Face à lui je prends la dimension de cette carapace qui m’entoure, et dont je ne percevais même plus l’épaisseur. Il m’offre sur un plateau les marques de son attention, de son affection même. Et je ne me sers pas.

Je revois en lui celle que j’étais et qui doit encore dormir quelque part au fond de moi. Et je me conduis face à ça comme tous ces hommes rencontrés dernièrement l’ont fait vis à vis de moi : avec distance et détachement. Inversion des rôles. Prise de conscience.

Il est attachant. Véritablement. Il a les mots : ceux qui touchent et qui caressent, les doux, les tendres et les brûlants. Il tend la main et on voit son cœur dessus. Il a encore les yeux qui brillent, la fougue, et l’impatience de la prochaine fois. Il a à cœur de vous montrer que vous êtes unique et singulière et de vous le prouver, s’il vous sent perplexe.

J’ai été moi aussi cette femme qui entretient le lien, qui alimente de « luis » ses pensées quotidiennes, envoyant des clins d’œil, des clichés bien choisis, tantôt sensuels, tantôt provocants ; cette femme qui attend leur réaction, leurs relances et rebondit sur les envies qu’elle suscite ; celle qui s’enrobe de leur désir, se pare de leurs fantasmes et se réchauffe devant l’âtre de la passion ; celle qui ressent, qui s’implique, qui aime…à sa manière. Aimer… J’aurais mis du temps à accueillir ce terme. Et c’est au moment où enfin je l’accepte que je me rends compte que je ne suis plus cette femme-là.

Comment est-ce arrivé ? Des déceptions sans doute, mais pas seulement. Je prends conscience de ma dualité, d’un paradoxe sur lequel je n’avais pas mis de mots jusque-là et qui se révèle être une impasse : je le nommerai le paradoxe du fruit défendu. La pomme n’est faite que pour être croquée dans l’instant, sinon elle jaunit, se flétrit et pourrit. Elle n’a rien à offrir de plus ni de plus beau que sa saveur : ce goût sucré et acidulé qui coule dans la gorge puis qu’on oublie… A moins d’avoir plusieurs pommes dans son panier. Et puis une pomme en vaut bien une autre. Quand on naît pomme, pas moyen de se démarquer. Et pourtant, elle rêve d’être unique et inoubliable, d’être aimée et dégustée doucement, interminablement, d’être gardée. De durer. Mais il n’y a guère que dans les contes de fées que les rêves deviennent réalité.

Je garde donc ce rêve enfoui. Et à ceux qui auraient envie de me croquer avec mesure et parcimonie et de me conserver longtemps, au chaud, dans un écrin de tendresse, j’offre le visage d’une pomme sèche, altérée et amère.

Un panier de pommes. C’est bien maigre quand c’est le cœur, toi, que tu mets dans tes mains…

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Une réflexion sur “Lui e(s)t moi

  1. Le miroir déforme parfois le reflet, et si les courbes semblent dessiner une pomme, la réalité est peut-être plus complexe. Un panier de pommes c’est bien maigre, je suis d’accord, néanmoins, très chère, j’en ai la certitude, vous êtes bien plus qu’une pomme…

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