Les amants ont des vies parallèles. Jamais elles ne se croisent. Je ne parle pas, bien sûr, de ceux qui abandonnent tout pour passer leur vie avec cette passion qui, sans doute, les aura guéris de quelque chose. Je ne parle pas non plus des polyamoureux qui ont cette philosophie que je ne peux me permettre. Je parle de ceux qui, comme moi, concilient deux vies. En tous cas essaient…

Au début on ne sait pas. Les lignes sont si proches. Parfois elles se touchent jusqu’à se confondre. Nous confondre. Et puis vient toujours ce moment où notre vraie place se rappelle à nous. Inexorablement.

C’est souvent au détour d’une conversation anodine : cet homme qui vous conte une passion passée, à quel point c’était fort, à quel point cette femme-là était formidable, à quel point c’était unique. Les lignes se séparent un peu, alors… Ça peut être aussi des empêchements répétés. De ceux qui vous disent, plus ou moins honnêtement, qu’il a mieux à faire. Que vous ne passez pas en premier. Jamais. Et les lignes s’éloignent… C’est enfin, dans le pire des cas, à cause d’un mensonge. Ça commence par le doute, un mensonge, et ça devient une vérité mal cachée. Les lignes se séparent vraiment, cette fois. Il faut être prévenu que ces deux vies ne seront jamais sécantes. Il faut s’en rappeler, ou prendre sciemment le risque de souffrir.

Tu trouves ça radical ?…

Laisse-moi te raconter cet amant au foyer malheureux, qui m’a submergée de son enthousiasme telle une déferlante sur mon désert affectif. Laisse-moi te répéter ses mots : « chaque fois que je te regarde, je me prends dans la gueule la chance que j’ai eu d’avoir croisé ta route »« tu es une femme rare, incroyable et tu ne le sais pas, c’est fou ! », « je te le répéterai jusqu’à ce que tu en sois convaincue », « tu es ce qui m’est arrivé de mieux depuis longtemps, je n’ai jamais ressenti ça avec personne »…et ce « je t’aime » qui lui avait échappé au gré d’un corps à corps particulièrement passionné. Fusionnel. « Pourquoi s’en cacher ? » m’avait-il dit alors. « Oui, je t’aime et je veux te le dire. Je veux que tu l’entendes et je veux que tu le croies ». Cet homme-là est aussi celui qui m’a laissée des semaines sans nouvelles parce que (avais-je appris à force d’insistance), sa femme et lui se redonnaient une nouvelle chance. C’est ce même homme qui a fini par me laisser payer chacune de nos nuits d’hôtel sous des prétextes fallacieux. Le même qui a fait de moi cette femme dépendante, toujours dans l’attente et la frustration. Et aujourd’hui encore il vient rappeler à moi ses mensonges à coups de « tu me manques terriblement, dis-moi ce que tu deviens »

Laisse-moi aussi te parler de cette relation virtuelle et épistolaire qui a quasiment duré une année. Ce jeu de cache-cache à la fois très romantique et très cru. Ces images et ces voix échangées, ces soupirs… Cette envie indécente qui se matérialise un jour en un scénario léché, subtil et effrontément impudique. Un moment d’exception, hors de tout, comme la promesse de tant de plaisir à venir. Et dès la porte refermée, plus rien. Aucune nouvelle. Évaporé.

Il y a eu également cet homme si séduisant, si percutant, si brûlant et pourtant si mélancolique. Il avait souffert, beaucoup, à cause d’une précédente amante. Et il a mis longtemps à vouloir de mes bras, rejetant tout ce qui pouvait ressembler à Elle. Mais il savait si bien me dire qu’avec moi il oubliait le goût du poison, me montrer que ma peau était douce à ses lèvres et…comment s’appelait-Elle, déjà ?… Il m’a pourtant tourné le dos, reprenant la main de cette femme qui l’avait fait tant souffrir. La source de cette tristesse, qui n’était pas tarie.

Je peux te raconter enfin la séduction factice de ceux qui croient qu’une femme peut se contenter de belles paroles et ne pas voir qu’elles ne sont pas sincères. Ou encore ces hommes aux multiples maîtresses qui ont toujours à cœur de convaincre chacune qu’elle est la favorite.

Je ne suis même pas sûre qu’ils pensent à mal. Ils ont leur fonctionnement, leur logique, à laquelle je n’accède pas. Je suis sûre en revanche que j’y suis pour quelque chose quand je tombe dans le panneau, quand ça m’atteint, si ça m’abîme. Si les mots me bercent encore. Si j’ai toujours envie d’y croire. Tout flatté vit aux dépends de celui qu’il écoute…

Alors je me défends. Je crée cette fille facile qui ne sait que sourire et faire du bien. Je construis des remparts sur lesquels les jolis mots s’inscrivent et puis s’effacent. Des murs opaques face aux regards soucieux de percer ma carapace.

Les amants ont des vies parallèles. Jamais elles ne se croisent. Il vaut mieux le savoir. On n’évitera pas la chute, on se fera mal quand même. Mais ça ne détruira plus rien.

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4 réflexions sur “Les vies parallèles

  1. L’âme humaine est faite de nuances. Qui se comptent à l’infini ou presque. Et depuis ton observatoire – un lit – tu les contemple et apprends à les connaître. Cela a un prix. Tu fais bien de faire en sorte qu’il soit le plus bas possible…

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  2. Mensonges, manipulations… Oui, il y a de ça dans les rapports amoureux ou « amanteux ».
    Il y a aussi une vérité d’un jour qui s’est éloignée, pour mille raisons.

    Tous ces hommes inconstants ! Et j’ose une question : de ton côté, jamais la flamme n’a-t-elle vacillé pour une raison qui était tienne ? N’as-tu brisé aucun cœur ? N’y a-t-il pas, quelque part, un homme qui se souvient de toi et pleure de l’éloignement qu’il aura subi ?

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