie comme il le veut … comme il le peut !
    J’ai quand même ma généralité à lâcher : pour moi, un couple, c’est 1 + 1 = 3. Il y a soi, il y a l’autre, et il y a le projet / la dynamique commun(e). La difficulté est là : tu ne devrais pas plus t’effacer pour l’autre que tu ne pourrais effacer l’autre.
    Tu as voulu goûter ta liberté, aussi entière qu’il te fut possible, et tu as vu sa souffrance.
    Tu as ensuite décidé que sa souffrance importait plus que cette liberté, alors tu poses un mouchoir de satin et de dentelles sur tes envies, pour hashtag-lui. J’ai le sentiment que le point d’équilibre n’est pas là (comme le gronde le dernier paragraphe de ton texte), mais je suis bien incapable de te dire où il se trouve…

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  2. Un texte que je découvre maintenant à peine, qui fait écho à tant d’autres mots, maux, que tu écris.
    Je n’ai aucun conseil, rien n’est simple, rien n’est évident.

    Doit-on, peut-on, pour l’autre, se perdre soi-même ?

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