J’ai lu ça comme on se prend une gifle : « Tu ne t’aimes pas. »

Analysons cette phrase qui de prime abord, comme n’importe quel coup, provoque en moi un mécanisme de défense. Inspiration… Avant de rendre cette gifle, est-ce qu’elle dit vrai, est-ce que je m’aime, comment je m’aime ?

Il m’a fallu moins d’une minute pour que j’admette cette vérité pathétique. Je ne m’aime pas. Et voilà que je me sens tout à coup comme Linda, l’héroïne de Paulo Coelho (et ça n’est pas un compliment). Expiration

As-tu lu ce livre : « Adultère » ? L’auteur -qui est un homme, donc- plonge non sans une certaine clairvoyance dans l’esprit tourmenté d’une trentenaire issue de la haute société genevoise. Le lieu commun de la femme qui a tout, qui mène une vie idéale, mais qui malgré ça est malheureuse est exploité jusqu’à la moelle. Au bout d’une centaine de pages (alors que toi, tu l’auras compris en page 3), Linda se rend compte que quelque chose lui manque. A l’orée de cette dépression, pour Paulo, la solution à l’ennui c’est la passion amoureuse.

Mais Linda est un peu cruche… Ou l’auteur se leurre sur la psychologie féminine… Ou encore il a de la femme une vision outrageusement simpliste et dénigrante… Ou les trois. Bref, elle ne se rend pas compte qu’en réalité la solution est en elle, et non pas entre les mains de cet ancien flirt de lycée qui se contrefiche d’elle, dont elle se rappelait à peine, mais dont elle tombe éperdument amoureuse en deux rendez-vous de moins d’une heure.

Et après ? Qu’est-ce que ça changera dans sa vie ? Allons, allons, monsieur Coelho… Soyons sérieux…

Et pourtant… Me voilà, moi, comme ce personnage dans les ficelles de cet auteur : aussi inepte, évaporée et naïve. La vérité c’est que comme elle, je me sers des autres pour soigner mon mal. Comme elle, je me mets au défi de plaire. Comme elle, j’en retire des satisfactions intenses mais éphémères. Et comme elle, je ne résous rien.

Alors j’ai un message pour toi qui me lis. Et il tient en trois mots : aime ton enfant.

Ne l’aime pas au fond de toi sans le lui dire. Ne l’aime pas à coups de sacrifices implicites. Ne l’aime pas à travers son autre parent. Ne l’aime pas que quand il ne dérange pas tes plans. Ne l’aime pas que quand il te permet de briller aux yeux des autres. Ne l’aime pas à coups de cadeaux, de confort matériel et d’argent. Ne l’aime pas parce qu’il remplace quelqu’un. Ne l’aime pas parce que c’est mieux que d’être seul(e). Ne l’aime pas pour qu’il te sauve, toi ou ton couple. Ne l’aime pas parce qu’il le faut, parce que c’est la norme et que la société t’y force. Ne l’aime pas « après » quelqu’un d’autre. Ne l’aime pas à mi-temps.

Trouve chaque jour un moyen de lui dire que tu l’aimes, et arrange-toi pour que ce soit très explicite la plupart du temps, à coups de « je t’aime », de « je suis fier de toi » et autres « j’ai confiance en toi ». Ne le fais pas entrer en jeu dans des choix qui ne le concernent pas. Aime-le pour lui-même, pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il te rappelle. Accepte que parce qu’il est là, tu ne peux pas te comporter comme si tu étais seul et indépendant. Aime-le malgré ses erreurs, même quand il fait des mauvais choix. Inscris au plus profond de tes certitudes que ton argent n’aura jamais l’odeur de l’amour. Aime-le comme l’être singulier qu’il est et dis-toi bien qu’il n’a rien à remplir ni à compenser. Aime-le sans raison, sans condition. Aime-le à égalité, parce que l’amour se multiplie. Aime-le tout le temps, même quand il n’est pas là. Maintenant et pour toujours : aime ton enfant. Fais-toi aider si tu n’y arrives pas.

Sinon il ne saura pas qui il est. Il cherchera toute sa vie l’amour que tu ne lui as pas donné et crois-moi, il ne le trouvera jamais : parce que l’amour d’un parent, on ne le trouve nulle part ailleurs. Il mettra longtemps à comprendre qu’il n’y a qu’en lui-même qu’il peut trouver les clés de l’estime de soi, mais il ne saura pas comment on s’aime si tu ne lui as jamais montré. Tu laisseras en lui un puits sans fond qu’il essaiera de combler en vain. Il sera malheureux, épuisé de cette quête impossible.

C’est toi qui l’auras condamné à cette damnation. Et la sienne ne sera pas qu’un mythe, elle sera réelle. Et comme toutes les damnations, elle sera éternelle.

 

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3 réflexions sur “Tu ne t’aimeras point

  1. Je leur ai dit chaque jour de leur naissance à leur 10 ans au moins, parce que je connais moi aussi ce trou béant que nous portons quand nous avons des doutes sur cet amour. Et je.continue de leur dire, de leur montrer dès que possible.
    Tu as raison, il est si fondateur et crucial cet amour qu’en son absence, nous courrons après chaque jour, à chaque relation. Ce doute est de l’ordre de existentiel… et il nous habite. J’ai parfois l’impression qu’il diminue un peu… mais il revient dès que la situation est instable.
    J’ai quand même envie de te dire « Aime toi ! Personne ne pourras le faire pour toi. »

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  2. Texte très touchant.
    Au delà de l’amour exprimé, belle idée presque galvaudée, il y a à la suite de cela un élan puissant et stabilisateur, qui s’appelle la bienveillance.. idée tout aussi belle, précieuse, et hélas trop déconsidérée..

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