Oui, comme dans la chanson. Tout ce que je vaux, ce que je suis.

Tout.

J’ose le dire et risquer de provoquer l’ire de ceux qui ont choisi de s’abandonner : on ne peut pas tout donner à tout le monde, comme on ne peut pas se donner entièrement à quelqu’un…sans rien attendre en retour.

Enfin si, on peut. Mais on y perd forcément des morceaux quelque part, dans tous ces esprits, ces corps, ces cœurs auxquels on lègue des parcelles de nous plus ou moins grandes sans la moindre reconnaissance de dette. Jusqu’à nous vider. Fondre. Disparaître.

Personne ne fait ça en étant pleinement heureux. Réfléchissez bien… Qui dit donner dit recevoir. Ce qui se vide ici se remplit là. Ce qui bouge de ce côté crée un mouvement de l’autre. Deux funambules avancent pas à pas, l’un avec l’autre sur le fil, chacun réajustant ses appuis après le geste de son partenaire. L’équilibre est délicat, à deux. C’est risqué et dangereux. Menaçant et terrifiant.

J’ai avancé dans un sens mais tu as marché dans l’autre ! Pourquoi ne m’as-tu pas suivi ?

Je t’ai tenu la main mais tu as continué à trembler… Me fais-tu si peu confiance ?

Je t’avais dit d’attendre mais tu as bougé quand même. Je ne peux pas croire en toi.

Les couples funambules demeurent rarement indemnes sur leur fil. Certains tombent. Certains font demi-tour. Certains avancent, tout proches, mais indépendamment. Certains trouvent des parades.

Je suis de celles qui prétendent marcher seules. Maquillée, diaphane, les yeux fardés et la bouche brillante pour ne pas que tu oublies que je veux te plaire. Passe d’abord, je t’observe. Montre-moi comment tu marches et j’essaierai de comprendre comment régler mon pas sur le tien.

Si ton pas me semble assuré et si tu insistes, je pourrai à mon tour te montrer ma manière d’avancer. La légèreté de mon pas. Si elle t’interpelle, tu lèveras la tête et tu remarqueras dans mon regard cet air déterminé qui te fera comprendre que je suis forte, que je suis tout à fait capable d’avancer sur le même fil que toi sans représenter un quelconque danger pour ton propre équilibre.

Sur le fil alors, deux voies s’offriront à toi. Avancer avec moi, confiant mais distrait, aussi loin que l’on puisse arriver. Ou prendre ma main…parce que tu l’as vue trembler quand je faisais ma maline tout à l’heure. Approcher ton corps du mien parce que tu m’as sentie fébrile quand je croyais paraître légère. Me chuchoter à l’oreille que tu es derrière moi. Et s’entendre respirer, frémir, soupirer, sourire, trébucher, tenir et recommencer.

J’ai l’air d’offrir à voir un spectacle bien rôdé. Maquillée, diaphane, les yeux fardés et la bouche brillante, le masque que je porte se confond avec ma peau. Il semble tellement évident que ma générosité ne tient qu’à ce que je donne…à voir.

Qui regarde au-delà ? Qui sait recevoir sans oublier de donner ? Qui donc pourrait l’avoir, cette improbable audace de vouloir régler son pas sur le mien ?

 

 

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2 réflexions sur “Je te donne

  1. Comme toujours ton écriture est de celle que j’aime lire, qui me touche.
    Calquer son pas sur celui de l' »autre » relève parfois du funambulisme, mais quand les deux partenaires fonctionnent de cette manière il est tout aussi difficile d’avancer ensemble car chacun attend l’autre.
    Il est parfois compliqué dans nos société de ce positionner en tant qu’homme être à la fois suffisamment « viril » et prendre les choses en mains sans étouffer et en permettant à l’autre de trouver son propre rythme.

    Aimé par 1 personne

  2. Donner. Faire un don. Sans jamais rien attendre en retour. C’est très chrétien, apparemment désintéressé, mais il y a un biais.
    En offrant / s’offrant, c’est dans le regard de celui qui reçoit, dans son merci, dans sa confiance que l’on se réalise et prend plaisir.
    Donner, c’est s’offrir quelque chose.
    Donner, c’est un égoïsme détourné.
    Et peu importe puisqu’il satisfait tout le monde.
    Reste ces cas où le don indiffère, où il ne recueille rien, ou peut-être si : moquerie, reproches, etc.
    Alors, on n’ose pas. Ou peu. Ou pas vraiment. Ou masqué, peut-être…

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