Les connexions intellectuelles sont rares sur le site, l’expérience nous apprend à en faire le deuil rapidement et d’en saisir les bribes quand celles ci se présentent. La démarche libertine apparaît bien souvent dans un jeu de clair obscur ou les intentions révélées trop rapidement altèrent la mécanique du désir pour se contenter de la seule chair… Je trouve dans les mots de cette femme, une finesse de lecture de la psyché masculine rarement éprouvée, jamais arrogante dans les possibles contradictions de mes dires et respectueuse du lien ainsi constitué. Il me semble clair qu’elle n’est point atteinte du syndrome de la princesse, qui affecte tant de femmes et nuit tant aux relations sincères, obligeant chacun à se mouler dans des postures inauthentiques et aliénantes. Les premiers écrits échangées témoignaient d’une intelligence, d’un goût des mots et d’un amour des relations autres… Comment, de mon point de vue, ne pas apprécier la direction et la saveur d’une rencontre qui prendrait le temps, qui respirerait la personne avant de s’y plonger de la plus charnelle des façons.
La composition d’une manière de se rencontrer autre, originale et légèrement contrainte dans la forme, excitait mon âme, demandait une assise complètement inédite et une posture sensuelle enfin non consommatoire… Cette femme comprenait mon exigence, la devançait même en émettant des propositions qui ne faisait que renforcer le désir d’elle… Le noir total, le silence potentiel, les prémisses d’une danse érotique qui satisfait mes appétits de retenue et de domination de mes pulsions, summum érotique si peu rencontré…

La lumière s’éclaira dans la montrée de mon immeuble… cet instant mit en route une excitation toute autre, celui de la réalisation, de l’incarnation des mots dans une personne physique, qui me plaît autant par son exigence, sa prudence et sa fébrilité dite (mais peut être feinte) que par la promesse éventuelle de son corps que je ne connais pas encore… Le bruit des pas dans mon couloir, l’approche à la fois lente et rapide et son apparition dans l’encadré de ma porte est une apogée pour ma cérébralité…Un orgasme intellectuel me saisit déjà… Elle l’a fait, sans ciller, avec une détermination et une facilité que seules les femmes de caractère possèdent… Enfin, une libertine à la hauteur de mes prétentions libidinales ? En suis je sûr ? Pas encore… Les premiers mots échangés me disent des choses d’elle et de moi. J’entends sa joie d’être là, son plaisir d’être dans l’interaction comme un défi suggéré, une assurance que je sais feinte en partie… Son habitude m’impressionne mais m’excite à la fois… Je m’entends bégayer, chercher des mots mais, habitué à ma propre sensibilité des instants heureux, je n’en fais cas… Je sais que commence une danse sociale (le rituel du paon en somme) qui ne prendra pas les chemins évidents de la séduction conventionnelle… Pourtant, je sens qu’elle le souhaite implicitement, jouissant des rôles sociaux imposées mais sans l’alimenter d’une façon vulgaire… Elle est dans une retenue qui n’en est pas une, me dit des choses sur son expérience que je n’avais pas questionné. Sa timidité déclarée dans le virtuel est bien loin… Je me sens bien, sa voix me porte depuis le début et l’éloignement physique, que je souhaite faire durer jusqu’à ce qu’elle s’inquiète de ma capacité à me rapprocher d’elle, devient très contrariant. Les silences dont nous avons l’habitude sont une manière de sourire de la situation : tous deux savons exactement ce qui se trame, la délectation de l’instant en est décuplée…

