D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie seule. Je n’utilise pas cette expression pour signifier que je me suis toujours sentie « abandonnée », non. Ce que je veux dire plutôt, c’est que je n’ai jamais vraiment pu compter sur quelqu’un d’autre de manière aussi certaine que sur moi-même. Et pourtant… J’ai été une enfant. Les enfants s’en remettent à leurs parents. Quand donc cette assurance m’a-t-elle abandonnée ?…

J’ai commencé très tôt, je crois, à taire mes souffrances. Il y en avait de plus grandes juste à côté, je ne voulais pas en rajouter. Alors j’ai cessé d’exister à leurs yeux. J’ai fait mon chemin, bon gré mal gré. Je me suis entourée d’amis. Et puis…il y a eu les hommes… Je les ai tous mis à l’épreuve : j’ai voulu savoir jusqu’où ils m’aimeraient. J’au tendu la corde, le plus possible. Elle a toujours lâché…à une exception près. C’est le seul lien auquel je crois.

Je me suis cherchée dans d’autres yeux, d’autres lits, d’autres reflets d’autres « mois« . J’ai appris qu’en donnant son corps on donne aussi son âme, mais qu’#ils ne le savent pas toujours. Il faudrait leur dire, d’ailleurs…

J’ai découvert qu’on paie la liberté et l’évasion au prix de la déception. Parfois ça les vaut…

J’ai appris que j’étais invincible mais ça ne m’a pas suffit. J’ai voulu être invulnérable mais ça n’a pas marché. Quand on se relève à chaque fois, tout le monde pense qu’on est solide, et quand on nous considère solide, on croit que rien ne nous abîme véritablement. #Ils ne voient pas les rayures, les bosses, les cicatrices. Mais comment leur en vouloir ? Ils appuient dessus sans que je ne me plaigne jamais. Enfin si, j’ai dû le faire une ou deux fois…mais je ne sais pas choisir à qui, je vise mal. Etre regardée, ça n’est pas être aimée. Je suis une cruche, je confonds toujours…

Mes barricades sont sûres. Elles font de moi quelqu’un de dur, de froid, d’inatteignable, et c’est heureux. Face à elles, il y a les pleutres qui se diront que je me prends pour une châtelaine, alors que je suis en guenilles ; les conquérants qui auront envie de prendre cette place forte pour accroître leur pouvoir ; et les chevaliers qui chercheront la princesse à sauver. Je les voir venir, et je les reconnais tous. A coup sûr.

Du haut de ma tour, moi, c’est le promeneur que j’attends. Celui qui sait admirer sans s’approprier, revenir à ce qu’il apprécie même si le chemin est cahoteux et s’il faut faire des détours, semer des cailloux, accrocher des rubans dans les branches et faire des signaux de fumée pour que je ne le perde jamais vraiment de vue. Celui qui verra du sable, là où vous tous vous ne voyez que des cendres, et qui s’étendra sous mon ciel en me remerciant de le réchauffer un peu.

 

 

 

 

Publicités

Une réflexion sur “Cendres

  1. Les identités sont nombreuses et complexes, et l’on navigue de l’une à l’autre comme le temps varie. Au détour de la promenade, être conquérant, chevalier, attentif, chanceux qui n’ignore rien de sa chance. Celui qui tient de ses mains, sans jamais vraiment posséder, presque satisfait que quelque chose lui échappé toujours. L’intuition me dit que vos saisons sont autant d’humeurs que l’on peint de nuances fines. Une porcelaine recouverte de métal, qui cache ses courbes fendues pour qui ne regarde pas à l’intérieur de la cruche. Les cicatrices et les traces d’usure font également la valeur et dessinent le chemin. Au bout de la route, on finit par se rendre compte qu’il fait toujours beau derrière la brume.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s