Ainsi donc, m’y voilà de nouveau. Toujours, la saveur d’une rencontre se transforme en arrière-goût, et cela arrive encore plus vite quand on y a mélangé la distance et le temps qu’on ne peut plus s’offrir. Je le sais, pourtant.

Dans ma cour de récré, je me surprends à reproduire ces comportements que je déteste. Je vérifie s’il me regarde tandis que je m’éloigne, et il a déjà tourné le dos. Je voulais être l’exception dans la cour et j’ai été une agréable camarade de jeu. J’observe les autres, j’envie le temps qu’ils partagent autant que je regrette de ne plus en avoir avec lui. Je lis sur ses lèvres les mots qu’il a pour elle(s) et je vois ses yeux briller tout autant. Je lui fais des signes de loin et il répond poliment… On ne manque pas dans nos vies d’expériences pour ancrer ce phénomène de « l’après » au fond de soi : c’est la fin d’une après-midi à la fête foraine, de la première nuit chez une copine, de la première boom, c’est la fin de soirée quand il faut quitter ses amis, c’est le soir de notre anniversaire ou celui du 25 décembre. C’est quand le rideau se referme et que les lumières s’éteignent. Le regret du temps qui passe trop vite et d’une liberté qui n’est jamais totale.

Je le regarde… Et c’est à moi que je pense. En moi ce besoin d’exister est toujours aussi présent, le puits sans fond résonne toujours et j’y entends l’impatience, l’inconstance, l’excès. Je vois venir de loin les simagrées et les caprices mais aujourd’hui je fuis, et je parviens à contempler ça du haut de ma fenêtre fermée en étant heureuse d’être là où je suis. J’ai pesé le pour et le contre, de nombreuses fois. Je n’attends plus de l’autre qu’il me rassure sur ce moment vécu, l’intensité partagée, le souvenir indélébile et singulier que je voudrais laisser ni sur le fait que ses yeux brillent encore quand il pense à moi. Je n’attends plus qu’on me regrette. J’accepte qu’on m’oublie. Je prends l’instant tant qu’il dure et je passe à la caisse en ayant très bien anticipé ce que ça allait me coûter.

Je ne vais pas crier jusqu’à ce qu’il me regarde. Je ne vais pas l’interroger pour savoir ce qu’il pense. Je ne vais pas insister pour qu’il m’accorde une partie de ses récréations. Je vais refermer ma fenêtre, changer mon champ de vision et rester bien au chaud dans le cocon de mes souvenirs, sous le ciel souvent surprenant des possibles, dans le vent de ma liberté. Bien sûr (soyons honnêtes) je vais guetter la cour. Je vais évidemment être à l’affût des petits cailloux que j’entendrais cogner à la fenêtre. Je me suis trompée, parfois, en me laissant oublier. Certains ne se sont pas contentés du souvenir, ils ont construit des échelles en papier pour remonter jusqu’à moi, ils ont écrit sur les vitres leurs envies d’encores, ils ont attendu mon regard puis l’ont soutenu jusqu’à y voir de la confiance. Les effets de manche ne m’impressionnent pas, je sais discerner la profondeur d’un lien de l’ardeur d’un désir et, c’est un privilège, je sais que j’ai le choix entre ces deux qualités de fil. Il faut juste que les envies soient les mêmes, d’un bout à l’autre. Et finalement c’est là le sens de ma quête. Seules les intentions spontanées trouvent un écho en moi tout comme je laisse s’exprimer les miennes jusqu’à ce que je sente que je tire trop sur la corde. C’est là et seulement là, que je décide de la lâcher.

Le temps qui passe, l’urgence de vivre, l’exigence qui s’accroît, tout ceci fait que je préserve mes mains des brûlures. C’est toujours trop long à cicatriser.

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3 réflexions sur “S’éprendre. Comprendre. Apprendre.

  1. Des lieux, la temporalité, un nid, des moments, la chaleur, la Seine près du point zéro de vos envies.
    Fermer les yeux et se souvenir.
    Sourire et oublier tout pragmatisme ;-p
    Il est des moments qui ne s’effacent pas.

    Aimé par 1 personne

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