Aussi, pour signifier que nous ne sommes pas là seulement pour déguster de la mortadelle italienne, mon rapprochement presque soudain de sa personne se fait par son annonce plutôt que par sa demande de consentement… Je sais que ces femmes n’aiment pas qu’on leur demande, elles aiment que les hommes fassent… Je trouve ça délicieusement désuet (dans ma conception des relations hommes/femmes) mais consent à jouer ce rôle, n’en ayant que peu à disposition sous la main qu’elle ne saurait interpréter, je jouis de l’indicible de la situation… Les premières caresses et touchers provoquent en moi une émotion rare. Elle comprend cette lenteur, elle saisit le plaisir du tactile et l’apprécie en retour. La danse avec les mains surpasse toutes mes attentes… Le rapport à la peau, le rapport à l’odeur, le rapport au corps et cette manière de rire de mes soupirs, de mes contrôles de pulsions me transportent ; cette femme est connectée à moi, elle respecte ce que je suis et prend plaisir à la relation. J’insiste sur la retenue, m’accroche à la règle, puissante tension entre le désir et la frustration. Nous sommes indéniablement dans ce que je préfère. Notre premier baiser, faisant suite à des effleurements de lèvres d’une sensualité extrême, est une victoire et une défaite de nos intentions premières. Je sais qu’elle ne tiendra pas notre règle, j’en suis déçu et heureux, la confusion des sensations m’emmènent au plus haut sommet d’un érotique que je n’avais que très peu cru pouvoir réaliser un jour.

Joueuse de haut vol, elle s’amuse de la situation. Elle nourrit alors le déséquilibre, la tentation, la perte de contrôle, le déni de la règle. Je la retiens et alimente à la fois, elle fait de même. Nous sommes deux danseurs de la fin des temps raisonnables. Le déshabillé de sa poitrine signe l’inéluctable, la défaite des discours et le couronnement de l’assouvissement du désir… Je veux et ne veux pas… Cette bien plaisante torture multiplie mes soupirs. Je sais qu’elle ne les comprend pas, ou mal, mais je laisse ceux-ci me dire, là ou les propos raisonnés ne disent jamais. Me voilà à nu devant l’inconnue qui m’envisage sans me voir, qui me connaît sans me comprendre. En la retournant contre la porte, lui caressant son humide entrejambe et respirant sa nuque aux odeurs et douceurs enivrantes, je sais que nous allons brûler une étape. La tentation étant ce qu’elle est, j’y consens par goût pour les franchissements d’interdits…

Elle ôte son chemisier pour révéler plus de peau, qu’elle offre comme un défi à mes caresses. Je suis surpris par le geste, heureux de découvrir une poitrine sublime et interrogatif sur le sens de son action. Me retenir de tous les fondamentaux de ma libido est une joie sans nom, elle me tente, je me contrôle, je la tente, elle se contrôle. Notre jeu est divin. Je sais que la tentation brûle nos principes, je vois qu’elle en joue, en adoptant une posture bien connue qui semble me dire : je veux et ne veux pas… que fais tu avec ça… bonhomme ? Ne pas tout lui donner de suite devient mon objectif mais je connais mes faiblesses : si elle alimente, je n’aurais que peu de capacités à retenir mes élans. Je déteste contredire mes principes et elle fait tout pour les faire vaciller. Le combat contre moi même, contre l’appel de la peau et contre les milliers de directions possibles me procurent un plaisir très puissant. Je songe à ma précédente rencontre où dans des configurations différentes, les étapes avaient été brûlées en une fois, ou une heure après avoir fait connaissance avec cette polyamoureuse insatiable, qui m’avait pourtant juré la chasteté de nos premiers échanges. J’avais mal aux doigts de pincer si fort, à sa demande, ses tétons. Les gorges profondes et les anulingus prenaient place avec si peu de connexion et de discussion et en si peu de temps que voyais là, encore une fois, l’impétuosité de la libertine aguerrie, jouant la dramaturgie du « jamais le premier soir » mais dès la première minute. Je ne voulais réitérer cette expérience. Cette femme ce soir dégage un quelque chose que je ne veux pas connaître de suite… Mais je connais ma damnation face aux élégances féminines ; point de salut devant l’évidence de la peau. La sienne est douce avec une odeur à laquelle je ne peux résister, la paume de sa main est chaude et parcours mon corps jusqu’à l’irrésistible. Je la lève de notre entremêlement et l’amène à la porte de mon placard pour plaquer son corps contre, embrasser sa nuque, respirer le fumet délicat qui s’en dégage, sentir sa poitrine contre mon torse, saisir sa chevelure en délicatesse et me retenir de la saisir plus fortement, sentir ses réactions. Percevoir son positionnement dans l’imperceptible m’évoque cette poésie de la relation à laquelle j’aspire. Le retrait de son soutien gorge révèle une poitrine sublime que je ne veux butiner tout de suite. Démons et pulsions assaillent mon être. Puis je la bascule à nouveau vers mon canapé. J’ai envie de déguster son corps, de le parcourir de ma langue, de mes lèvres, de mon souffle. Le retrait de son pantalon laisse découvrir un porte-jarretelles, des bas et des jambes au dessin remarquable… Cette offrande affole mes sens mais perturbe ma raison… Que souhaite-t-elle signifier par cet attribut ? Le oui et le non unis dans une même proposition ? Cette éventualité souligne et confirme la rareté de la personne que j’ai en face de moi, sous mes mains, et bientôt sous ma langue. La complicité faisant bien les choses, elle est sensible de l’épine dorsale et je m’y plonge avec délectation. Je regrette de ne pouvoir résister à caresser son entrejambe. Signe de l’inéluctable, je brûle de l’intérieur, ma maîtrise en est affectée. Je lui en veux de me tenter à ce point, de jouer sur le fil de nos résistances qui ne sont que des aveux de nos désirs naissants. Mais j’admire comme elle baisse la garde sans jamais vraiment l’avoir levée. La dégustation de son sexe, si doux, si humide et si offert provoque en moi des émotions incommensurables. Me voilà à la merci de son plaisir et du mien. Me voilà soumis à nos faiblesses et je prends plaisir à lui faire adopter des positions indécentes… J’aime la voir écarter ses jambes avec si peu de retenue, la voir contredire les principes que nous avions énoncés. La victoire et la défaite, la perte et le gain, le oui et le non me sont donnés à travers l’offrande de son sexe au goût délicat, aux lèvres que je devine de la langue, au clitoris que j’aspire… A cet instant, je sais que ma raison est partie faire un tour, lasse de ne pas être entendue… Je m’abandonne à cette chatte, me soumets à son appel, je jouis des petits cris et gémissements que cette femme commence à émettre. Leur sonorité est un enchantement, la plus belle musique, dis-je en bon gynolatre que je suis.

