J’ai reçu de toi la fleur de ta peau. J’ai pris dans ton regard cette intense douceur dont tu as le secret, celle que j’ai aimée tout de suite, même quand elle ne me regardait pas. Je l’ai revue aujourd’hui, au hasard d’une photo, se poser sur une autre, et j’ai de nouveau ressenti sa chaleur. Je me suis dit que je ne t’avais jamais remercié pour ça. Et de fil en aiguille, j’ai tissé ce « jamais » dans ma mélancolie.

Alors je t’écris.

J’écris mes regrets de n’avoir pas pris soin de toi, d’avoir froissé ta voile parce que je ne pouvais pas être le vent qui te porte, d’avoir saccagé le pont parce que je ne pouvais pas y embarquer, d’avoir détruit la barre et le safran pour que tu ne m’emmènes nulle part, et dans un élan dévastateur, d’avoir aussi brisé le compas sans penser à tout ce temps qu’il te faudrait pour le réparer. Sortir la tête de l’eau et retrouver le Nord.

J’écris mes aveux désemparés, ceux qui m’empêchent de te regarder après ça. Ceux qui mettront à jamais de la distance entre toi et moi. Ceux dont je garderai toujours le goût. Je sais ce que j’ai fait, et ce que j’ai perdu.

J’écris ce que j’ai conscience d’être, cette femme dangereuse, capable du pire quand elle est malheureuse. Capable de jeter violemment un cadeau précieux quand elle se dit qu’elle ne le mérite pas. Capable de blesser celui qui voudrait lui donner ce qu’elle ne peut pas rendre.

Je n’écris pas pour que tu me pardonnes mais je te présente mes excuses, gorgées de sincérité. Je les pose là sur le pas de ta porte, discrètement, sans déranger. J’accepte l’ombre entre toi et moi. J’assume que les mauvais souvenirs supplantent les meilleurs. Je les garde avec moi. Ils prennent la place des erreurs commises, pour que les mêmes ne s’y réinstallent pas.

J’écris le beau dont je ne me souviens que trop. Ce que tu es, ce que tu restes. Es-tu conscient au moins de ce que tu offres ? Es-tu fier de te tenir là, debout, et de tenir sa main ? Tu dois l’être. Cet homme qui tend les mains avec tout ce qu’il a de bon dedans, sans rien garder pour lui, cet homme qui regarde et qui voit, cet homme qui soutient même s’il doute, c’est toi. Une incroyable générosité, tourmentée mais pure. Une belle âme dans un corps fait pour aimer.

Je garde pour moi tout le reste. Ce que je ne pensais qu’à nous deux mais que je t’imagine partager, aujourd’hui. Ce qui n’appartient qu’à moi et que je n’expose pas. Je n’oublie rien. Je me tiens à l’écart. Et j’apprends.

 

 

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