Mes doigts en elle provoquent des tressaillements, signe d’un plaisir manifeste. Je sais que nous avons perdu, que nous allons tout droit vers l’inéluctable de la pénétration. J’aurais aimé qu’elle me dise de cesser, qu’elle me glisse un « non, Rodrigo, tout ça n’est que folie, que faites vous de ma vertu… » en se tenant le front et en minaudant sur le décès prématuré de la morale de l’instant. Elle ne le fit point…et me demandât à son tour de me lever. Sa bouche généreuse accueillit à son tour mon sexe qui avait initialement le goût et la forme de la défaite que nous étions en train de vivre. Elle en obtient au gré de va-et-vient experts une dureté acceptable et provoque en moi des ondes de plaisirs. J’aime la voir lubrique. J’aime l’entrapercevoir allant et venant sur mon sexe, me donnant en retour le plaisir que je lui ai donné. Je ne souhaite aller plus loin, je nous hais d’y succomber. La renverser sur mon fauteuil est le point d’orgue.Je ne veux pas la pénétrer. Je le fais quand même… Mon sexe est plus raisonnable que ma lucidité en charpie (cette même raison revenue de sa promenade et qui, assise au coin de son fauteuil, regarde avec consternation l’abandon précipité de nos intentions premières). Ma fatigue de la semaine, les coups portés à la maîtrise toute relative de mes pulsions signeront l’arrêt de l’acte. Elle consent à se finir sous mon œil lubrique dans le spectacle d’une masturbation commune. Elle est sublime, femme jusqu’au bout de son plaisir, indécente et audacieuse, généreuse et impudique. Maintenant je sais où nous pouvons aller, le dévoilement d’un mystère, celui que les mots des discussions virtuelles n’auraient jamais mieux exprimés que cette première entrevue me ravit sur le lien qui se forme, sur les promesses qu’il dessine, sur l’envie de revoir naître l’intensité qui se dégage de nos présences conjointes. Aurais-je trouvé une personne à la hauteur de mon aspiration pour un libertinage différent ? Serait-ce celle qui consentira à jouer avec moi une partition à la fois cérébrale, sensuelle et sexuelle dans une union rare, précieuse, sublime ?

Les derniers mots de son dernier mail m’invitent à penser que oui. Mots dont je partage la saveur. Impatience. Encore…

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